•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vivre sans eau potable au Québec en 2019

Le reportage de Jean-Philippe Robillard.
Jean-Philippe Robillard

En cette journée mondiale de l'eau, on apprend qu'une trentaine de municipalités ont des problèmes de qualité d'eau potable au Québec. Selon une compilation de Radio-Canada, environ 12 000 Québécois ne peuvent pas boire l'eau de leur robinet, certains depuis plus de 10 ans.

Pour des milliers de Québécois, l’eau potable est une denrée rare. Pour eux, consommer l’eau directement du robinet est risqué et pourrait les rendre malades. Ils doivent donc faire bouillir l’eau pour la décontaminer. Une réalité que connaît bien Martine Gagnon, une résidente de Lac-au-Saumon, dans le Bas-Saint-Laurent.

C’est inconcevable. C’est une richesse, l’eau. On en a en abondance, mais on ne peut pas la consommer.

Martine Gagnon, résidente de Lac-au-Saumon et propriétaire d’une garderie

Dans sa garderie en milieu familial, où elle s’occupe de six enfants, elle ne peut boire l’eau de son robinet depuis 15 ans. En plus de devoir faire bouillir son eau, elle achète des bouteilles d’eau chaque semaine pour les enfants qui fréquentent sa garderie.

Une situation qu’elle déplore. « De l’eau potable, on n’en a pas, mentionne Mme Gagnon. Moi, je l’achète et c’est beaucoup de sous parce qu’on achète beaucoup d’eau. »

Selon les données du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) du Québec, des avis de faire bouillir l’eau sont en vigueur dans une trentaine de municipalités aux prises avec des problèmes de qualité d’eau potable. D'après nos calculs, environ 12 000 Québécois sont concernés.

À Lac-au-Saumon, 1000 personnes sont touchées, soit les deux tiers de la population. En fait, le système de filtration est à refaire. Il ne respecte pas les normes du gouvernement. Le maire de Lac-au-Saumon, Gérard Grenier, admet que certains citoyens sont inquiets « C’est une problématique et ça crée des incertitudes et des inquiétudes au niveau de la population. On les comprend », ajoute-t-il.

Ailleurs dans la province

Partout au Québec, des villages ont le même problème. En Gaspésie, les résidents de La Martre doivent faire bouillir l'eau depuis 18 ans. À Warden, en Montérégie, des gens vivent avec un avis d’ébullition de l’eau depuis 11 ans.

Dans le village de La Durantaye, près de Lévis, dans la région de Québec, la moitié de la population n’a pas accès à de l’eau potable de qualité depuis deux ans maintenant. En tout, 400 résidents sont touchés, soit la moitié de la population. Ici aussi, le système de filtration d’eau est dépassé et ne répond plus aux normes gouvernementales.

Affiche du village de La Durantaye.Vue sur le village de La Durantaye. Photo : Radio-Canada

Comme plusieurs autres élus, le maire de La Durantaye, Yvon Dumont, veut régler le problème. « On n’a pas le choix de se mettre aux normes pour dormir tranquilles, dit-il, pour s’assurer qu’il n’y aura pas de manque au niveau du traitement de l’eau et que les gens vont se sentir en sécurité chez nous. »

Aucun maire n'a oublié ce qui est arrivé à Walkerton, en Ontario, en mai 2000. Sept personnes sont mortes et 2000 autres ont été malades après avoir bu de l'eau contaminée à la bactérie E. coli. « On ne veut pas que ça se produise au Québec », souligne le président de la Fédération des municipalités du Québec, Jacques Demers.

Le gouvernement provincial a pourtant des programmes pour aider les municipalités à moderniser leurs infrastructures d’eau potable. Dans certains cas, il peut payer de 50 % à 95 % de la facture.

Du financement... et des délais

Mais à Lac-au-Saumon, où on tente de régler le problème depuis des années, la directrice générale de la municipalité, Karine Dostie, déplore que le gouvernement n’agisse pas plus rapidement.

« Les délais augmentent toujours. Il y a toujours des nouvelles normes qui apparaissent. [...] Quand on envoie les documents au Ministère, ça peut prendre jusqu'à un délai d'un an avant de recevoir des nouvelles. »

Le maire du village, Gérard Grenier, estime que ses résidents ont assez attendu « Ça fait 18 ans maintenant que le dossier est en marche et qu'on n'a pas encore de solution. [...] On a été oubliés! »

Selon le maire de La Durantaye, Yvon Dumont, Québec doit demander le soutien du fédéral pour venir en aide aux localités qui sont aux prises avec des problèmes d’eau potable. Les gouvernements ne doivent pas oublier la capacité des payer des petits villages, ajoute, de son côté, le maire de Lac-au-Saumon, Gérard Grenier.

De son côté, le ministère québécois des Affaires municipales précise que « les délais sont associés au développement technique par les municipalités et leurs ingénieurs mandatés qui doivent définir une solution permettant de répondre aux exigences réglementaires ».

L'avenir passe par l'eau potable

Jacques Demers est président de la Fédération québécoise des municipalitésJacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). Photo : Courtoisie Fédération québécoise des municipalités

Les problèmes d’approvisionnement en eau potable de certains villages préoccupent le président de la Fédération des municipalités du Québec, Jacques Demers.

Ce qu’il faut protéger, c’est le citoyen, qu’il y ait un risque zéro pour lui.

Jacques Demers, président de la Fédération des municipalités du Québec

Ce dernier souligne que la survie des villages passe par l'eau potable. « On n’accepte pas d’agrandir un village si tu n’as pas d’eau potable », affirme M. Demers. Un avis que partage le maire de Lac-au-Saumon.

« Si vous pensez qu'on peut développer notre village en ayant un manque d'eau potable, détrompez-vous, c'est impossible », soutient Gérard Grenier.

Santé publique

Société