•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Moins de jeux vidéo pour traiter le TDAH, suggèrent des pédiatres

Un adolescent devant un écran Photo: iStock
Radio-Canada

Après avoir récemment lancé une mise en garde contre la surconsommation de médicaments pour traiter les diagnostics de trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH), des pédiatres proposent maintenant des solutions, notamment de réduire le temps passé par les jeunes devant les écrans et les jeux vidéo. Le Parti québécois souhaite qu'une commission parlementaire se penche sur le problème.

Après leur lettre du 31 janvier dernier, les pédiatres écrivent cette fois que des études ont démontré que l'utilisation abusive des jeux vidéo peut favoriser l'émergence de symptômes de TDAH ou en aggraver la portée.

Ils proposent donc qu'une campagne de sensibilisation soit envisagée et qu'à l'instar de ce qui a déjà été fait dans certaines écoles, l'interdiction de l'utilisation des téléphones cellulaires et tablettes en milieu scolaire soit appliquée, excepté à des fins pédagogiques.

Dans leur lettre que publie lundi Le Journal de Montréal, les pédiatres ajoutent que davantage d'activités physiques devraient être offertes à l'école, de 30 à 45 minutes par jour, car cela améliorerait la concentration de ceux qui ont un TDAH.

Les médecins proposent aussi d'améliorer l'accès à des services psychosociaux et d'établir des lignes directrices sur le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité. Ils suggèrent la mise sur pied d'un comité-conseil.

Dans leur lettre du 31 janvier, 48 pédiatres qui citaient des données de l'Institut national d'excellence en santé et service sociaux (INESSS) affirmaient que les taux de prévalence de la consommation de médicaments pour traiter un TDAH étaient beaucoup plus élevés au Québec que dans le reste du Canada.

Chez les 10-12 ans, on compte 13,97 % de jeunes qui consomment des médicaments psychostimulants au Québec, un taux qui grimpe à 14,5 % chez les 13-17 ans. Dans le reste du pays, les taux pour ces mêmes groupes d'âge sont d'à peine 5,08 % et 4,3 %, respectivement.

L'un des signataires des deux lettres, le Dr Guy Falardeau, affirmait que le danger du vaste recours aux médicaments est que, dans certains cas, on masque un problème de santé mentale. Le médecin de Québec rappelait que les problèmes affectifs, émotionnels et sociaux devaient être réglés et qu'il ne fallait pas changer le comportement des enfants qui en souffrent avec des médicaments.

Entrevue avec le pédiatre Dr Guy Falardeau

« Il faut fournir un milieu apte à l'apprentissage », plaide une signataire

En entrevue à Radio-Canada, la chef du département de pédiatrie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Thérèse Côté-Boileau, a tenu à souligner que la médication peut bel et bien aider des enfants qui ont véritablement un trouble du déficit de l'attention ou qui souffrent d'hyperactivité.

« La médication est un élément, mais ce n’est pas le seul élément. Il faut leur fournir un milieu apte à l’apprentissage » et susceptible de favoriser leur concentration, plaide Mme Côté-Boileau, qui a signé les deux lettres à l'origine du débat. Selon elle, encourager l'activité physique et limiter le temps consacré aux jeux vidéo font partie des solutions.

La volonté de Québec d'obliger toutes les écoles à avoir deux récréations quotidiennes de 20 minutes dès l'automne prochain constitue en ce sens un pas dans la bonne direction. « L’activité physique est un des meilleurs moyens pour augmenter la concentration et un des bons moyens pour les enfants qui souffrent de déficit d’attention et d’hyperactivité », a-t-elle commenté.

Le temps passé par les enfants devant des jeux vidéo est aussi problématique, convient-elle, parce que ce qui se déroule sur les écrans devant eux « fonctionne plus rapidement que [leur] cerveau ».

« Pourquoi l'enfant est attentif quand il y a un jeu vidéo devant lui? C’est parce qu’il compense pour son inattention. Par contre, ça ne lui permet pas de s’adapter à la vraie vie », dit-elle. « Si on leur donne cette béquille [...], ils ont de la misère à s’adapter après et on augmente leur incapacité à se concentrer par la suite. »

Les élus québécois invités à se saisir de la question

À l'Assemblée nationale, le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Sylvain Gaudreault, demande à ce que la commission parlementaire de la santé s'empare du dossier, par l'entremise d'un mandat d'initiative. Il invite le gouvernement Legault et les autres partis d'opposition à se rallier à cette approche.

Une commission parlementaire dont le mandat serait voté unanimement enverrait un puissant message à la société québécoise à l'effet que tous les parlementaires, au-delà des partis, prennent cet enjeu-là à coeur pour y trouver des solutions concrètes.

Sylvain Gaudreault, porte-parole du PQ en matière de santé

L'objectif d'une commission parlementaire serait de « trouver des explications à l'augmentation préoccupante de la consommation de psychostimulants chez les enfants et les jeunes, ainsi que des solutions pouvant contribuer à la réduire », a-t-il mentionné, en présence de quatre des pédiatres signataires qu'il avait invités pour l'occasion.

Après avoir entendu des professionnels du milieu de l'éducation, des groupes de parents et d'autres intervenants, la commission pourrait parvenir à des conclusions et à des recommandations, dont celle de créer le comité-conseil que réclament les pédiatres.

M. Gaudreault, député de Jonquière, a dit être particulièrement interpellé par le fait que 25 % à 30 % des jeunes du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont médicamentés pour le TDAH, alors que la prévalence de ces troubles devrait plutôt être de 5 % à 10 % dans la population, selon le pédiatre Pierre-Claude Poulin.

La première lettre des pédiatres a été un « coup de canon dans la société », affirme le député péquiste. « Quand je vais faire mon épicerie, je me fais arrêter par des gens qui me parlent de ça. On reçoit des appels dans les bureaux de circonscription. Alors, si c'est vrai à Jonquière, j'imagine que c'est vrai dans d'autres circonscriptions également », a-t-il avancé.

Avec les informations de La Presse canadienne

Santé publique

Santé