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Les « superinfirmières » en renfort pour désengorger le réseau de la santé

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec demande à ses membres de participer aux cliniques d'hiver mises sur pied par le gouvernement.

Photo : iStock

Radio-Canada

La ministre de la Santé, Danielle McCann, mise sur les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pour désengorger le réseau québécois de la santé. La ministre souhaite ainsi permettre aux quelque 500 IPS du réseau de poser des diagnostics afin de soulager la pression exercée sur la première ligne des soins de santé.

« L’offre de services en première ligne est insuffisante », soutient Mme McCann, qui était de passage à ICI RDI, lundi matin. « On a 500 000 personnes qui attendent pour [avoir] un médecin de famille sur le guichet d’accès et on a un autre million de personnes qui n’ont pas de médecin de famille. »

Mme McCann souligne que les « superinfirmières » doivent présentement s’en remettre à un médecin afin de poser un diagnostic. En leur accordant ce pouvoir, la ministre souhaite mettre à profit toutes les compétences des IPS et ainsi multiplier l’offre de services en première ligne du réseau de la santé.

Ça se fait partout au Canada, sauf au Québec. Pourquoi?

Danielle McCann

La ministre McCann a demandé au Collège des médecins de modifier la règle voulant qu’un patient vu par une IPS soit tenu de rencontrer un médecin dans les 30 jours suivant sa visite. Une mesure qui entraîne un dédoublement de service. « On libère les médecins de cette tâche de "superviser" les infirmières praticiennes spécialisées et ils ont ainsi davantage de temps pour voir d’autres patients. »

« Nos médecins partenaires vont aussi en être soulagés, parce que c’est assez difficile de gérer au quotidien l’ensemble des visites obligatoires ou des références médicales », affirme la présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ), Christine Laliberté, également de passage à ICI RDI, lundi matin.

« On pourrait facilement augmenter l’accessibilité à la population en diminuant les visites juste pour justifier des informations qui sont déjà connues », estime-t-elle. Elle ajoute que les IPS sont prêtes à assumer ce nouveau rôle sans devoir suivre une formation supplémentaire.

On le fait déjà [poser des diagnostics], c’est juste qu’on ne peut pas le dire.

Christine Laliberté

Les infirmières pourraient également remplir des formulaires d’accident de travail et des certificats médicaux, évaluer les fonctions cognitives avant la délivrance d'un permis de conduire, et rédiger des références vers des médecins spécialistes, explique la présidente de l'AlPSQ.

Le diagnostic, chasse gardée des médecins

La ministre McCann croit que le Collège des médecins est disposé à laisser les IPS prendre plus de place dans le réseau de la santé, et qu’elles pourraient commencer à poser des diagnostics d’ici un an.

« C’est urgent, poursuit-elle. On ne peut pas laisser 500 000 personnes sur le guichet d’accès – précisons qu'un million d'autres Québécois sont sans médecin de famille – quand on a les moyens de voir une bonne partie de ces personnes-là. Je pense que c’est une responsabilité commune que nous avons, de l’ensemble du réseau et des médecins. »

Entrevue avec la ministre de la Santé, Danielle McCann

Le président du Collège des médecins du Québec, Mauril Gaudreault, s'oppose toutefois à ce que les IPS soient habilitées à poser des diagnostics. « Ma préoccupation est de protéger le public, expliquait-il, de passage à ICI RDI. Ce n’est pas la protection des médecins ou ce n’est pas un souci corporatiste. »

Poser un diagnostic, c’est complexe. Nous pensons que seuls les médecins ont les connaissances et les compétences requises pour ce faire.

Mauril Gaudreault

Le président de la Fédération des omnipraticiens du Québec, Louis Godin, abonde en ce sens. « On est encore convaincus que le diagnostic est quelque chose de médical et c’est quelque chose qui appartient vraiment aux médecins », a-t-il déclaré sur les ondes d'ICI Première, lundi matin.

« Ce qui nous importe avant tout, nous, c’est d’abord de respecter la compétence des médecins sur la question très importante du diagnostic », poursuit M. Godin.

