•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des médecins inquiets de devoir choisir entre leurs patients ou leurs enfants

Le petit Octave, 7 mois, est le fils de deux médecins.
Le petit Octave, 7 mois, est le fils de deux médecins. Photo: Radio-Canada / Simon Turcotte
Ariane Perron-Langlois

Des médecins et des infirmières de Rimouski déplorent que le manque de places en garderie complique leur retour sur le marché du travail. Ces jeunes parents craignent que le réseau de la santé, qui connaît déjà une pénurie, doive se passer de ressources précieuses, et aimeraient voir la création d'un service de garde adapté à leurs besoins.

Amélie Bourque reprend son travail d’anesthésiologiste à l’hôpital de Rimouski cette semaine, mais n’a toujours pas trouvé de place en garderie pour sa fille de 7 mois, Jeanne. Ce n'est pas faute d'avoir cherché.

Amélie Bourque et sa fille Jeanne, 7 moisAmélie Bourque et sa fille Jeanne, 7 mois Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

On a essayé de trouver, mais même en incluant le milieu familial, une place poupon, c’est juste totalement impossible.

Amélie Bourque, anesthésiologiste à l'hôpital de Rimouski

Devant ce constat, son conjoint a mis en veilleuse sa carrière en gestion des ressources humaines pour devenir papa à la maison. Il s’agit d’un revirement imprévu pour les jeunes parents, qui se sont installés à Rimouski en 2017 en espérant s'épanouir tous les deux dans leurs carrières.

Le stress qu’on vit, c’est que je sais que mon conjoint est heureux de passer du temps avec sa fille, mais je sais aussi qu’il ne sera pas indéfiniment à la maison parce que c’est quelqu’un qui a besoin de sa carrière, explique Amélie Bourque.

Déchirés entre leurs patients et leurs enfants

Ce stress, l’infirmière aux soins intensifs Jessica Levesque le comprend bien. Elle est retournée au travail depuis juin 2018, mais sa fille Olivia, 20 mois, n’a toujours pas de place en garderie.

Elle doit plutôt se contenter d’une place comme « remplaçante » pour son enfant. Chaque matin, la jeune mère doit attendre un appel pour savoir si Olivia pourra prendre la place d’un enfant absent ce jour-là. Sinon, elle la confie à des membres de la famille.

On n’a pas de stabilité, on a beaucoup de stress.

Jessica Levesque, infirmière aux soins intensifs à l'hôpital de Rimouski
Jessica Levesque lit une histoire à sa petite Olivia, 20 mois.Jessica Levesque lit une histoire à sa petite Olivia, 20 mois. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Si elle devait se retrouver à court d’options certaines journées, l’infirmière craint les répercussions sur les patients et sur ses collègues de travail.

Si je ne rentre pas travailler, il manque du monde, donc je ne peux pas me permettre de ne pas rentrer travailler pour rester à la maison avec mon enfant parce que je n’ai personne pour la garder. Ce n’est pas encore arrivé, je souhaite que ça n’arrive pas, mais j'ai l'impression que prochainement, on s'en va vers ça, déplore Jessica Levesque.

Entre 400 et 500 places manquantes à Rimouski

Les dernières données du ministère de la Famille, qui remontent à avril 2018, montrent qu’entre 90 % et 95 % de la demande de places en garderie est comblée dans la MRC de Rimouski-Neigette, ce qui représente un « léger déficit », selon les critères de Québec.

Toutefois, selon le directeur du bureau coordonnateur pour Rimouski-Neigette, la situation est particulièrement critique depuis l’automne, parce que de nombreuses garderies privées et en milieu familial ont fermé leurs portes.

Les CPE de la ville reçoivent chaque jour des appels de parents qui n’arrivent pas à trouver de place en garderie pour leurs enfants.

Le député de Rimouski, Harold Lebel, évalue aujourd’hui qu’il manque entre 400 et 500 places pour répondre à la demande. Il ajoute qu’il va rencontrer le ministre de la Famille cette semaine pour proposer des solutions qui pourraient être mises en œuvre dans la prochaine année.

Un milieu de garde réclamé à l’hôpital

Cette angoisse devant la possibilité de laisser tomber des patients, Natalia Vo l'a aussi connue, jusqu'à ce qu'elle trouve un plan B pour pouvoir retourner à son travail de médecin de famille.

Son conjoint n'aurait pas pu rester à la maison, puisqu'il est lui-même chirurgien. Elle affirme que même les démarches pour trouver une gardienne à la maison sont très difficiles.

Natalia Vo et son fils Octave, 7 moisNatalia Vo et son fils Octave, 7 mois Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Comme d'autres, elle plaide pour un service de garde à même l'hôpital. Elle affirme qu’il serait particulièrement utile aux employés de l’hôpital qui ont des horaires atypiques, particulièrement dans le contexte où il n'y a plus de garderie de soir ou de fin de semaine à Rimouski.

Je parle au nom des médecins parce qu'il y en a beaucoup autour de moi, mais il y a aussi beaucoup de collègues infirmières, qui travaillent de jour, de soir, de nuit, des préposés, des inhalothérapeutes. Toute l'équipe du bloc opératoire peut être appelée d'urgence à venir s'occuper d'un cas la nuit, illustre Natalia Vo.

C'est important pour toute la population finalement qu'on soigne par la suite. Si on n’est pas capables d'envoyer nos enfants, d'aller au travail, on n’est pas capables de soigner du monde.

Jessica Levesque, infirmière aux soins intensifs à l'hôpital de Rimouski

Amélie Bourque craint que si la pénurie de places en garderie se poursuit, elle freine la volonté d’autres médecins à s’installer dans la région.

Le fait d'arriver ici comme jeune famille et de ne pas avoir de service de garde, ça a vraiment été le facteur le plus stressant de notre installation. Je sais que je ne suis pas la seule dans cette situation-là. J’ai même des collègues qui se posent la question avant de venir s’installer pour travailler avec moi, soutient l’anesthésiologiste.

Ce dont je me rends compte, c'est que ça pourrait être un facteur déterminant pour l'installation d'autres médecins à l'hôpital.

Amélie Bourque, anesthésiologiste, hôpital de Rimouski

Mme Bourque entend sonder ses collègues de l’hôpital de Rimouski pour mieux connaître les besoins pour un service de garde.

Appelé à réagir, le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent n’a pas constaté de conséquences liées au manque de places en garderie.

Le CISSS ajoute qu'il est ouvert à l'idée de développer un partenariat pour un service de garde, mais indique qu'aucune démarche n'a été entreprise en ce sens pour l'instant.

Bas-Saint-Laurent

Emploi