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Les travailleuses non syndiquées accèdent plus difficilement à l'équité salariale

Roxanne Lorrain, responsable du service d’accompagnement en équité salariale pour les travailleuses non syndiquées
Roxanne Lorrain, chargée de projet au Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT) Photo: Vincent Rességuier
Vincent Rességuier

Plus de 20 ans après l'adoption de la Loi québécoise sur l'équité salariale, le revenu moyen des femmes est toujours inférieur à celui des hommes. L'écart est particulièrement criant dans les milieux de travail non syndiqués, c'est pourquoi un service accompagne désormais ces salariées pour faire respecter leurs droits.

« Ces travailleuses ont besoin d’information », affirme Roxanne Lorrain, chargée de projet au CIAFT, le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail. Depuis l'automne dernier, elle est responsable du service d’accompagnement en équité salariale pour les travailleuses non syndiquées.

Même si la loi oblige les employeurs à s’assurer qu’il n’y a pas de discrimination au sein de leur entreprise, selon Roxanne Lorrain, ces travailleuses sont plus vulnérables parce qu’elles sont souvent plus isolées, moins éduquées et plus exposées à la pression du milieu ou aux risques de représailles.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les milieux syndiqués, le salaire horaire moyen des femmes est inférieur de 3 % à celui des hommes. Ailleurs, la différence est de 16 %.

On répond aux questions de base sur l’équité salariale, mais comme c’est une loi très technique, on les aide aussi à comprendre leurs droits, si leur employeur respecte les règles ou si leur catégorie d’emploi est bien évaluée.

Roxanne Lorrain, chargée de projet en équité salariale

Les femmes qui consultent le CIAFT ont des réalités hétérogènes. Des salariées entament des démarches afin de clarifier leur situation. D’autres ont passé plusieurs étapes et n’arrivent pas à obtenir les informations souhaitées auprès de leur employeur.

Le défi de faire reconnaître ses compétences

Les salariées qui consultent Roxanne Lorrain ne veulent pas nécessairement traduire leur patron en justice. La plupart du temps, elles souhaitent avant tout savoir si leur emploi et leurs tâches sont bien évalués.

Les employeurs ne se montrent pas toujours transparents dans le processus d’évaluation des postes. « Il arrive que les salariées doivent porter plainte pour avoir accès à cette information, précise Roxanne Lorrain, parfois il faut même faire appel. » Son service accompagne alors ces femmes isolées dans leurs démarches.

Même si la place des femmes dans le monde professionnel a bien changé depuis la Révolution tranquille, selon la travailleuse sociale, elles font toujours face à des « préjugés tenaces ».

On va penser que les femmes sont naturellement patientes ou polyvalentes, qu’elles ont des facilités pour faire attention aux détails, mais pour de nombreux emplois, il faut aller aux études.

Roxanne Lorrain, chargée de projet en équité salariale

Quand les femmes sont entrées massivement sur le marché du travail, elles remplissaient des tâches proches de celles effectuées à la maison. Dans la plupart des familles, c’était un salaire d'appoint. Pour ces raisons, entre autres, leur travail était moins reconnu.

Une réalité qui perdure et parmi les professions les plus sous-évaluées, des emplois très répandus comme secrétaire ou caissière. Le site du CIAFT mentionne par exemple que « les employeurs ne tiennent pas compte de la fatigue causée par de longues heures de travail debout chez une coiffeuse ou des efforts de déplacements des personnes chez une préposée aux soins de santé ».

La caissière manie l’argent, son rôle est très important dans un commerce, pourtant elle est payée au salaire minimum. L’étalagiste gagne souvent 2 ou 3 dollars de plus par heure. Sur le long terme, ça fait une énorme différence.

Roxanne Lorrain, chargée de projet en équité salariale

Un écart de revenus de 25 %

Depuis l’adoption de la Loi sur l’équité salariale en 1996, l’écart des salaires entre les hommes et les femmes diminue, mais les inégalités demeurent. En 1998, les femmes touchaient en moyenne 84 % du salaire des hommes. Ce ratio s'élève désormais à 89,8 %.

Des statistiques souvent mises de l’avant, mais qui, selon Roxanne Lorrain, ne reflètent pas vraiment la réalité dans la mesure où les femmes travaillent plus souvent à temps partiel et parce qu’elles sont sous-représentées sur le marché du travail, notamment parce qu'elles prennent soin des enfants.

Pour avoir un portrait plus proche de la réalité, la travailleuse sociale estime qu’il faut plutôt regarder le salaire annuel qui, lui, fait état « d’un écart de revenus proche de 25 % entre les hommes et les femmes ».

L'équité salariale, on considère souvent que c’est acquis, on en parle moins. Nous voulons remettre cet enjeu sur la table.

Roxanne Lorrain, chargée de projet en équité salariale

Le service d’accompagnement en équité salariale pour les travailleuses non syndiquées ouvre environ un nouveau dossier par semaine. Il est ouvert à toutes les Québécoises, accessible par téléphone ou via les réseaux sociaux.

Relations de travail

Société