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Le fentanyl trop prescrit par les médecins aux États-Unis

Des comprimés d'OxyContin.

Les médecins américains ont trop prescrit de médicaments contenant du fentanyl, selon un groupe de chercheurs.

Photo : Toby Talbot/AP Photo/Feb. 19, 2013

Agence France-Presse

Le fentanyl, un antidouleur extrêmement dangereux réservé à certains malades du cancer, est trop prescrit par les médecins américains, selon une étude publiée lundi par des chercheurs qui accusent les autorités sanitaires et les laboratoires de laxisme.

Le fentanyl est un opiacé synthétique des dizaines de fois plus puissant que la morphine et l'héroïne. Largement vendu sur le marché noir, il est depuis 2016 la drogue la plus tueuse par surdoses aux États-Unis.

Mais le médicament est autorisé, sous forme de dragée, de sucette ou de spray sous la langue, pour les malades du cancer souffrant de douleurs que les opiacés classiques ne parviennent plus à calmer, et à eux seulement.

Un programme de l'Administration fédérale des médicaments et de l'alimentation, la FDA, est censé depuis 2011 encadrer cette distribution limitée du fentanyl, mais selon des experts de l'Université Johns Hopkins, ce programme s'est illustré par son inefficacité.

Sur les milliers de patients ayant reçu une ordonnance de fentanyl, entre un tiers et la moitié n'aurait pas dû en recevoir.

La moitié ignorait que le fentanyl n'était indiqué que pour certains malades du cancer.

Médecins et patients mal informés

Un médecin sur cinq l'ignorait aussi. Par conséquent, le fentanyl est prescrit de façon erronée pour des douleurs lombaires ou des maux de tête chroniques.

« Tout le but du programme était d'empêcher le type même d'utilisation que l'on observe », dit Caleb Alexander, codirecteur du centre pour la sûreté des médicaments à Johns Hopkins, et coauteur de l'étude parue dans le Journal de l'Académie américaine de médecine (JAMA).

« Il n'y a aucun doute que des gens sont morts après s'être vus prescrire ces produits de façon inappropriée », s'alarme le chercheur, qui note que l'équipe de chercheurs a bataillé quatre ans et demi avec la FDA pour obtenir 5000 pages de documents relatifs au programme.

Juridiquement, les médecins sont libres de prescrire un médicament pour une indication autre que celle autorisée. Le rôle de la FDA est de réguler les laboratoires, pas les médecins. Le programme de surveillance demandait en revanche aux laboratoires d'exclure les médecins contrevenants.

« Aucun médecin n'a été identifié et exclu », regrette le médecin.

Le problème des surdoses par opiacés est reconnu comme une crise de santé publique par le gouvernement américain.

Des procès ont été engagés contre certains médecins qui se spécialisaient dans les ordonnances de médicaments opiacés, et contre certains laboratoires, mais le tournant dans « l'épidémie » se fait attendre.

Un porte-parole de la FDA a réagi lundi en promettant de nouvelles mesures « bientôt » pour que ces médicaments « ne soient prescrits qu'aux patients qui tolèrent déjà les opiacés ».

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