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Suspense maintenu pour la sortie du film d'Ozon sur la pédophilie dans l'Église française

François Ozon tient une statuette en forme d'ours.

François Ozon a remporté le Grand prix du jury au Festival international du film de Berlin le 16 février 2019.

Photo : Getty Images / Andreas Rentz

Agence France-Presse

La justice française a autorisé la sortie mercredi de Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur la pédophilie dans l'Eglise, malgré l'opposition d'un prêtre inculpé dans ce dossier, mais une autre plainte maintiendra le suspense jusqu'au dernier moment.

Le père Bernard Preynat, prêtre lyonnais poursuivi pour agressions sexuelles dans cette affaire dont le jugement sera rendu cette année à une date non précisée, avait assigné en référé le cinéaste pour obtenir un report de la sortie en salles du film, qui a reçu samedi le Grand prix du jury à la Berlinale, deuxième prix majeur après l'Ours d'or.

« La décision très bien motivée reconnaît que le film, avec les avertissements qui l'accompagnent, ne justifie pas les mesures demandées qui menaçaient sa sortie. Nous nous en réjouissons », a indiqué à l'AFP Paul-Albert Iweins, l'un des deux avocats du producteur et du distributeur du film.

Pour Me Emmanuel Mercinier, avocat du père Preynat, le juge « considère que le fait d'insérer un carton à la dernière seconde du film indiquant que le père Preynat bénéficie de la présomption d'innocence répond aux exigences de la loi, la culpabilité de ce dernier n'étant dès lors pas présentée comme acquise ».

Il a regretté « amèrement cette décision, non seulement dans l'intérêt du père Preynat, mais plus largement dans l'intérêt général ».

« Présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n'a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d'innocence », a-t-il dit.

Selon ses défenseurs, le père Preynat fera appel.

Une autre plainte

Une ex-membre du diocèse de Lyon, Régine Maire, représentée dans le film sous son nom, réclame que son patronyme n'apparaisse pas, au nom de la protection de la vie privée et de la présomption d'innocence.

Le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non dénonciation d'agressions sexuelles pédophiles dans cette affaire s'est tenu début janvier à Lyon. Le jugement est attendu le 7 mars.

Régine Maire a été jugée pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions du prêtre.

Récompensé à Berlin

Le film raconte comment plusieurs victimes du prêtre ont décidé de se constituer en association pour porter leur histoire devant la justice, face à l'inaction de l'Église. Fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts abusés par Bernard Preynat, l'association de victimes La Parole libérée recense au total près de 85 victimes de ce prêtre.

Dans le film, le cardinal Barbarin, le père Preynat et Régine Maire sont nommément cités, car ils « étaient déjà dans la presse », se justifie François Ozon.

« Tout ce qui est dans le film repose sur des sources », a-t-il pointé récemment lors d'un entretien avec un quotidien régional français.

« Ce film essaie de rompre le silence d'institutions puissantes » sur ces affaires d'abus sexuels d'enfants, a déclaré le metteur en scène français, âgé de 51 ans, samedi soir après avoir été honoré par le festival du film de Berlin qui lui a décerné sa deuxième récompense majeure après l'Ours d'or.

« Je veux partager ce prix avec les hommes libres qui m'ont inspiré » qui « ont été victimes d'un prêtre pédophile », a-t-il ajouté, ému.

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