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  • Envoyée spéciale
  • Fin annoncée de Daech : le point avec Marie-Eve Bédard en Syrie

    Un homme portant un fusil d'assaut marche dans une rue entourée de bâtiments en ruines sous un ciel nuageux.
    Des villages près de Baghouz ont récemment été libérés par les Forces démocratiques syriennes, aidées par la coalition internationale. Photo: Getty Images / Chris McGrath
    Jean-Philippe Guilbault

    Le groupe armé État islamique est poussé dans ses derniers retranchements en Syrie, près du village de Baghouz, dans l'est du pays. Radio-Canada s'est entretenue dimanche avec sa correspondante au Moyen-Orient, Marie-Eve Bédard, qui se trouve à quelques kilomètres des dernières zones de combat. Elle se situe dans le nord de la Syrie, dans la zone où se déroulent les dernières opérations militaires près du village de Baghouz. Marie-Eve Bédard est plus précisément près du champ pétrolier d'Al-Omar. En ce moment, les derniers combattants de Daech [groupe armé État islamique] ont reculé dans une zone d'environ 700 mètres carrés à l'intérieur du village.


    Le point avec notre correspondante Marie-Eve Bédard

    Comment êtes-vous entrée en Syrie?

    Notre passage s’est fait par une zone semi-autonome contrôlée par les Kurdes. On doit d’abord obtenir un permis émis à Erbil et cela peut prendre un certain temps. La carte de presse est essentielle dans ce processus puisque la frontière est « fermée » sauf exception, comme pour les journalistes.

    Avec le permis, le passage vers la Syrie peut se faire. Il faut traverser une rivière. Avant, cela se faisait par bateau, maintenant un pont mécanique militaire a été installé et la traversée se fait en autobus.

    Beaucoup de civils voyagent entre la Syrie et l’Irak. Des personnes qui vivent dans le nord de la Syrie traversent la frontière parce que certains produits sont disponibles plus facilement en Irak.

    Nos bagages sont transportés dans des véhicules séparés et sont inspectés en Irak et en Syrie.

    Quelle est l’ambiance dans cette zone?

    C’est très chaotique. Depuis le début des opérations militaires, les civils ont une vie très désordonnée et d’itinérance.

    Ils doivent souvent traverser en Irak pour obtenir des produits autrement difficiles à trouver. Leurs bagages sont notamment pleins de couvertures. Ce sont des vies toujours en mouvement.

    Syrie : l'engrenage de la guerre

    Quel sort attend les ressortissants étrangers capturés par les forces kurdes?

    On se pose toujours la question.

    En ce moment, il y a près de 800 étrangers détenus par les Kurdes, dont certains sont canadiens, et ils sont divisés grosso modo en deux catégories : les combattants et leurs familles. Ces dernières ne sont pas à proprement parler prisonnières. Il y en a plusieurs, dont des Français, des Belges et des Tunisiens.

    Le message que les autorités kurdes veulent lancer aux pays étrangers, c’est que leurs prisons débordent, qu’elles ne savent pas quoi faire avec ces prisonniers et qu’il y a des coûts reliés à cela.

    Il y a notamment le cas d’un prisonnier canadien que l’on espère interviewer qui a déclaré à l’Agence France-Presse n’avoir commis aucun crime au Canada et qu’il devrait pouvoir rentrer au pays.

    Il y a également beaucoup de femmes qui étaient impliquées dans les opérations du groupe armé, notamment au sein de leur fameuse police religieuse.

    Donc savoir comment les pays vont gérer cette question est très important. La France, par exemple, reste floue quant à ses intentions.

    Il faut aussi comprendre que la réaction de la population face à ces possibles retours peut être très violente.

    Une femme britannique a raconté au journal The Times of London qu’elle croyait à la cause de Daech, qu’elle avait vu des atrocités et que cela ne l’avait pas vraiment affectée. Elle souhaite maintenant rentrer au Royaume-Uni afin d’accoucher pour que son enfant soit dans un environnement sécuritaire.

    La réaction de la population a été très forte.

    Certains observateurs ont évoqué l’idée d’un tribunal international pour juger ces membres de Daech. Est-ce que ce scénario trouve écho en Syrie?

    Il y a une sorte de ligne de partie, une position commune aux Kurdes qui est que ces gens-là doivent retourner dans leur pays. Les Kurdes n’ont pas les ressources pour gérer ces dossiers et encore moins pour organiser la mise sur pied d’un tribunal de la sorte.

    Avec les combats qui tirent à leur fin, les Kurdes sentent que le soutien international s’éteint, surtout depuis l’annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines.
    Les Kurdes veulent surtout faire passer le message qu’il faudra sécuriser les territoires une fois ceux-ci libérés. Ils ont deux craintes à cet effet.

    D’abord, il y a des djihadistes dans les zones libérées qui se sont intégrés à la population et qui pourraient se regrouper. Ensuite, avec le retrait des troupes américaines, les Kurdes craignent une offensive turque.

    Depuis quelques jours maintenant, les commandants auxquels j’ai parlé prédisent leur victoire contre Daech. Si ce n’est pas pour aujourd’hui [dimanche], ce sera pour demain [lundi].

    Et les Kurdes veulent faire comprendre à la communauté internationale que même si le califat mis en place par Daech est démantelé, l’idéologie derrière va demeurer.

    Marie-Eve Bédard, envoyée spéciale en Syrie, rendra compte cette semaine des développements de la situation.

    Conflits armés

    International