Le président du Collège des médecins du Québec dit avoir discuté avec la ministre McCann de la possibilité que les IPS voient des patients pour ensuite communiquer leurs idées de diagnostics à « leur médecin partenaire ». Les deux professionnels de la santé pourraient ensuite « s’entendre sur une possibilité de diagnostic après discussion avec le médecin », illustre Mauril Gaudreault.

Il estime que la collaboration entre les IPS et les médecins constitue la « voie de l’avenir ».

On leur fait confiance […], mais, à notre avis, les compétences du médecin sont supérieures à celles de l’infirmière.

Mauril Gaudreault

Le souci de l'organisation du travail

Outre la question du diagnostic, M. Godin s’inquiète de l’organisation du travail. « Comment on organiserait tout ça et comment ça s’intégrerait dans le modèle de première ligne des groupes de médecine familiale? »

Le président de la FMOQ craint qu’en accordant le pouvoir de diagnostic aux IPS, le gouvernement crée deux systèmes parallèles. « Il ne faut pas que ce soit des systèmes qui soient érigés en silos, explique-t-il. D’un côté, les médecins qui travaillent avec certaines infirmières, et de l’autre côté, de façon tout à fait isolée, on aurait des IPS qui, elles, auraient une pratique totalement isolée. »

Il faut qu’elles [les infirmières praticiennes] viennent travailler avec nous dans notre modèle d’organisation.

Louis Godin

« Dans les autres provinces, les IPS travaillent dans un système parallèle, poursuit M. Godin. Il faut que ce travail se fasse dans une équipe de soins. »

La présidente de l’association des IPS estime pour sa part que les médecins partenaires sont de plus en plus ouverts à confier un rôle accru aux « superinfirmières » dans les groupes de soins. « Nos médecins partenaires voient la valeur ajoutée au sein de leurs équipes », explique-t-elle.

« Les infirmières praticiennes aiment travailler en collaboration avec les médecins partenaires et les autres ressources, mais on pourrait en faire plus pour faciliter tout le processus au profit de la population », ajoute Mme Laliberté.

On veut collaborer, mais on ne veut pas s’exclure. On a une force quand on travaille en équipe.

Christine Laliberté

« L’intention des infirmières praticiennes n’est pas de travailler seules, au contraire, le médecin est une grande ressource dans une équipe. Par contre, on veut être au service de la population en priorité. »

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, a quant à elle salué l’idée de donner plus d’autonomie aux « superinfirmières », mais elle préfère attendre de constater l’étendue de l'élargissement de leur champ de pratique avant de se réjouir.

L'opposition réagit

Les trois partis d'opposition à l'Assemblée nationale ont accueilli favorablement cette annonce de la ministre McCann, en apportant cependant quelques bémols.

Chez les libéraux, le porte-parole en matière de santé, André Fortin, a qualifié de « positive » la volonté de la ministre caquiste d'élargir le champ de pratique des IPS et des pharmaciens. « Bonne chance dans vos négos avec les ordres professionnels », a-t-il écrit sur Twitter.

Il a toutefois profité de cette tribune numérique pour questionner Mme McCann concernant le dossier des préposés aux bénéficiaires, la CAQ ayant déjà promis d'augmenter leur salaire dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre.

Au Parti québécois, Sylvain Gaudreault a mentionné que l'octroi de tâches supplémentaires aux infirmières spécialisées se trouvait depuis belle lurette au coeur des engagements péquistes en matière de santé.

Pour lui, deux questions se posent maintenant : « D'abord, est-ce que ça va se réaliser? Est-ce que c'est juste une intention? [...] Et la deuxième question, c'est le financement de ces mesures-là », a-t-il déclaré en point de presse.

M. Gaudreault a par ailleurs exprimé le souhait que le Collège des médecins accepte de donner davantage d'espace aux IPS.

Chez Québec solidaire, enfin, le député Sol Zanetti estime que ce meilleur partage des tâches « tombe sous le sens » en raison de l'épuisement professionnel de nombreux médecins.

« C'est une excellente nouvelle, mais nous pensons qu'il faut aller plus loin encore [...] en revoyant une partie du mode de rémunération des médecins », a poursuivi le porte-parole solidaire, en évoquant des « intérêts corporatistes qui ont nui à l'efficacité du système de santé et à la santé des professionnels du système ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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