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Dossiers médicaux en ligne : le modèle albertain soulève des questions

Un stethoscope jouxte un ordinateur et un téléphone sur une table.

L'Alberta n'est pas la première province canadienne à se doter d'un tel portail. Quelle leçon tirer des expériences ailleurs au pays?

Photo : CCO/Pexels

Radio-Canada

Dans les prochaines semaines, les Albertains pourront consulter leur dossier médical en ligne, grâce au portail MyHealth Record. L'initiative est applaudie par plusieurs médecins, mais soulève aussi certaines craintes.

Votre dossier médical vous appartient. Vous avez le droit, c’est la loi, de consulter les notes que rédigent les médecins à votre sujet. Toutefois, obtenir ces informations est parfois laborieux et coûte temps et argent à la fois aux patients et à l'État.

En Alberta, cette époque est révolue. C’est du moins l’objectif de Services de santé Alberta (AHS), qui lance dans les prochaines semaines MyHealth Record. Avare de détails avant le lancement officiel, AHS a tout de même partagé certaines informations avec les médecins. L’agence indique que les patients inscrits au portail auront accès à 59 tests de laboratoire ainsi qu’à leurs antécédents de médication et de vaccination par ordinateur, tablette ou téléphone intelligent.

L’expérience québécoise

L’an dernier, le Québec s’est doté d’un portail similaire auquel se sont déjà inscrites plus de 300 000 personnes. C’est un succès, selon le vice-président de l'Association médicale du Québec, le Dr Vincent Demers, qui souligne les avantages d’une plus grande implication des patients dans leurs soins de santé.

Une différence notable avec le projet albertain : au Québec, les résultats de tests ne sont pas publiés immédiatement. Il faut attendre 30 jours pour les voir, un délai qui permet aux médecins de prendre rendez-vous avec les patients présentant des résultats anormaux. Or, avec le portail albertain, les patients pourraient obtenir des résultats inquiétants de tests sanguins avant de consulter un professionnel de la santé, ce qui pourrait causer une réelle anxiété, selon Vincent Demers.

Sans accès immédiat à un médecin, les patients risquent de se tourner à leurs risques vers des moteurs de recherche en ligne, souligne la psychologue Kim Lavoie.

Il faut éviter qu’un patient souffrant des premiers stades d’une maladie grave se tourne vers l’homéopathie parce qu’un site obscur le lui a conseillé.

Kim Lavoie, psychologue

Sur MyHealth Record, les bilans de santé seront liés à des pages d’informations les expliquant, mais Kim Lavoie se demande si le portail albertain saura suffisamment aiguiller les patients vers les bonnes ressources.

L’expérience de la Nouvelle-Écosse

Depuis 2016, la Nouvelle-Écosse jouit elle aussi d’un tel portail. Dans la province maritime, les médecins contrôlent le moment où l’information est transmise aux patients.

Le docteur néo-écossais Gerard MacDonald se souvient que lors du lancement du portail, plusieurs de ses collègues en avaient peur. Ils craignaient entre autres d’être inondés de messages de leurs patients sur le tout nouvel outil de messagerie instantanée accessible dans le portail, une situation qui ne s’est finalement jamais concrétisée, affirme le docteur.

Quant à l’anxiété reliée au dévoilement des résultats, le médecin n’y voit pas un problème majeur. « Ça ne concerne qu’un faible pourcentage des patients qui auraient été anxieux qu’un portail existe ou non », estime-t-il.

« Une meilleure conversation »

La docteure torontoise Iris Gorfinkel milite pour que ce genre de portail se multiplie partout au pays. « Dans cinq ans, nous aurons du mal à croire qu’il fût un temps où l’accès à nos informations médicales était aussi difficile qu’elle l’est aujourd’hui », affirme-t-elle.

Selon la Dre Gorfinkel, les patients ont intérêt à connaître leurs résultats de tests avant de consulter un médecin. Elle plaide que le patient arrive ainsi mieux préparé, qu’il est davantage impliqué dans le processus de soins et que cela lui permet d’avoir une meilleure conversation avec son médecin.

Rien ne force le patient à consulter ses résultats, conclut-elle. L’accès à ce portail est un choix.

Alberta

Santé