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  • Envoyée spéciale
  • Ces visages que cache la crise en Haïti

    Les enfants de Mylovely

    Mylovely Jean Bathard tente comme elle le peut de subvenir aux besoins de ses cinq enfants.

    Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Radio-Canada

    Des manifestants, à Port-au-Prince, en train de jeter des pierres. Les policiers qui répliquent en lançant du gaz lacrymogène. Grâce à ces images, on s'intéresse tout à coup à la « crise en Haïti ». Mais derrière ces protestations et ces violences se cache quelque chose de beaucoup plus frappant. Il y a des histoires comme celle de Mylovely Jean Bathard.

    Un texte de Laurence Martin, envoyée spéciale à Port-au-Prince

    Mylovely a 29 ans et cinq enfants. Elle habite dans une maisonnette en béton, à Croix-des-Bouquets, en banlieue de la capitale haïtienne, Port-au-Prince.

    Le matin, elle marche pendant une heure et demie pour se rendre au grand marché. Elle n’a pas de voiture. Pas de cellulaire.

    Elle se faufile entre les motos, les petits vendeurs ambulants en bordure de la route et, une fois arrivée, elle investit 500 gourdes (l’équivalent de 8 $) pour remplir son panier de légumes.

    Mylovely Jean Bathard investit 500 gourdes - l’équivalent de 8 $ - pour remplir son panier de légumes.

    Mylovely Jean Bathard investit 500 gourdes - l’équivalent de 8 $ - pour remplir son panier de légumes.

    Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Elle repart ensuite, son panier rouge sur la tête. Elle marche, encore une fois, pendant une heure et demie, et quand elle arrive enfin près de chez elle, elle se met à crier : « Épinards, carottes, piments! »

    Ses voisins s’approchent. Mylovely dépose son panier. Les clients examinent sa récolte et, parfois, achètent. Si Mylovely a de la chance, elle revend tout et fait un petit profit.

    Certains jours, c’est assez pour nourrir ses cinq enfants. D’autres jours, non.

    Mylovely revend ses légumes après plusieurs heures de marche.

    Mylovely revend ses légumes après plusieurs heures de marche.

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Pas une nouvelle crise

    Mylovely n’a pas commencé à marcher trois heures par jour le 7 février, quand la vague de manifestations a débuté. Non. C’est son quotidien depuis toujours. Depuis qu’elle a des enfants.

    Oui, c’est vrai, c’est encore plus difficile ces temps-ci. Le prix des aliments a grimpé en flèche. Mylovely achète moins de légumes au marché parce qu’ils coûtent plus cher. Elle en revend moins et, au final, elle a moins d’argent pour nourrir ses propres enfants.

    Mais dans la cour de la toute petite maison de Mylovely, il y a encore une tente que la Croix-Rouge lui avait donnée après le tremblement de terre de 2010. C’était pour l’aider à loger toute sa famille.

    La tente sert encore.

     Mylovely balaie devant sa maison.

    Mylovely balaie devant sa maison.

    Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Peut-être que la vague de manifestations, qui s’était intensifiée depuis l'anniversaire marquant les deux ans au pouvoir du président Jovenel Moïse, va s’essouffler cette semaine. Peut-être que le calme précaire qui règne dans les rues de Port-au-Prince va se transformer en véritable trêve.

    Mais les raisons qui ont poussé de nombreux Haïtiens à descendre dans les rues – la faim, le coût de la vie trop cher et l’impression d’être ignorés par des élites politiques éclaboussées par des scandales de corruption – ne semblent pas près de s’envoler.

    Mylovely va continuer de marcher pendant des heures sans savoir si ses enfants se coucheront le ventre vide. La crise est loin d’être réglée.

    Crises politiques

    International