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Enquête sur la police : une formation courte pour un métier exigeant

Un cordon policier
Il y a peu d'homicides dans les Maritimes, ce qui peut expliquer que les policiers ont peu d'expérience pour ces enquêtes. Photo: CBC
Anaïs Brasier

« Le taux d'homicides est très bas dans toute la région atlantique », lance d'emblée le professeur de criminologie de l'Université St. Thomas, Jean Sauvageau. Ce qui est une bonne nouvelle en soi peut aussi devenir un problème « lorsqu'arrive le cas difficile pour lequel les policiers ne sont peut-être pas prêts en termes de formation et en termes d'expérience », explique-t-il.

Selon le criminologue, les policiers qui travaillent à Montréal, Vancouver ou Toronto ont beaucoup plus d’occasions pour être graduellement formés à enquêter sur des homicides, au contact de policiers expérimentés, que leurs homologues qui travaillent à Saint-Jean, Fredericton ou Edmundston.

Un exemple concret des conséquences de ce manque d’expérience ? L’enquête entourant le meurtre du multimillionnaire Richard Oland, en 2011. Au troisième jour du nouveau procès du principal suspect, le fils de la victime Dennis Oland, des policiers présents sur la scène de crime ont témoigné à la barre.

Parmi ces derniers, figurait Duane Squires, qui travaille au sein de la Force policière de Saint-Jean depuis 2006. La défense lui a notamment posé des questions pour savoir s’il était bien préparé pour ce type d’enquête.

Aviez-vous reçu de la formation pour cette situation précise?,demande l’avocat.Non, répond-il.

L'agent Duane Squires à sa sortie du palais de justice le 23 novembre 2018.Duanes Squires, agent de la police de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, témoigne au troisième procès de Dennis Oland. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Il a reconnu, entre autres, ne pas avoir mis de gants pour ouvrir la porte du bureau de Richard Oland. Il a conclu que, si les événements se produisaient aujourd’hui, avec l’expérience qu’il a acquise depuis, il agirait autrement.

Selon le chef de la Force policière d’Edmundston, Alain Lang, les petits corps policiers pallient ce manque d’expérience grâce à l’entraide. Ils ont, ensemble, l'expertise nécessaire pour faire face aux crimes majeurs, assure-t-il. Chaque département peut avoir une expertise. Comme nous, à Edmundston, une des expertises qu’on a est le crime organisé. S’il y a d’autres corps municipaux dans la province qui ont besoin de cette expertise, on va leur prêter des enquêteurs, explique Alain Lang.

Moins d'un an de formation, est-ce suffisant?

Mais le manque d’expérience n’est pas le seul problème, selon Jean Sauvageau. La formation de base suivie par les corps policiers des Maritimes serait aussi à remettre en question.

Leur formation est relativement courte, souligne-t-il. À l’Académie de police de l’Atlantique, à l’Île-du-Prince-Édouard, les futurs policiers suivent une formation d’une dizaine de mois.

Jean Sauvageau, professeur de criminologie à l'Université St. Thomas, au Nouveau-Brunswick.Le criminaliste Jean Sauvageau ne sait pas si la situation est pire dans les Maritimes qu'ailleurs au pays, mais il souligne qu'il faut quand même se poser des questions. Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Ce n’est pas beaucoup pour une profession qui est aussi exigeante et qui demande autant de pouvoir discrétionnaire : [...] pouvoir d’arrestation, pouvoir d’enquête, arme à feu. 

Dans quelle mesure une formation de 8 à 10 mois arrive à former des policiers compétents sur qui on peut se fier dans les moments difficiles?

Jean Sauvageau, professeur de criminologie

Alain Lang défend quant à lui la formation de ses agents : Les académies sont très bien cotées, dit-il. Les nouveaux policiers ont quand même quelques mois d’apprentissage avec nous aussi. Ils ne sont pas laissés à eux-mêmes en arrivant.

Une formation continue en partie facultative

La formation continue, soit la formation que les policiers continuent de recevoir au cours de leur carrière, peut être dispendieuse. Certains corps policiers n’ont pas nécessairement les moyens de l’offrir à leurs agents, explique Jean Sauvageau.

Il y a peu d’argent qui est mis en place pour s’assurer que tous les policiers qui en ont besoin et qui sont dûs puissent la suivre.

Jean Sauvageau, professeur de criminologie

Pourtant, l’ancien enquêteur de la Force municipale de Bathurst, Jocelyn Ouellette, assure qu’une importante partie du budget va directement dans la formation, plutôt qu’aux nouvelles technologies ou aux ressources matérielles, comme les voitures. Dans notre province, je pense qu’un des plus gros coûts de l’administration municipale, c’est la police. [...] C’est toujours important de s’assurer que les membres soient toujours formés, toujours mis à jour. Et ça change constamment, et ça coûte cher, souligne-t-il.

Jocelyn Ouellette a 45 ans de métier au sein de différents corps policiers, dont 20 ans à Bathurst. « Ils sont aussi bien formés que n'importe quelle force policière dans le monde », lance l'ancien enquêteur Jocelyn Ouellette. Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Mais le chef de la police d’Edmundston, Alain Lang, apporte des nuances : Chaque corps policier décide de la formation continue. Ils doivent toutefois répondre à certaines exigences provinciales. Chaque année, ils doivent suivre des formations obligatoires, par exemple sur l’usage de la force et l’usage des armes à feu. Pour les autres, c’est à la discrétion du corps policier.

Il y a des mises à jour, mais ça vient de nous comme département de police de faire en sorte que nos enquêteurs, nos patrouilleurs, sont informés sur les mises à jour dans les enquêtes.

Alain Lang, chef de la Force policière d'Edmundston

Alain Lang et Jocelyn Ouellette sont formels : la formation est suffisante et comparable à celle des autres policiers au pays.

N’empêche, souligne Jean Sauvageau, que d’autres métiers où les travailleurs ont des responsabilités quant à la vie des citoyens demandent des années de plus de formation, comme dans le cas des infirmiers ou des travailleurs sociaux.

Il y a toutes sortes d’expertises qui doivent être maîtrisées par les policiers maintenant. Et leur formation est relativement courte, conclut M. Sauvageau.

Nouveau-Brunswick

Prévention et sécurité