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Projet minier controversé près d'un esker : une étude du BAPE serait nécessaire

Aux côtés du premier ministre François Legault, le nouveau ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, s'adresse aux journalistes au cours du point de presse de mardi.

Le ministre de l'Environnement du Québec, Benoit Charette, en compagnie du premier ministre, François Legault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Thomas Gerbet

Alors que le gouvernement de la CAQ hésite à recommander un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur le contesté projet de mine de lithium à proximité de « la meilleure eau potable au monde », en Abitibi-Témiscamingue, un document consulté par Radio-Canada démontre qu'il ne devrait pas éviter cette option.

Le nouveau ministre de l'Environnement Benoit Charrette devait trancher dans les jours à venir et annoncer ses intentions : utiliser ou non son pouvoir discrétionnaire pour demander que le BAPE examine le projet de la compagnie Sayona mining.

La minière australienne n'a jamais caché sa volonté d'éviter cet examen plus approfondi afin de démarrer rapidement ses activités, dès la fin de 2019. Il faut dire que, sur le marché, la demande est forte pour le lithium utilisé dans la fabrication des batteries de véhicules électriques.

En réalité, le Plan d'exploitation de la mine, que nous avons consulté, laisse entendre qu'une étude du BAPE sera nécessaire. En effet, la capacité maximale d'extraction du projet dépasse les 2000 tonnes par jour, ce qui, selon la loi, rend automatique un examen du BAPE.

Une étude systématique du BAPE

Dans un tableau fourni par la minière au ministère de l'Environnement, on découvre qu'à la septième année d'exploitation, 775 000 tonnes de minerai seront extraites, soit une capacité de 2123 tonnes par jour.

Tableau inclus dans des documents fournis au ministère de l'Environnement par la minière.

Tableau inclus dans des documents fournis au ministère de l'Environnement par la minière.

Photo : Radio-Canada / SNC-Lavalin/Projet Authier Lithium

Dans ces conditions, il n'y a plus de pouvoir discrétionnaire du ministère qui tienne, selon l'avocat en droit de l'environnement Marc Bishai. « Le ministre n'a pas d'autre choix que d'exiger que l'entreprise suive la procédure obligatoire », plaide-t-il.

Le cabinet Belanger Avocats, auquel appartient Me Bishai, a fait parvenir un avis juridique au ministre Benoit Charette, lundi, au nom de citoyens préoccupés par le projet minier Authier Lithium.

On demande au ministre de l'Environnement de confirmer notre compréhension, selon laquelle le projet est effectivement assujetti à la procédure de manière obligatoire et non discrétionnaire.

Marc Bishai, avocat représentant le Comité citoyen de protection des l'esker.

Le Comité citoyen de protection de l'esker, qui mène la mobilisation avec l'organisme Pour que le Québec ait meilleure mine, a obtenu les documents de la minière en vertu d'une demande d'accès à l'information auprès du ministère de l'Environnement.

Il n'a pas été possible de joindre un représentant de Sayona mining pour obtenir une réaction aux nouvelles informations.

Le cabinet du ministre de l'Environnement nous a, quant à lui, répondu que Benoit Charrette « annoncera et expliquera ses intentions en temps et lieu ».

Le nouveau ministre et sa prédécesseure MarieChantal Chassé ont entretenu le mystère sur leurs intentions depuis l'élection de la Coalition avenir Québec, en refusant de s'engager en faveur d'un examen du BAPE.

En campagne électorale, le chef de la CAQ François Legault avait plaidé pour que les projets miniers soient autorisés plus rapidement, afin que le Québec soit un joueur plus compétitif sur les marchés. Dans le même temps, il avait aussi répété que les projets miniers doivent absolument obtenir une acceptabilité sociale.

Que donne de plus une évaluation du BAPE?

Qu'il y ait ou non un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, les projets sont toujours analysés, au final, par les fonctionnaires. Mais, de par sa neutralité, le BAPE offre des couches supplémentaires d'évaluation. Son examen, qui détermine ses recommandations au gouvernement, va plus en profondeur. Pour ce faire, les entreprises doivent soumettre davantage d'études. Tous les ministères concernés soumettent des questions et des commentaires. Une étude du BAPE comporte aussi des consultations publiques.

Mobilisation à Québec

Une vaste délégation de groupes citoyens, d'organismes environnementaux et d'artistes emmenés par le poète et chanteur Raôul Duguay s'apprêtent à se rassembler sur la colline Parlementaire, mercredi, pour exiger une évaluation du projet par le BAPE.

Une motion de Québec solidaire sera aussi appuyée le même jour par le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.

Lorsqu'elle était au pouvoir, l'ex-ministre libérale de l'Environnement Isabelle Melançon avait annoncé son intention d'exiger une étude du BAPE.

Même les députés caquistes élus en Abitibi-Témiscamingue, Pierre Dufour et Suzanne Blais, se sont publiquement déclarés en faveur d'une évaluation du BAPE.

Inquiétudes pour « la meilleure eau potable au monde »

Vue sur un ruisseau près d'Amos entouré de neige et de sapins. De petits flocons tombent du ciel.

L’excès d’eau accumulé dans l’esker Saint-Mathieu-Berry, s’écoule et forme des ruisseaux d’une eau cristalline que les habitants d’Amos continuent de venir puiser pour l’eau de Pâques.

Photo : Radio-Canada / Emmanuelle Latraverse

La mine à ciel ouvert de la compagnie Sayona ferait un kilomètre de longueur, 600 mètres de largeur et 200 mètres de profondeur. Elle serait située sur le territoire du village de La Motte, à 30 kilomètres d'Amos, mais surtout très près de l'esker Saint-Mathieu-Berry, un long cordon de sable et de gravier, hérité de la fonte des glaciers, qui filtre l'eau qui s'y accumule avant de s'écouler dans une rivière souterraine.

L'eau de l'esker qui alimente la région d'Amos, en Abitibi, et l'usine d'eau Eska a déjà obtenu le titre de « meilleure eau potable au monde ».

La compagnie tente de calmer les inquiétudes des citoyens ou encore de la Ville d'Amos en expliquant que les puits d'eau d'Eska sont à 13 kilomètres et ceux d'Amos, à 19 km.

Il est impossible que des eaux souterraines dans l'esker soient contaminées d'une quelconque manière par le projet.

Extrait d'un document d'information publié par Sayona en janvier 2019.

« Le projet n'est pas situé sur l'esker et Sayona ne circulera jamais sur l'esker », rassure l'entreprise dans ses communications aux citoyens.

Une mine à quelques dizaines de mètres de l'esker

Carte du projet minier. La partie bleue en haut à droite représente l'esker.

Carte du projet minier. La partie bleue en haut à droite représente l'esker. On voit qu'il est situé à 130 mètres de la mine et 40 mètres de l'aire d'accumulation des résidus miniers.

Photo : Sayona/SNC-Lavalin

Dans un premier temps, la minière avait parlé d'une distance de 500 mètres séparant son projet de l'esker. Or, le rapport de consultations publié par la compagnie le 2 octobre démontre que la mine à ciel ouvert sera plutôt située à environ 150 mètres.

La compagnie affirme que son projet n'affectera d'aucune façon la qualité de l'eau de l'esker, puisqu'il est isolé par une remontée du socle rocheux.

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