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Des citoyens veulent un corridor écologique du nord au sud de Montréal

Des arbres de bonne taille dans le boisé.
Des saules poussent dans ce boisé situé sur la rue Notre-Dame. Photo: François Plourde
Isabelle Montpetit

Des citoyens de l'est de Montréal souhaitent mettre plus de nature dans leur coin de ville. Ils proposent la création d'un corridor vert et bleu entre le port de Montréal, au sud, et la rivière des Prairies, au nord, le long duquel on pourrait se déplacer à pied ou à vélo.

Les membres de la Coalition Sauvons le ruisseau Molson souhaitent ainsi relier entre eux une quinzaine de lieux qui subsistent encore à l’état naturel entre le sud et le nord de l’île de Montréal.

Ils décrivent « un chapelet de parcs existants, de friches verdoyantes, de sentiers et de boisés situés sur le lit d’anciens ruisseaux » dans le mémoire qu’ils comptent déposer lors de la consultation publique sur le secteur L’Assomption Sud–Longue-Pointe, qui commencera ses travaux le mois prochain.

Grâce à un système de fossés qui recueillerait les eaux de pluie, ils voudraient aussi faire renaître une partie du ruisseau Molson, qui coulait autrefois dans le territoire aujourd’hui occupé par les arrondissements de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, de Saint-Léonard et d’Anjou, et qui a été canalisé au siècle dernier pour rejoindre le réseau des égouts de la ville.

Si le projet voit le jour, un promeneur pourrait partir de la rue Notre-Dame, près de la rue Sainte-Catherine Est, et suivre le corridor jusqu’au parc Ernest-Rouleau, au bord de la rivière des Prairies.

Carte illustrant le projet. Le projet de trame verte et bleue relierait le sud et le nord de Montréal au moyen de sentiers et de pistes cyclables. Photo : François Plourde

« C’est quand même rare, des milieux naturels dans l’est de Montréal, et ça fait des décennies que des gens parlent de les protéger », souligne François Plourde, un des auteurs du mémoire.

M. Plourde s’est mis à s’intéresser à ces milieux lorsqu’il a découvert une résurgence du ruisseau Molson près de chez lui il y a quelques années. Il a par la suite cartographié le ruisseau à partir d’anciennes photos aériennes. Selon lui, on trouve encore des traces de son lit dans certains boisés.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) appuie cette initiative citoyenne. « C’est un travail immense qui a été fait par des citoyens bénévoles pour augmenter l’espace vert dans ce quartier qui manque un peu d’amour », indique Sophie Paradis, la directrice du programme pour le Québec et le Canada francophone du WWF.

Elle souligne l’importance de ce type d’aménagement, qui permet aux villes d’améliorer leur résilience dans un contexte de dérèglement climatique.

Les milieux naturels nous rendent des services qui nous permettent de faire des économies, indique-t-elle.

En filtrant l’air et l’eau, en neutralisant les îlots de chaleur, ils jouent un « rôle écologique pour lequel nous n’avons pas besoin de payer, en tant que citoyens ou que municipalités », souligne-t-elle, ajoutant que la présence de ces milieux contribue aussi à faire augmenter la valeur des propriétés des alentours.

Elle souligne en particulier l’importance de restaurer les cours d’eau comme le ruisseau Molson qui, en recueillant les eaux de pluie, permettront de désengorger les égouts municipaux surchargés.

Parcours à obstacles

Un sentier dans le boiséLe boisé situé en face du métro L'Assomption est composé entre autres de tilleuls, d'ormes et de peupliers. Photo : François Plourde

L’idée d’un corridor écologique est ambitieuse et ses initiateurs sont conscients qu’il leur faudra franchir de nombreux obstacles économiques et politiques avant de la voir se concrétiser.

D’abord, deux des milieux naturels visés sont des boisés qui appartiennent à des intérêts privés.

En décembre dernier, François Plourde a déposé une pétition de plus de 2000 signatures à l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pour demander la protection de ces deux boisés, situés respectivement en face de la station de métro L’Assomption et à côté des résidences Lux, rue Sherbrooke Est.

Or, ces deux milieux naturels se situent dans le secteur L’Assomption Nord, pour lequel une consultation publique a été tenue en 2017, a rappelé le maire de l’arrondissement, Pierre Lessard-Blais, lors du dépôt de la pétition, le 7 décembre.

