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  • Envoyés spéciaux
  • « Haïti, ce n’est pas une vie » – Un migrant expulsé qui ne peut pas revenir au Canada

    Oberne Pierre, qui est passé par le chemin Roxham en 2017, a été renvoyé du Canada vers Haïti en août dernier. Photo: Radio-Canada / Christine Tremblay
    Laurence Martin

    Oberne Pierre aurait sans doute donné cher pour être dans l'avion d'Air Transat qui a ramené les 113 touristes québécois chez eux samedi soir. Ce père de famille haïtien, qui est passé par le chemin Roxham en 2017, a été expulsé du Canada en août dernier. Sa quête d'une vie meilleure a échoué. Témoignage.

    « Et s’il était à Montréal en ce moment, à quoi ressemblerait sa vie? » Cette question, je me la suis posée plusieurs fois lorsqu’on remontait les escaliers étroits en sortant de la maison d’Oberne Pierre.

    Probablement travaillerait-il encore dans une usine à Laval. Sans doute enverrait-il un peu d’argent à sa famille, restée en Haïti, qui en a besoin pour tout acheter – de l’eau, du carburant, de la nourriture...

    Peut-être même qu’il pourrait payer, sans s’inquiéter, l’école de sa fille de 8 ans, Tanorah, qui rêve déjà de devenir médecin.

    Une chose est sûre, le père de famille n’aurait pas besoin de passer trois jours dans les rues de Port-au-Prince pour trouver de l’eau potable.

    Ce retour en arrière, à « sa vie d’avant » est dur, particulièrement crève-cœur même, parce qu’il a goûté à ce qu’il ne peut plus avoir.

    « Je suis très frustré », dit-il, mais il ajoute, du même souffle, qu’il « faut respecter la loi ».

    En août 2018, les autorités canadiennes ont déterminé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves tangibles que la sécurité d’Oberne Pierre était « menacée » à Port-au-Prince.

    Comme des centaines de demandeurs d’asile d’origine haïtienne, le père de famille a dû plier bagage. Il a été renvoyé dans son pays, après avoir passé un an au Québec.

    Des maisons se trouvent de part et d'autre d'une rue étroite à Port-au-Prince, à Haïti.La maison d'Oberne Pierre (du côté gauche), qui compte trois pièces, est devenue un luxe qu'il peut difficilement se permettre. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

    Toujours à la recherche d’un emploi

    De retour à Port-au-Prince depuis six mois, Oberne Pierre, qui avait déjà travaillé comme chauffeur, n’a pas trouvé d’emploi.

    Sa petite maison de trois pièces, où le salon fait à la fois office de cuisine et de salle à manger, est devenue un luxe qu’il peut difficilement se permettre, tout comme l’école de sa fille ou les produits alimentaires de base.

    Haïti n'est pas une vie. Les gens qui vivent en Haïti c'est... je ne sais pas, mais pour moi c'est un enfer.

    Oberne Pierre

    Oberne Pierre ne fonde pas beaucoup d’espoir sur les manifestations ou sur les politiciens, « des voleurs et des gens qui veulent remplir leurs poches ».

    Son espoir, c’est sa fille Tanorah. « Je vais me battre pour que son avenir ne passe pas par Haïti. »

    Si quitter sa patrie, c’est souvent un parcours du combattant. Revenir en arrière dans un pays en crise l'est également.

    Une jeune fille lit un manuel scolaire.La fille d'Oberne Pierre, Tanorah, est âgée de 8 ans et rêve de devenir médecin. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

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