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Mine près de l'esker : la compagnie Sayona soutient qu'elle échappera au BAPE

Vue sur un ruisseau près d'Amos entouré de neige et de sapins. De petits flocons tombent du ciel.

La mine à ciel ouvert sera située à 150 mètres de l'esker qui alimente en eau potable, quelques kilomètres plus loin, les puits de la ville d'Amos et de la compagnie Eska.

Photo : Radio-Canada / Emmanuelle Latraverse

Thomas Gerbet

Une importante mobilisation se prépare à l'Assemblée nationale du Québec. Des groupes citoyens de l'Abitibi-Témiscamingue, des artistes et des organisations écologistes vont appuyer mercredi une coalition des trois partis d'opposition pour réclamer que le projet de mine à ciel ouvert soit soumis à l'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Pendant que le gouvernement mûrit sa réflexion, la compagnie affirme qu'elle n'aura pas à s'y soumettre.

La minière Sayona persiste et signe. Dans un communiqué de presse publié mardi, l'entreprise australienne affirme ne pas avoir à subir l'examen approfondi du BAPE. Elle espère lancer son projet de mine de lithium le plus vite possible, dès la fin de l'année, pour répondre aux besoins de production de batteries pour les véhicules électriques.

Radio-Canada révélait mardi que l'entreprise devrait nécessairement passer par l'examen du BAPE en raison de sa capacité de production, mais Sayona certifie que les valeurs utilisées ne sont pas les bonnes.

Tout l'enjeu réside dans la limite d'extraction de minerai fixée par la loi québécoise. Si la compagnie dépasse une capacité de 2000 tonnes par jour, l'étude du BAPE est automatique. Si elle se situe en dessous, c'est le ministre de l'Environnement qui a la discrétion d'exiger ou non l'étude approfondie. Le ministre Benoit Charette a encore un mois, jusqu'au 20 mars, pour annoncer sa décision.

En aucun temps, la valeur de 2000 tonnes par jour ne sera dépassée.

Extrait du communiqué de presse publié par la compagnie Sayona mining

La minière n'a jamais caché son intention de présenter un projet juste en dessous de la limite légale, à 1900 tonnes, pour « éviter » l'examen du BAPE, qu'elle estime « long et coûteux ». Sur son site web australien, Sayona dévoile même que son approche consiste à « accroître la capacité de production du projet, une fois en activité ».

Dans un tableau fourni par la compagnie au ministère de l'Environnement, on découvre qu'à la septième année d'exploitation, 775 000 tonnes de minerai seront extraites, soit une capacité de 2123 tonnes par jour. C'est au-dessus de la limite.

Les calculs de la minière

La compagnie Sayona affirme que ce document ne doit pas être pris en compte. « Ce ne sont pas les bons rapports, affirme le directeur du développement durable de la minière, Serge Rouillier, il s'agit "d'une version simplifiée". » L'entreprise nous renvoie plutôt vers « les vrais documents », soit les 2725 pages de l'Évaluation environnementale, soumise au gouvernement du Québec.

Mais, surprise, à la page 2660, on retrouve ce même tableau, à l'identique, indiquant les quantités extraites totales, soit 775 000 tonnes à la septième année d'exploitation (2123 tonnes par jour).

M. Rouillier explique qu'il faut retrancher à ce total une quantité de 100 000 tonnes « qui reste dans la fosse », une « réserve », « de l'inventaire », qui pourrait servir « pour régulariser la production ».

L'extraction, c'est ce qui sort par camion, ça a toujours été comme ça dans l'industrie. Il n'y a pas d'autre façon de calculer ça.

Serge Rouillier, directeur du développement durable pour Sayona mining, projet Authier.

Un expert indépendant remet en doute l'explication de la compagnie

« Je n'ai jamais entendu ça », dit Jean-Charles Cachon, professeur à l'Université Laurentienne de Sudbury et expert en stratégie minière.

Un tonnage, c'est un tonnage. Si c'est extrait, on ne peut pas tortiller et dire que ça ne compte pas.

Jean-Charles Cachon, professeur à l'Université Laurentienne de Sudbury et expert en stratégie minière.

La loi québécoise est claire : c'est la « capacité maximale journalière d’extraction » qui importe. Le professeur Cachon note que même si une partie du minerai dynamité est maintenu en réserve, il n'en reste pas moins disponible et donc partie intégrante de la capacité d'extraction de la compagnie.

Par ailleurs, la consultation de l'Évaluation environnementale nous a permis de constater que la « réserve » ne consiste pas uniquement dans un tas dynamité qui reste au fond de la fosse à ciel ouvert. Il s'agit également d'« une pile de minerai localisée près du concasseur ». Or, la carte du projet indique que le concasseur est situé à 800 mètres de la fosse.

Carte du projet. En orange apparaît l'esker, la formation géologique qui filtre l'eau naturellement.

Carte du projet. La zone orange représente l'esker, la formation géologique qui filtre l'eau naturellement.

Photo : Sayona mining

Inquiétudes pour l'environnement

La mine à ciel ouvert de la compagnie Sayona ferait un kilomètre de longueur, 600 mètres de largeur et 200 mètres de profondeur.

La fosse sera située à 150 mètres de l'esker Saint-Mathieu-Berry, un long cordon de sable et de gravier, hérité de la fonte des glaciers, qui filtre l'eau qui s'y accumule avant de s'écouler dans une rivière souterraine.

L'eau de l'esker qui alimente la région d'Amos, en Abitibi, et l'usine d'eau Eska a déjà obtenu le titre de « meilleure eau potable au monde ».

Sayona mining affirme qu'il est « impossible que des eaux souterraines dans l'esker soient contaminées d'une quelconque manière par le projet ».

Mais cela ne suffit pas à rassurer la délégation de groupes citoyens, d'organismes environnementaux et d'artistes, emmenés par le poète et chanteur Raôul Duguay, qui se rassembleront mercredi sur la colline Parlementaire, à Québec, pour exiger une évaluation du projet par le BAPE.

Une motion de Québec solidaire sera aussi appuyée par le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.

Selon le professeur Jean-Charles Cachon, la compagnie minière ne peut pas invoquer l'impact financier d'un examen du BAPE puisqu'elle explique sur son site web australien que le projet sera rentabilisé en deux ans et demi.

« Il y a un principe de précaution qui doit s'appliquer, dit M. Cachon. Quand il y a un potentiel de danger quelconque pour l'environnement. il faut que ce soit évalué et puis c'est tout. »

Une députée de la CAQ réaffirme son soutien à un examen du BAPE

Suzanne Blais, candidate de la Coalition avenir Québec, en compagnie du chef de la CAQ François Legault

Suzanne Blais, candidate pour la Coalition avenir Québec

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

« C'est notre fierté, c'est notre or bleu, a déclaré la députée caquiste d'Abitibi-Ouest, Suzanne Blais, en entrevue à Radio-Canada Abibiti-Témiscamingue. C'est très important de protéger cette grande richesse. »

La députée, tout comme son collègue ministre Pierre Dufour, s'est toujours déclarée en faveur d'un examen du BAPE pour le projet.

« On doit aussi prôner l'économie, précise l'élue. La décision finale revient à mon gouvernement. Au premier ministre et au ministre de l'Environnement. »

En campagne électorale, le chef de la CAQ François Legault avait plaidé pour que les projets miniers soient autorisés plus rapidement. Dans le même temps, il avait aussi répété que les projets devaient absolument obtenir une acceptabilité sociale.

Le cabinet du ministre de l'Environnement Benoit Charette a précisé, en début de semaine, qu'il « annoncera et expliquera ses intentions en temps et lieu ».

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