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  • Envoyés spéciaux
  • Du gaz lacrymogène jusque dans les hôpitaux de Port-au-Prince

    Le reportage de notre envoyé spécial, Philippe Leblanc
    Laurence Martin

    Difficile d'imaginer qu'un bébé d'un mois et demi soit exposé à des gaz lacrymogènes. C'est pourtant le premier patient qu'on a vu lors de notre visite à l'hôpital universitaire d'État d'Haïti.

    Ce bébé, c’est la petite Djoulineca. Sa mère, Angeline Justinhomme, la promenait dehors, près de chez elle, quand les protestataires sont arrivés.

    « Djoulineca a arrêté de bouger. Elle est devenue comme une poupée, inerte », raconte sa maman, penchée sur le petit lit d’hôpital.

    Elle avait tellement de mal à respirer qu’elle n’arrivait même pas à pleurer.

    Angeline Justinhomme

    Sa mère a d’abord tenté de lui acheter des médicaments, mais incapable de payer, elle s’est rendue à l’hôpital universitaire, à un coin de rue du palais présidentiel.

    Une fillette est couchée sur un petit lit d'hôpital.La petite Djoulineca a été incommodée par des gaz lacrymogènes. Elle est soignée à l'hôpital universitaire d'État d'Haïti. Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Dans le quartier, les manifestations et les violences sont courantes depuis 10 jours, mais les gens qui se blessent sont parfois incapables de se rendre au centre hospitalier. Il y a trop de barricades.

    « En ce moment, explique la directrice générale, la Dre Jessy Colimon, la moitié de l’hôpital est vide. »

    Certains patients craignent de sortir de chez eux et préfèrent prendre le risque de ne pas se faire soigner. Les médecins sont également craintifs, ajoute-t-elle.

    « On sent qu'il y a une peur dans l'équipe », indique la Dre Colimon. Plusieurs membres du personnel médical étaient absents ces derniers jours.

    Quand les médecins travaillent loin des fenêtres

    Elle est devant des lits.La Dre Jessy Colimon. Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Il faut dire que les médecins et les infirmières ont eux aussi été plongés bien malgré eux dans les affrontements populaires. La semaine dernière, les gaz lacrymogènes et les fumées de pneus brûlés ont envahi les salles d’opération.

    Le personnel a dû s’éloigner des fenêtres pour travailler.

    Des gens sont assis dans une unité de soin d'un hôpital.L’hôpital universitaire d'État d'Haïti craint de manquer d’essence – le carburant nécessaire aux ambulances –, mais aussi aux génératrices qui alimentent l’hôpital en électricité. Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    L’hôpital craint maintenant de manquer d’essence, nécessaire aux ambulances mais aussi aux génératrices qui alimentent l’hôpital en électricité. Ils n’ont que 72 heures de réserves.

    L'arrivée d'un camion-citerne d'eau potable, samedi, a permis de maintenir les dialyses, mais pas de nettoyer tout l'équipement médical.

    Elle doit accoucher dans le stationnement de l’hôpital

    Une femme est couchée sur le béton et accouche.Évelyne a accouché dans le stationnement devant l'hôpital de la Paix, à Port-au-Prince, le 17 février 2019. Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

    Avec encore plus de pénuries depuis 10 jours, certains centres hospitaliers ne peuvent pas accueillir tous les patients.

    Ça, Évelyne St-Juste l’a découvert quand elle s’est rendue pour accoucher à l’hôpital de la Paix, un autre hôpital de Port-au-Prince.

    Quand on l’aperçoit dans le stationnement, elle hurle, souffrante, étendue au sol.

    « Le personnel médical ne veut pas l’admettre tant que la tête du bébé n’est pas sortie », nous explique sa soeur.

    Puis, l’inquiétude d’Évelyne se confirme : elle accouche sur le béton, dans la chaleur écrasante de l’après-midi.

    Pas de cris, pas de pleurs. Seulement les passants qui s’affolent autour de la mère et de l’enfant. On ne sait pas si le bébé a survécu.

    Crises politiques

    International