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Les urgences de Lanaudière et de la Montérégie débordent systématiquement

Une patiente attend sur une civière dans une salle d'urgence.

La période suivant les Fêtes est la plus occupée de l’année, dans les urgences.

Photo : Radio-Canada

Bernard Barbeau

Les urgences des hôpitaux des régions en périphérie de Montréal, en particulier Lanaudière et la Montérégie, ont presque systématiquement les plus hauts taux d'occupation de la province, selon des données du ministère québécois de la Santé et des Services sociaux que Radio-Canada a obtenues en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics.

La moyenne annuelle du taux d'occupation, dans l'ensemble du Québec, a été de 98 % en 2017 et de 101 % en 2018, ce qui pourrait laisser croire que les ressources disponibles répondent aux besoins. Mais c'est très loin d'être toujours le cas, peu de gens l'ignorent.

C'est que l'occupation varie beaucoup d'une période de l'année à l'autre. Dans l’ensemble de la province, au cours des deux dernières années, le taux d’occupation hebdomadaire a oscillé entre 79 % (à la fin août 2017) et 120 % (en janvier 2018).

Et il varie encore plus d'une région sociosanitaire à l'autre, des régions établies par un découpage du ministère, qui correspondent néanmoins pour la plupart aux régions administratives habituelles. En certains endroits, le taux d'occupation dépasse parfois 300 %, c'est-à-dire qu'il y a trois fois plus de gens sur place que ce pour quoi les installations ont été conçues.


Nous avons établi des moyennes hebdomadaires et annuelles pour chacune des régions sociosanitaires du ministère de la Santé à partir des taux d'occupation quotidiens que celui-ci nous a fait parvenir. Le ministère mesure l’achalandage des urgences pour chaque jour de l’année à 11 h. Les chiffres pourraient avoir été sous-estimés à certains moments puisque les établissements fournissent parfois des données incomplètes. Le ministère n'a pas inclus les données relatives à trois régions : Nunavik, Nord-du-Québec et Terres-Cries-de-la-Baie-James.

Cela dit, une lueur d'espoir est apparue dans les premières semaines de 2019. La durée des séjours ambulatoires à l'urgence et le nombre de visites ont diminué, une amélioration attribuée à l'efficacité du vaccin contre la grippe et à la mise en place des cliniques d'hiver.

Lanaudière et Montérégie particulièrement problématiques

Dans Lanaudière, le taux d’occupation hebdomadaire a dépassé 180 % lors de la première semaine de janvier en 2017 (188 %) de même qu’à la même période en 2018 (184 %).

La semaine suivant le temps des Fêtes est généralement la plus occupée de l’année, dans les salles d’urgence, alors que la période des vacances de la construction est très souvent celle où l'achalandage est le moins important.

Le taux d’occupation hebdomadaire n’est descendu en deçà de 100 % à aucun moment de l’année 2018, dans Lanaudière. Son plus bas niveau a été de 102 %, dans la troisième semaine d’août.

Et il n’a été inférieur à 100 % que pendant deux semaines en 2017, descendant à 82 % et 94 % dans la seconde moitié du mois d’août.

La moyenne annuelle, dans Lanaudière, a ainsi été de 132 % en 2017 et de 135 % en 2018, selon nos calculs.

Les deux seules urgences de cette région sociosanitaire, celle du Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Saint-Charles-Borromée, et celle de l’Hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, sont donc particulièrement sollicitées. L’Hôpital Pierre-Le Gardeur fait d'ailleurs l'objet d'un projet d'agrandissement.



La situation n’est guère meilleure dans les huit établissements de la Montérégie, où le taux d’occupation hebdomadaire moyen a atteint en 2018 un sommet de 166 % (fin janvier et début février) et un creux de 107 % (dans la troisième semaine de juillet).

L’année précédente, le taux y était monté jusqu’à 168 % (au début janvier) pour descendre une seule fois sous la barre de 100 % (95 % fin août).

La moyenne annuelle, en Montérégie, a été de 129 % en 2017 et de 134 % en 2018.



Il y a aussi beaucoup de monde dans les unités d’urgence des Laurentides et de Laval.

La moyenne annuelle, dans les Laurentides, a été de 112 % en 2017 et de 119 % en 2018.

À Laval, elle a été de 108 % en 2017 et de 112 % en 2018.

À l’opposé, si l’on omet les situations exceptionnelles qui pourraient être survenues, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et la région Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ne se sont même pas approchés d’un taux de 100 % lors des deux dernières années.

Cependant, dans ces régions dites « éloignées », les installations sont généralement plus petites et peuvent donc se remplir très rapidement en certaines occasions.

Le cas exceptionnel de l'Hôpital du Suroît

Des ambulances devant l'Hôpital du Suroît.

Hôpital du Suroît (archives)

Photo : Radio-Canada

L'année 2018 a été singulièrement difficile à l'Hôpital du Suroît, à Salaberry-de-Valleyfield, dans l'ouest de la Montérégie.

Le taux d'occupation moyen pour l'ensemble de l'année y a été de 206 %.

Sur une base quotidienne, il s'est approché de la barre des 300 % ou l'a même dépassée au moins 15 fois.

Et il est ici question d'une mesure prise chaque jour à 11 h, qui ne tient donc pas compte d'un soudain afflux de patients pouvant survenir plus tard dans la journée.

La situation n'est pas nouvelle, alors les visiteurs préfèrent souvent éviter l'Hôpital du Suroît et se rendre plutôt au Centre Anna-Laberge, à Châteauguay. Celui-ci doit composer avec un taux annuel de 182 %. Au jour le jour, l'occupation y dépasse très régulièrement 220 %.

De nombreux autres vont à l'Hôpital général de Hawkesbury, du côté ontarien de la rivière des Outaouais.



C'est donc avec impatience que la population du secteur, qui connaît une poussée démographique, attend que se concrétise la construction de l'Hôpital Vaudreuil-Soulanges, à l’intersection des autoroutes 30 et 340, tout près de l’autoroute 40, à Vaudreuil-Dorion.

« On sait, entre autres, que l’Hôpital du Suroît, depuis plusieurs années, est à 200 %, 300 % d’occupation, entre autres parce qu’il manque un hôpital à Vaudreuil. [...] Il faut construire rapidement un hôpital à Vaudreuil », a convenu le premier ministre caquiste François Legault en décembre dernier, malgré une certaine valse-hésitation quant à l'emplacement qui avait été choisi par le précédent gouvernement libéral.

En attendant, le ministère de la Santé a mis en place des mesures transitoires. Par exemple, des infirmières praticiennes spécialisées prennent en charge un plus grand nombre de patients. De plus, les cas moins urgents sont réorientés vers des groupes de médecine familiale ou des supercliniques.

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