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analyse

Tourner à gauche ou rester dans la voie du centre? Les démocrates divisés à un an des présidentielles

Le sénateur Bernie Sanders lors des élections de mi-mandat en 2018. Il a confirmé mardi qu'il se lançait dans la course à l'investiture démocrate en vue des élections présidentielles de 2020.

Le sénateur Bernie Sanders lors des élections de mi-mandat en 2018. Il a confirmé mardi qu'il se lançait dans la course à l'investiture démocrate en vue des élections présidentielles de 2020.

Photo : Associated Press / Jacob Langston

Raphaël Bouvier-Auclair

À un an des présidentielles, le Parti démocrate doit décider : s'engager à gauche ou rester fidèle à sa tradition centriste? Ce débat, dans lequel les candidats à l'investiture sont déjà engagés, n'est pas sans risque, car il pourrait accentuer les divisions déjà existantes au sein du parti. Nous en avons parlé avec des militants démocrates.

« Je ne suis pas une démocrate socialiste », a soutenu la sénatrice de Californie Kamala Harris mardi, jour où Bernie Sanders, un socialiste assumé quant à lui, confirmait sa candidature.

Les mots ont leur poids, car derrière se dessine toute une façon d'aborder les enjeux.

Soins de santé universels, gratuité scolaire, taxation des plus nantis… Les positions prises par certains candidats et leur rejet par d’autres mettent en lumière un débat de fond dans lequel sont engagés les membres du parti depuis un moment déjà.

La semaine dernière, des démocrates de partout au pays s’étaient donné rendez-vous à Washington, dans le cadre du congrès hivernal du parti.

Dans les couloirs d’un centre de conférence de la capitale, le contexte était idéal pour discuter avec des militants à propos de la direction à prendre pour 2020.

« J'aimerais voir des candidats qui sont plus modérés. Il ne faudrait pas que le parti tourne trop vers la gauche parce qu'on pourrait s'aliéner certaines classes de la population », expliquait à Radio-Canada Louis-Martin Leclerc, un Québécois qui s’implique auprès du Parti démocrate, notamment en Floride.

Le québécois Louis-Martin Leclerc milite auprès des démocrates en Floride.

Le québécois Louis-Martin Leclerc milite auprès des démocrates en Floride.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Son pari? Utiliser la voie du centre pour convaincre un plus grand nombre d’électeurs et regagner des appuis dans certaines régions, comme la Floride et certains États du Midwest, que les démocrates ont perdus aux mains des républicains en 2016.

Ce qu’on entend, c’est qu’il faut s’aligner pour choisir quelqu’un qui va être capable de battre Donald Trump.

Louis-Martin Leclerc, militant démocrate

Un autre militant démocrate, Peter Hager, offrait cette réponse aux partisans de l’approche centriste : « Je leur dis qu’ils ont tort. Que vaut une victoire qui ouvrirait la voie à des défaites sans fin? ».

Pour ce partisan de longue date de Bernie Sanders que nous avons rencontré, un virage à gauche sur les questions économiques est incontournable pour assurer la vitalité du parti dans les années à venir, notamment auprès d’un électorat plus jeune.

On entend cette idée selon laquelle, si vous êtes un démocrate, vous allez appuyer les démocrates, peu importe ce qui arrive. Cette philosophie est celle des autres générations. Je suis un millénial et nous ne voyons pas les choses ainsi.

Peter Hager, militant démocrate
Peter Hager est un militant de longue date de Bernie Sanders.

Peter Hager est un militant de longue date de Bernie Sanders.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Éviter l’exclusion

« Je pense que les Américains finiront par bénéficier de cette diversité d’opinions et de voix que l’on peut entendre au sein de notre parti », assurait la semaine dernière Donna Brazile, qui a été directrice de campagne pour Al Gore, en 2000.

Mais à leur congrès hivernal, des démocrates reconnaissaient néanmoins qu’à court terme, la cohésion du parti est à risque.

« Il y a une division profonde », indiquait par exemple Peter Hager.

Louis-Martin Leclerc constatait de son côté que les hautes instances du parti font des efforts pour « reconnecter avec les membres » et « remettre au goût du jour la culture du débat ».

Les candidats démocrates Bernie Sanders et Hillary Clinton lors d'un débat en février 2016.

La bataille entre Bernie Sanders et Hillary Clinton a laissé de lourdes séquelles chez les démocrates.

Photo : Reuters / Mike Segar

Beaucoup, dans les couloirs du centre de conférence, gardent un souvenir amer des dernières primaires, où l'establishment s'est rangé en bloc derrière Hillary Clinton.

Après son investiture, en juillet 2016, des militants de Bernie Sanders se sont sentis exclus du Parti démocrate.

Cette fois-ci, le contexte est évidemment différent. Les lignes de fracture ne sont pas les mêmes dans une lutte à deux, ou dans une course dans laquelle douze, voire quinze ou vingt candidats s’affrontent.

N’empêche, selon le militant louisianais Arthur Morrell, il ne faut pas sous-estimer les implications de divisions internes à la veille d’une élection présidentielle.

Nous réalisons que cela ne doit pas se produire de nouveau. Parce que la dernière fois, ça nous a donné Donald Trump.

Arthur Morrell, militant démocrate

Raphaël Bouvier-Auclair est correspondant de Radio-Canada à Washington

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