•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Muskrat Falls : Ottawa entretient le flou sur les milliards en garanties de prêt

Une photo montre la centrale hydroélectrique de Muskrat Falls en construction
Le chantier du projet hydroélectrique de Muskrat Falls Photo: Nalcor
Marc Godbout

Le ministère fédéral des Finances esquive les questions quant au rôle que les contribuables canadiens pourraient devoir jouer à la suite du fiasco de la centrale Muskrat Falls. Il se contente de fournir une réponse vague sur les intentions d'Ottawa face à la crise de la dette qui menace Terre-Neuve-et-Labrador.

Qui paiera la facture? À Ottawa, le ministère des Finances se garde bien de répondre.

L’explosion des coûts entourant le projet hydroélectrique Muskrat Falls place Terre-Neuve-et-Labrador dans une situation financière précaire.

Résultat : le gouvernement de Dwight Ball doit maintenant composer avec une dette accumulée de 15 milliards de dollars. Difficile d’imaginer qu’Ottawa agira en spectateur.

Par le biais de garanties de prêt, Ottawa s’était engagé à se porter garant jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars des dettes de Terre-Neuve liées au projet Muskrat Falls. Bref, si la province devait manquer à ses obligations, le gouvernement fédéral doit rembourser les prêteurs.

Radio-Canada a demandé au ministère fédéral des Finances si Ottawa comptait absorber les milliards de dettes liées à ce projet ou renégocier les termes des garanties d’emprunt?

Une brève réponse écrite nous a été acheminée : « En tant que garant, le gouvernement du Canada continue à suivre l’évolution des projets et à collaborer de près avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et les gestionnaires de projet. »

Le ministre Seamus O’Regan, l’un des sept députés fédéraux terre-neuviens, avait offert à Radio-Canada un autre éclairage. « Nous explorons une gamme d’options, je ne vais rien exclure », avait-il indiqué, précisant que des discussions préliminaires se poursuivaient avec la province.

Vers un précédent?

Cette réalité n’est pas sans rappeler la crise en Saskatchewan au début des années 90.

Le gouvernement de Roy Romanow avait hérité d’une dette de 15 milliards de dollars laissée par les progressistes-conservateurs de Grant Devine.

Les risques d’insolvabilité étaient réels. Les banques menaçaient de cesser de prêter de l’argent à la province.

Une série de rencontres secrètes avaient même eu lieu au ministère des Finances à Ottawa pour éviter que toute publicité ne porte atteinte à la confiance des investisseurs.

Il tient un graphique à colonnes.L'ancien premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

Don Drummond s'est retrouvé parmi les hauts fonctionnaires aux prises avec cette question en 1991. Il était alors sous-ministre adjoint au ministère fédéral des Finances. Le gouvernement fédéral devait-il venir ou non à la rescousse de la Saskatchewan?

À l’interne, nous n’avions pas de conclusion définitive à savoir quelles étaient les obligations légales d’Ottawa dans l’éventualité d’un sauvetage.

Don Drummond, ancien sous-ministre adjoint du ministère fédéral des Finances

Craignant que le gouvernement fédéral n’impose ses conditions, Roy Romanow avait plutôt opté pour des mesures d'austérité, dont la fermeture de 52 hôpitaux en milieu rural.

« La solution de sauvetage n'a jamais vraiment été testée, a reconnu l’ancien sous-ministre adjoint. Il serait toutefois étonnant de voir le gouvernement fédéral laisser une province manquer à ses obligations financières. »

Une photo de l'économiste et ancien sous-ministre adjoint au ministère fédéral des Finances, Don DrummondL'économiste et ancien sous-ministre adjoint au ministère fédéral des Finances, Don Drummond Photo : La Presse canadienne / Chris Young

« Inacceptable »

Alors qu’aucune décision n’a été prise par le gouvernement fédéral dans le dossier de Muskrat Falls et des problèmes financiers de Terre-Neuve-et-Labrador, le Bloc québécois s’inquiète des conséquences pour les contribuables.

« On a un pipeline de 4,5 milliards [Trans Mountain, acheté par Ottawa, NDLR] et là, c’est 8 milliards qu’on va prendre aussi dans nos poches », lance la députée de Manicouagan, Marilène Gill.

Une photo de pylônes électriques à proximité de la future centrale de Muskrat Falls au LabradorDes pylônes électriques à proximité de la future centrale de Muskrat Falls au Labrador Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le Bloc s’était vivement opposé aux garanties de prêts d’Ottawa, considérant ce soutien financier comme une concurrence déloyale envers Hydro-Québec.

C’est inacceptable, il faut demander des comptes. Ce sont des milliards, ce ne sont pas des peanuts.

Marilène Gill, députée fédérale de Manicouagan

Québec avait aussi dénoncé l’aide lorsqu’elle avait été annoncée. Mais pour l'instant, le gouvernement Legault préfère ne pas brusquer Ottawa et Saint-Jean. « On va regarder ce dossier adéquatement. C’est un dossier qui est complexe », se limite à dire le ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Cette prudence du gouvernement Legault s’explique peut-être par le fait que Québec cherche à renforcer sa relation avec Terre-Neuve-et-Labrador, après des décennies de tensions provoquées par le grand projet hydroélectrique de Churchill Falls.

Politique fédérale

Politique