« Même si on est très sensibles à l’importance des espaces verts à Montréal, même si à l’arrondissement ou à la ville-centre on travaille extrêmement fort pour atteindre le 10 % d’aires protégées sur l’île de Montréal – présentement on est aux deux tiers de cette cible-là – on est beaucoup plus bas que la moyenne canadienne des grandes villes. Mais le PPU [projet particulier d’urbanisme] Assomption Nord a été voté après une consultation qui a été faite en bonne et due forme. Ça nous met dans une drôle de situation quand des gens, deux ans plus tard, soulèvent un nouvel enjeu, aussi pertinent soit-il », a dit le maire, qui est membre de Projet Montréal.

En complément :

Une entrevue réalisée par Annie Desrochers avec François Plourde à l'émission Le 15-18

Un boisé convoité

Un sentier dans le boiséLe boisé Steinberg, situé au sud de la rue Hochelaga et à l'ouest du boulevard de l'Assomption, pourrait héberger un nouveau poste d'Hydro-Québec ainsi qu'une bretelle reliant l'avenue Souligny et le boulevard de l'Assomption. Photo : François Plourde

Le boisé Steinberg, un autre terrain visé par le projet de corridor vert et bleu et situé dans L’Assomption Sud, recèle une prairie humide, selon des analyses de photos aériennes réalisées par l’OSBL de conservation Canards illimités. Ce type de marais se caractérise par le fait qu’il n’est inondé que pendant une courte période de la saison de croissance des plantes. Comme d’autres milieux humides, il peut accueillir un grand nombre d’espèces, ce qui plaide pour sa conservation.

Photo aérienne indiquant la localisation de la prairie humide.Il existe une prairie humide (en orange) dans un boisé situé au sud de la rue Hochelaga, selon des analyses de photos aériennes. Photo : Canards illimités, MDDELCC

Ce terrain, situé au sud de la rue Hochelaga, appartient au ministère des Transports du Québec. Hydro-Québec souhaite l’acquérir pour y implanter un nouveau poste et une ligne d’électricité qui doit alimenter l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. La société d’État a l’intention d’y répertorier les espèces fauniques et floristiques qui y vivent, indique-t-on dans le document d’information préalable à la consultation sur L’Assomption Sud–Longue-Pointe, publié sur le site de l’OCPM.

Carte du secteur l'Assomption-Sud-Longue-Pointe montrant l'emplacement du prolongement l'Assomption-SoulignyEn pointillé : la Ville de Montréal, l'Administration portuaire et le ministère des Transports veulent prolonger le boulevard de l'Assomption et l'avenue Souligny pour faciliter l'accès des camions au port. Une boucle de ce tracé passerait dans le boisé Steinberg. Photo : Ville de Montréal

C’est également dans ce boisé que doit passer une bretelle qui permettra aux camions qui sortent du port de Montréal ou qui s’y rendent de passer de l'avenue Souligny au boulevard de L’Assomption. Le prolongement prévu de ces deux artères et la construction d’un viaduc à la sortie du port doivent soulager la circulation sur la rue Notre-Dame. Les auteurs du mémoire souhaitent que les véhicules passent plutôt par la rue Dickson, un peu plus à l’est, afin de réduire le bruit et la poussière dans le quartier Viauville.

D’autres terrains qui feraient partie du corridor écologique se situent dans le secteur L’Assomption Sud. Il s’agit entre autres de boisés situés le long des rues Vimont, Notre-Dame et Rougemont.

Voir large

Végétalisation de toits et de stationnements, aménagement d’étangs, ajout de feux de circulation, fermeture de rues, etc., la Coalition Sauvons le ruisseau Molson voit grand.

Elle invite d’ailleurs les commissaires à voir son projet dans une perspective large.

« Un boisé ou un petit espace vert du secteur Assomption Sud ou Nord qualifié faible en valeur écologique pour l’ingénieur forestier devient essentiel et prioritaire lorsqu’on appréhende le développement écologique du corridor naturel », écrivent les auteurs du mémoire.

« La réunification de boisés et friches isolés les uns des autres dans le territoire visé jouerait en quelque sorte le rôle de corridor naturel, écologique, en milieu urbain », poursuivent-ils, précisant que ce type d’aménagement permet aux animaux et aux plantes de voyager plus facilement d’un milieu à l’autre.

Les auteurs du mémoire sont bien conscients que leur projet dépasse largement le périmètre géographique de la consultation de l’OCPM.

Reste qu’une partie du corridor devra s’insérer dans la vision de l’administration Plante pour le secteur L’Assomption Sud–Longue-Pointe, c’est-à-dire la création d’un « écoparc industriel », afin d’y attirer des « entreprises innovantes » tout en respectant les principes du développement durable et sans nuire à la qualité de vie des résidants, comme l'explique le document produit par l’OCPM.

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