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Trump demande aux pays européens de rapatrier d'anciens djihadistes capturés

Un homme flanqué de deux femmes militaires et suivi d'une autre avec des lunettes de soleil, marche sur une piste d’atterrissage d'une base militaire.
Le président américain Donald Trump (centre) à la base militaire Andrews au Maryland. Photo: Getty Images / Jim Watson
Agence France-Presse

Le président américain Donald Trump a exhorté les pays européens à rapatrier leurs centaines de ressortissants retenus en Syrie après avoir rallié le groupe État islamique (EI), alors que le « califat » de l'EI doit prochainement rendre son dernier souffle, dans le réduit de Baghouz.

Ils sont Français, Allemands, Irlandais, Italiens, Anglais ou encore Canadiens. Ces dernières années, plusieurs centaines d'étrangers ont été arrêtés par l'alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) au fil des batailles menées contre l'EI en Syrie.

Aujourd'hui, ces combats touchent à leur fin même si, dans l'est de la Syrie, quelques poignées de djihadistes, acculés dans une poche d'un demi-kilomètre carré, livrent toujours une résistance farouche face à l'offensive « finale » des FDS.

Pendant ce temps, l'épineux dossier des étrangers retenus par les forces kurdes n'a toujours pas été tranché. Les hommes sont en prison, les femmes et les enfants dans des camps de déplacés.

Comme à son habitude, le président Trump a eu recours à Twitter pour se lancer dans une diatribe contre les puissances européennes qui tergiversent.

« Les États-Unis demandent à la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et aux autres alliés européens de reprendre plus de 800 combattants de l'EI que nous avons capturés en Syrie afin de les traduire en justice », a-t-il martelé, dans la nuit de samedi à dimanche.

« Il n'y a pas d'alternative, car nous serions forcés de les libérer. Les États-Unis ne veulent pas que ces combattants de l'EI se répandent en Europe », a-t-il prévenu.

L'Europe divisée

L'administration semi-autonome kurde refuse de juger les étrangers et réclame un renvoi vers les pays d'origine. Or, les puissances occidentales se montrent globalement réticentes face à l'hostilité d'une partie de leurs opinions publiques.

Paris, Bruxelles et Berlin ont réagi dimanche aux propos du président américain.

« Ce sont les Kurdes qui les détiennent [les djihadistes français] et nous avons toute confiance dans leur capacité à les maintenir » en détention, a répliqué sur BFMTV le secrétaire d'État français auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Quoi qu'il en soit, si ces individus reviennent sur le territoire national, ils ont tous des procédures judiciaires en cours, ils seront tous judiciarisés et incarcérés.

Laurent Nuñez, secrétaire d'État français auprès du ministre de l'Intérieur

Après sa réticence initiale, Paris semble désormais envisager le retour de ses ressortissants. Une source proche du dossier en France a évoqué le cas de 150 Français, dont 90 mineurs.

Familles et défenseurs des droits humains s'inquiètent d'un possible transfert des djihadistes étrangers, notamment français, vers l'Irak voisin, où des centaines de personnes ont été condamnées à mort ou à la perpétuité pour avoir rallié l'EI.

En Belgique, le ministre de la Justice, Koen Geens, a réclamé une « solution européenne », appelant à « réfléchir tranquillement et à regarder ce qui comporte le moins de risques pour la sécurité ».

« Nous avons actuellement dans le nord de la Syrie surtout des mères et des enfants, mais également quelques combattants qui sont connus », a-t-il précisé sur la chaîne publique flamande VRT.

En Allemagne, des sources au ministère des Affaires étrangères ont indiqué que Berlin examinait « des options pour permettre aux ressortissants allemands de quitter la Syrie, en particulier les cas humanitaires ».

Le sujet est d'autant plus sensible que M. Trump s'est engagé en décembre à retirer les quelque 2000 militaires américains déployés en Syrie. Ce désengagement et la menace d'une offensive turque contre les forces kurdes font craindre un chaos sécuritaire dont bénéficierait l'EI.

Syrie : l'engrenage de la guerre

L'EI dans ses derniers retranchements

Après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la conquête de vastes régions en Syrie et en Irak, l'EI avait proclamé un « califat » sur un territoire vaste comme la Grande-Bretagne.

Les djihadistes y avaient établi leur propre administration, exécutant et torturant ceux qui ne respectaient pas leur loi et fomentant des attentats meurtriers y compris à l'étranger.

Aujourd'hui, ils ne tiennent plus qu'une petite poche dans la province de Deir Ezzor (est), frontalière de l'Irak.

Malgré le soutien de la coalition internationale emmenée par Washington, l'offensive des FDS progresse toutefois lentement.

Retranchés dans un réduit du village de Baghouz, les djihadistes ont planté un océan de mines et creusé des tunnels. Ils ont toujours recours aux attaques kamikazes et empêchent les civils de sortir, disent les FDS.

« L'EI a bouclé toutes les rues », a expliqué un porte-parole des FDS Mustefa Bali, précisant que 2000 civils pourraient encore se trouver dans le réduit.

Deux hommes armés se tiennent debout, dos à dos, dans les décombres d'un bâtiment.Des policiers syriens dans le village de Hajin, près du dernier bastion de Daech dans l'est du pays. Photo : Getty Images / Chris McGrath

Depuis le début de décembre, près de 40 000 personnes ont fui le secteur, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Parmi eux, principalement des familles de djihadistes, selon la même source.

« Les civils qui se sont échappés racontent que l'EI les utilise comme boucliers humains », a affirmé à l'AFP le porte-parole de la coalition internationale, le colonel Sean Ryan.

En Syrie, les djihadistes sont aussi dispersés dans le vaste désert central de la badiya et revendiquent des attaques parfois meurtrières menées par des « cellules dormantes » dans les régions contrôlées par les FDS.

La bataille anti-EI représente aujourd'hui le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis 2011.

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