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La démission de Gerald Butts, une décision à double tranchant

Justin Trudeau marche en compagnie de Gerald Butts.
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et celui qui a été son conseiller de longue date, Gerald Butts. Photo: The Canadian Press / Justin Tang
Radio-Canada

Le conseiller et ami de longue date de Justin Trudeau, Gerald Butts, a démissionné dans la foulée de l'affaire SNC-Lavalin qui embarrasse depuis plusieurs jours le gouvernement fédéral. La politologue Geneviève Tellier, professeure titulaire à l'Université d'Ottawa, fournit quelques éléments pour mieux comprendre la portée de cette démission. Entrevue.

Propos recueillis par Sophie-Hélène Lebeuf


En quoi la démission de Gerald Butts est-elle significative?

C’est une personne très importante, parce qu’il travaille depuis des années avec M. Trudeau et ils sont amis depuis l’époque de l’université. M. Butts était dans l’entourage restreint ou immédiat de M. Trudeau. Parmi ses proches conseillers, il était au sommet de la liste. Il était vraiment parmi les deux personnes les plus près de lui.

En général, on démissionne pour une raison grave ou importante. Dans ce cas-ci, M. Butts a dit lui-même que c’était lié à l’affaire SNC-Lavalin, qui, on le sait, met dans l’embarras le gouvernement.

Qu’un proche conseiller se sente obligé de démissionner, c’est important.

Que révèle cette démission sur l’ampleur de la crise que traverse le gouvernement de Justin Trudeau?

Ça révèle l’importance qui est attachée par le gouvernement, par Justin Trudeau, à cette crise et ça offre un contraste avec la semaine passée, où le gouvernement y allait de petites réponses, de commentaires assez courts qui nous laissaient sur notre faim.

On se demandait jusqu’à quel point le gouvernement voyait cela comme une menace ou non. Je pense qu’aujourd’hui, on a un signal que c’est vu de façon très sérieuse par le gouvernement.

Doit-on alors percevoir cela comme une décision concertée ou comme une décision personnelle?

On ne le saura pas. M. Butts dit que c’est dans l’intérêt du gouvernement, qu’il ne veut pas devenir une source de distraction. Ce qu’il évoque comme raison est tout à fait plausible et crédible. Mais ça peut aussi être autre chose. Maintenant, M. Trudeau n’a pas dit : « J’ai demandé la démission de M. Butts, je juge que ce qu’il a fait est inapproprié. » Souvent, en politique, on dit que lorsqu'on devient soi-même l’histoire, ça devient un problème. Des fois, la solution, c’est justement de partir. M. Butts, lui, a jugé que c’est ce qu’il devait faire.

Cette démission réussira-t-elle à calmer le jeu pour le premier ministre ou donnera-t-elle au contraire des munitions à l'opposition?

Je pense que ça pourrait être l’un ou l’autre.

Si on continue à associer M. Butts à ce problème, ça devient un peu plus facile pour les libéraux. Ils peuvent dire : « Il n’est plus dans notre équipe, on passe à autre chose. »

On avait reproché à M. Trudeau son manque de cohérence, il donnait des informations par petites bribes, il se contredisait ou disait une chose nouvelle, ce n’était pas clair, ce n’était pas franc. La stratégie de communication sera peut-être plus claire à partir d’aujourd’hui. Je ne sais pas quel message ce sera, on va probablement le voir [aujourd'hui] en Chambre, à la période des questions.

Mais en même temps, ça va donner des munitions aux partis de l’opposition parce qu’ils ont un élément de plus sur lequel ils peuvent enfoncer le clou. Est-ce que ça va être efficace? Je ne sais pas. Il semble qu’il y aurait des avantages à essayer de convoquer M. Butts au comité de la justice, par exemple, et essayer d’avoir un peu plus d’information.

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