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Poutine rattrapé par la politique intérieure

Le président russe Vladimir Poutine (archives).

Photo : Reuters

Radio-Canada

Le président russe Vladimir Poutine a tenté de rassurer ses concitoyens au cours de son discours annuel devant le Parlement. La chute de sa popularité et l'appauvrissement des Russes ont teinté son discours, dans lequel il a promis d'améliorer leur qualité de vie dès cette année grâce, notamment, à des programmes d'aide aux familles.

Le relèvement de l’âge de la retraite et la hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – une taxe de vente – ont fait chuter la popularité du président Poutine à son plus bas depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Moins d’un an après sa réélection pour un quatrième mandat, il a insisté sur l’urgence d’agir.

« Il ne faut pas attendre, mais améliorer la situation dès maintenant. [...] Dès cette année [les Russes] doivent sentir une amélioration », a déclaré Vladimir Poutine.

Alors qu’il avait consacré son discours précédent aux nouvelles et « invincibles » armes russes, il s’est attardé aux questions intérieures cette année, abordant des thèmes économiques et sociaux comme la famille, la santé et l’éducation.

« Le discours du président russe devant l’Assemblée fédérale, c’est l’équivalent du discours du Trône au Canada ou celui de l’état de l’Union, aux État-Unis, explique la correspondante de Radio-Canada à Moscou, Tamara Alteresco. Cela fait des mois que le Kremlin le prépare et, selon la tradition, c’est le président Vladimir Poutine qui en rédige la version finale, au gré des dossiers chauds en Russie. »

Économie, santé, éducation

Sur la famille, le président a déclaré qu’elle était l’« assise morale » du pays au moment où la Russie est aux prises avec une crise démographique amorcée lors de l’effondrement de l’URSS. Après une accalmie, la population a recommencé à chuter.

« Plus d'enfants, moins d'impôts », a résumé le président, promettant des aides pour les familles nombreuses, notamment pour la naissance d'un troisième enfant.

Bien que sortis de la récession de 2015-2016, les Russes n’en ont pas moins vu leur pouvoir d’achat diminuer et leurs revenus demeurer faibles. C’est pourquoi la réforme des retraites et la hausse de la TVA de 18 % à 20 % ont suscité la colère de la population.

Afin de soutenir l’économie nationale, le gouvernement a lancé un vaste programme d’infrastructures de plus de 515 milliards de dollars. Toutefois, ces investissements gouvernementaux ne sauront empêcher la croissance de ralentir et les revenus de la population de baisser.

« La pauvreté écrase littéralement les gens [...] 19 millions de personnes vivent aujourd'hui sous le seuil de la pauvreté. C'est trop », a indiqué le président, ajoutant qu'un « contrat social » pourrait être mis en place pour soutenir la population dans le besoin.

« D'ici cinq ans, environ 9 millions de personnes pourront bénéficier d'un tel soutien », a-t-il précisé.

Le président Poutine a également annoncé des mesures pour les retraités les plus pauvres.

« Le mécontentement des Russes est palpable et ceux-ci ne se gênent plus pour le manifester, que ce soit dans la rue ou en élisant des candidats de l’opposition lors d’élections régionales, décrit notre correspondante Tamara Alteresco. Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui de voir Vladimir Poutine consacrer la presque totalité de son monologue annuel aux mesures colossales que son gouvernement entend déployer pour améliorer la qualité de vie des Russes. »

« Si la vie semble belle à Moscou, qui a pu profiter d’une rénovation majeure à coup de milliards de dollars, la réalité est tout autre dans les régions. Il suffit de sortir des grandes villes pour constater la misère des familles, qui doivent aussi composer avec une hausse de la taxe sur la consommation depuis le 1er janvier dernier. »

Les missiles nucléaires à moyenne portée

Alors qu’il s’était employé à énumérer les tensions internationales pendant plus d’une heure lors de son précédent discours devant les deux chambres du Parlement – de la guerre en Syrie à l’empoisonnement de l’ancien espion russe Sergueï Skripal en passant par l’annexion de la Crimée et la multiplication des tensions avec l’Occident – M. Poutine n’en a pas soufflé mot durant les 40 premières minutes de son allocution.

Ce n’est qu’à la fin de son discours qu’il a mis en garde les États-Unis contre la tentation de déployer des missiles nucléaires à moyenne portée en Europe. Le président Poutine réagissait ainsi à la sortie des États-Unis du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) signé en 1987.

« Je vais le dire clairement et ouvertement : la Russie sera contrainte de déployer des armements qui pourront être utilisés non seulement contre les territoires, d'où peut provenir une menace directe, mais aussi contre les territoires où se trouvent les centres de décision d'usage de missiles nous menaçant », a déclaré le président russe.

La Russie se dotera de nouveaux missiles à portée intermédiaire d’ici 2021, a annoncé il y a deux semaines le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. La Russie réagissait ainsi à la sortie de Washington du traité INF. Signé en 1987, ce traité prévoyait l’élimination de tous les missiles américains et russes tirés depuis le sol et dont la portée est située entre 500 km et 5500 km.

De son côté, Washington a justifié sa décision en accusant la Russie d’avoir violé le traité FNI en développant un nouveau missile, le Novator 9M729 ou SSC-8 pour l’OTAN.

« C’est, de loin, le langage le plus corsé utilisé par le président russe depuis que les Américains ont abandonné le traité FNI, souligne Tamara Alteresco. Cette joute ravive les craintes d’une nouvelle course à l’armement nucléaire. »

« Lorsque Vladimir Poutine ajoute que "la Russie ne cherche pas la confrontation et ne fera jamais le premier pas, mais les Américains feraient mieux de réfléchir aux conséquences de leur retrait du traité FNI", il laisse entendre que le Kremlin demeure ouvert à la possibilité de négocier avec Washington, puisqu’il existe encore une fenêtre de cinq mois d’ici à ce que le traité expire pour de bon. »

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