•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Les milliards pleuvent à Québec : que fera le gouvernement Legault?

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, et François Legault se tiennent derrière un podium.
Le premier ministre François Legault lors de l’énoncé de la mise à jour économique le lundi 3 décembre 2018 à Québec. Photo: Radio-Canada / Daniel Coulombe
Gérald Fillion

Jamais un gouvernement n'a eu en mains autant d'outils pour réussir à améliorer le sort des Québécois, leur qualité de vie comme leur niveau de vie. François Legault parle sans cesse de son désir de créer des emplois plus payants, des emplois à plus de 50 000 $ par année. Or, les surplus sont mirobolants et la dette baisse beaucoup plus rapidement que prévu. Seule une récession pourrait mettre des bâtons dans les roues du premier ministre.

Il est plus qu’essentiel, dans un contexte de longue croissance économique, de demeurer prudent dans la gestion des finances publiques. Mais les marges financières qui sont celles du gouvernement du Québec sont les plus enviables du Canada. Elles pourraient permettre à François Legault et son gouvernement d’établir une stratégie à long terme, qui dépasse largement le prochain rendez-vous électoral d’octobre 2022.

D’ailleurs, si vous me permettez, espérons, pour une fois, qu’un gouvernement pourra s’éloigner de la vieille recette des cadeaux électoraux à quelques mois des prochaines élections. Le Québec fait face à des défis démographiques de taille, doit, comme d’autres, prendre le virage de l’innovation, et est assis sur des sommes considérables pour mettre en place un plan de match ambitieux.

En se donnant des cibles de réussite à long terme, en parlant de 2025, 2030, 2040, François Legault a aujourd’hui les bonnes cartes dans son jeu pour lui permettre de faire croître les salaires, la productivité, le niveau de scolarité, avec des infrastructures plus saines. Il doit prévoir les effets d’un ralentissement économique, les effets également du vieillissement de la population, qui pourrait ramener le Québec en déficit d’ici 10 ans.

Que faire des milliards en surplus?

L’Institut du Québec (IDQ) calcule que le surplus budgétaire pour l’exercice 2018-19 sera franchement plus important qu’attendu. Le simulateur budgétaire de l’Institut du Québec « s’appuie sur des informations mensuelles colligées sur une période de huit ans », est-il écrit dans un rapport rendu public aujourd’hui. L’objectif de faire appel à une telle méthodologie est de mieux comprendre l’évolution des dépenses publiques, de mois en mois.

Ainsi, avant le versement prévu au Fonds des générations, de 2,9 milliards de dollars cette année, le surplus pourrait se situer entre 6,3 milliards de dollars et 7,5 milliards selon les calculs de l’Institut du Québec. Une fois le versement effectué, le surplus s’établirait dans une fourchette de 3,4 milliards à 4,6 milliards de dollars.

Le ministre des Finances Éric Girard ne cesse de répéter que l’excédent ne sera que de 1,65 milliard de dollars évoquant des dépenses nouvelles et un ralentissement de l’économie. Il y a fort à parier que le gouvernement pourrait être tenté d’augmenter sensiblement ses dépenses ou d'avancer certaines opérations avant le 31 mars.

N’empêche, quoi qu’en dise le ministre, la réalité, c’est que les milliards pleuvent à Québec. Éric Girard peut bien réduire les attentes en atténuant le surplus envisagé, il n’en demeure pas moins que le gouvernement est en position de faire des choix structurants pour l’avenir.

Selon l’économiste Pierre Fortin, si le premier ministre veut faire croître les salaires, il faut que sa stratégie vise à faire grimper sensiblement la productivité au Québec, c’est-à-dire la valeur de la production par heure travaillée. Or, en 2018, les heures travaillées ont grimpé de 2,4 % au Québec, passant de 134,8 millions d’heures à 138 millions d’heures. Selon plusieurs économistes, la croissance du PIB réel a atteint 2,3 %. Ainsi, la valeur de notre production à l’heure n’a pas changé et donc, la croissance de la productivité est essentiellement à zéro.

« C’est difficile de penser avoir des augmentations de salaire importantes » dans ce contexte, a déclaré Pierre Fortin à RDI économie lundi soir. C’est pourquoi il est plus qu’essentiel de mettre en oeuvre une stratégie d’amélioration de la productivité.

4 choses à faire

Selon lui, améliorer la productivité, ça passe par 4 éléments essentiels :

  1. l'investissement des entreprises en baisse de 2013 à 2016 au Québec doit augmenter, particulièrement dans les nouvelles technologies;
  2. il faut investir davantage dans les infrastructures qui s’en vont « en décrépitude », dit Pierre Fortin, qui ajoute qu’on a 15 milliards de dollars de retard dans l’entretien de nos routes, de nos écoles, de nos hôpitaux;
  3. écrire, lire, compter, il faut investir aussi dans les enfants alors que la moitié de la population éprouve des difficultés d’alphabétisation au Québec;
  4. et puis, « faut que tu envoies ton "flo" au Cégep et de là, à l’université » affirme Pierre Fortin, à un moment où les emplois créés exigent de plus en plus une scolarité plus élevée.

En 1980, le salaire moyen d'un diplômé de l'enseignement supérieur au Québec était supérieur de 35 % à celui d'un diplômé du secondaire ou d’un diplômé d’études professionnelles. En 2015, l’écart était de 53 %.

Alors, les twits qui viennent nous dire que “non, un diplôme universitaire, un diplôme collégial, c’est pas si important que ça” sont complètement dans les patates, ils sont dans les fake news.

Pierre Fortin, économiste

Tout en encourageant l’enseignement professionnel, il faut continuer de miser sur le cégep et l’université. De 1960 à 2017, chez les personnes âgées de 25 à 44 ans, on est passé d’un taux de diplomation collégiale, professionnelle et technique de 11 % à 44 %. On dépasse l’Ontario, qui est à 33 %.

Au niveau universitaire, on est passé d’un taux de 4 % de détenteurs d’un baccalauréat en 1960, âgés de 25 à 44 ans, à 35 % en 2017. L’Ontario est à 39 %. Le nombre moyen d’années d’études effectuées dans ce segment de la population est de 15,2  au Québec, contre 15,4  en Ontario.

Chez celles et ceux qui ont un diplôme d’enseignement supérieur, il s’est ajouté 162 000 emplois au Québec de 2016 à 2018. Chez celles et ceux qui n’ont pas dépassé la cinquième secondaire et qui sont âgés de 25 ans ou plus, il s’est perdu 44 000 emplois.

Les niveaux collégial et universitaire deviennent névralgiques dans notre économie aujourd’hui. « C’est la principale arme de combat des pays avancés, les uns contre les autres, dans la progression des salaires », affirme Pierre Fortin. Pour arriver à atteindre ces objectifs, le premier ministre du Québec doit garder une vue à long terme sur les enjeux.

À écouter le ministre Girard, on a l’impression que le gouvernement est pressé de dépenser les surplus budgétaires. Il est clair qu’une politique à court terme n’est pas souhaitable.

Favoriser les investissements des entreprises, améliorer sensiblement nos infrastructures, améliorer la diplomation et l’alphabétisation, ça demande du temps, de l’énergie, une stratégie, une vision à long terme. C’est comme ça, selon Pierre Fortin, qu’on va augmenter notre niveau de richesse et rejoindre, comme l’espère le premier ministre, l’Ontario.

Politique provinciale

Économie