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analyse

Affaire SNC-Lavalin : partir quand on n’a rien à se reprocher

Gerald Butts a démissionné en raison d'allégations  d’ingérence du cabinet du premier ministre pour empêcher une poursuite criminelle contre SNC-Lavalin.
Le départ de M. Butts n’est qu’un autre exemple de la mauvaise gestion de toute cette affaire par le bureau du premier ministre. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Michel C. Auger

Encore une fois, un des conseillers principaux du premier ministre démissionne en disant qu'il n'a rien à se reprocher. Mais le départ de Gerald Butts risque fort de transformer un de ces scandales qui excite surtout la colline Parlementaire en véritable affaire nationale.

Tout comme le départ du principal conseiller de Stephen Harper, Nigel Wright, celui qui avait payé les notes de frais du sénateur Mike Duffy, n’avait pas réussi à protéger son premier ministre contre le scandale.

Le départ de M. Butts n’est qu’un autre exemple de la mauvaise gestion de toute cette affaire par le bureau du premier ministre. La semaine dernière, les versions successives de M. Trudeau ont changé tous les jours.

On a commencé par tout nier des affirmations du Globe and Mail. Le lendemain, on disait que le fait que Jody Wilson-Raybould était toujours membre du Conseil des ministres prouvait qu’il n’y avait pas de problèmes. Avec sa démission, on a essayé de lui faire porter le blâme en disant que s’il y avait eu des pressions indues, il lui appartenait de le dire et de le porter à l’attention du premier ministre.

Que Gerald Butts – celui dont c’est le travail d’aller faire les messages du premier ministre – démissionne une semaine à peine après le début de la controverse est donc non seulement un aveu, mais un élément de preuve qu’utiliseront ceux qui voudront prouver qu’il y a eu des pressions indues sur l’ancienne ministre de la Justice.

Dans notre système politique, le premier ministre ne va pas faire pression lui-même quand il veut envoyer des messages à ses ministres. Il envoie son chef de cabinet – ou son « secrétaire principal », comme on dit à Ottawa – pour le faire à sa place. Et tout le monde comprend de qui vient le message.

Que deux versions

Dans le cas qui nous occupe, il n’y a donc que deux personnes qui peuvent savoir ce qui a pu se dire : Mme Wilson-Raybould et M. Butts.

Une partie de ce présumé scandale était évitable, à la condition que le premier ministre Trudeau ait été prêt à assumer complètement les retombées politiques de sa demande.

Les dispositions nouvelles de la loi permettant des accords de réparation pour des sociétés telles que SNC-Lavalin plutôt que de subir un procès criminel qui pourrait mettre sa survie en péril n’ont pas été adoptées pour rien.

Elles existent maintenant dans plusieurs grands pays industrialisés, et maintenant au Canada, pour éviter de mettre à risque la survie de la compagnie et les emplois de ses travailleurs parce que les dirigeants se sont comportés comme des « bandits à cravate ».

Premier ministre et député de Montréal

M. Trudeau, comme premier ministre, mais aussi comme député d’une circonscription de Montréal, avait tout à fait le droit de s’inquiéter de l’effet sur l’économie de Montréal, du Québec, mais aussi du Canada, d’une éventuelle fermeture ou vente à des intérêts étrangers d’une société comme SNC-Lavalin.

C’est précisément pour des cas comme celui-là que son gouvernement avait fait adopter la loi sur les accords de réparation. Il ne s’agit pas, il faut le mentionner, d'une forme d’amnistie : cela exige plutôt un grand ménage dans la haute direction, des codes d’éthique renforcés et des amendes importantes et dissuasives.

Pour cela, il fallait que le premier ministre en assume le coût politique. Non seulement pour avoir fait adopter les dispositions sur les accords de réparation en catimini et dans le cadre d’un énorme projet de loi omnibus de milliers de pages, mais aussi parler de la façon dont cela devait s’appliquer à SNC-Lavalin.

M. Trudeau a un double rôle : celui de premier ministre et aussi de député de Papineau. Il doit donc aller défendre ses choix sur la place publique. Expliquer que SNC-Lavalin n’était pas qu’une entreprise montréalaise, mais aussi une grande entreprise canadienne. Et que la faire condamner au criminel n’allait que faire perdre de bons emplois à des travailleurs qui, eux, n’avaient rien fait. Un argumentaire qui ne fait pratiquement pas partie du débat dans les médias anglophones.

M. Trudeau, semble-t-il, était prêt à défendre cette entreprise québécoise en privé, mais pas en public. Il n’a jamais cru bon d’expliquer sa décision, quitte à se séparer de son secrétaire principal qui est en même temps l’un de ses amis les plus proches. Ce faisant, il a créé une controverse d’envergure nationale.

Et, surtout, il a donné une autre chance aux partis d’opposition de tenir un double discours, soit de considérer l’affaire SNC-Lavalin comme un grand scandale en anglais, tout en tentant de ne pas mentionner les retombées négatives en français.

Le pire des deux mondes pour M. Trudeau? Oui. Un peu comme quand Gerald Butts démissionne même s'il dit n’avoir rien à se reprocher.

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