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Île d'Orléans : des citoyens promettent une longue bataille à Huttopia

L'entreprise française Huttopia souhaite louer 21,7 hectares de terrain de la Pointe d'Argentenay.

Photo : Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la Pointe d'Argentenay

David Rémillard

L'opposition au projet de camping de luxe Huttopia, sur l'île d'Orléans, se prépare à une longue bataille. Elle souhaite amasser 50 000 $ pour financer ses travaux et les expertises qui l'aideront dans sa lutte. Leur détermination inquiète les élus locaux, qui appuient le promoteur.

La Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la pointe d'Argentenay ne lâchera pas le morceau. Selon elle, le projet de camping haut de gamme de 130 emplacements de l'entreprise Huttopia n'est pas acceptable.

« C'est incompatible avec le milieu, c'est beaucoup trop dense, beaucoup trop invasif », insiste Nathalie Lemelin, résidente du secteur situé à l'extrême est de Saint-François-de-l'Île-d'Orléans.

La citoyenne martèle que la rue D'Argentenay, « un cul-de-sac », n'a pas la configuration pour supporter une affluence qui, selon les plans d'Huttopia, pourrait atteindre jusqu'à 500 visiteurs en été. C'est pratiquement autant que la population totale de la municipalité, fait-elle valoir.

Pour l'aider dans ses démarches, la coalition, menée par un noyau d'une dizaine de citoyens, vient de lancer une campagne de financement dont l'objectif est établi à 50 000 $.

Première bataille

Les fonds serviront entre autres à payer des experts chargés de préparer le dossier qui sera remis à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Les parties, opposants et partisans, seront entendues le 20 mars.

L'instance a reçu une demande des promoteurs afin que le terrain, zoné agricole, puisse être utilisé à d'autres fins que l'agriculture.

La coalition y énumérera les potentiels impacts sur la conservation de ce « milieu naturel ». « La question de l'eau potable revient tout le temps », souligne Caroline Roberge, elle aussi active au sein de la coalition. On craint aussi le déboisement ainsi qu'une perte de biodiversité.

Le groupe s'affaire à tout documenter.

On n'a pas encore de réponses mais nos expertistes, ou nos experts, vont nous permettre de soulever de bonnes questions.

Caroline Roberge, résidente et membre de la coalition
Caroline Roberge et Nathalie Lemelin font partie de la Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la pointe d'Argentenay

Caroline Roberge et Nathalie Lemelin font partie de la Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la pointe d'Argentenay.

Photo : Radio-Canada

Toujours selon les opposants, les cultivateurs ayant des terres limitrophes au site d'Huttopia courent un risque d'intrusion des visiteurs dans les cultures.

En pareil cas, certains pourraient perdre leur certification comme la Canada Gap. Une possibilité confirmée par l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Si le projet va de l'avant, l'entreprise et les agriculteurs pourraient cohabiter pendant 50 ans, en vertu d'un bail de location entre Huttopia et les Scouts du Canada - District de Québec, propriétaires du terrain.

Les producteurs agricoles divisés

Le syndicat local de l'UPA de l'Île d'Orléans aura donc à prendre position dans le dossier. Actuellement, ses membres sont divisés sur la question.

Certains à proximité de la pointe d'Argentenay sont carrément contre. D'autres, plus tournés vers l'agrotourisme, voient un potentiel d'affaires avec Huttopia.

Le syndicat a rencontré les représentants d'Huttopia et de la coalition citoyenne la semaine dernière.

« Il y a deux possibilités : soit on est contre, soit on ne s’oppose pas au projet », évoque François Blouin, président du conseil d'administration local de l'UPA.

La nuance est importante pour l'agriculteur. Ce dernier « ne doit rien à Huttopia » et ne va pas « appuyer » le projet, dit-il. Mais s'il était démontré que les activités de villégiature n'auront pas d'impact sur l'agriculture existante, « je ne peux pas m’opposer ».

J'ai l'impression de marcher sur des oeufs.

François Blouin, président de l'UPA de l'île d'Orléans

Les agriculteurs ont déjà demandé des « marges de recul » entre le site et les terres.

Les membres du conseil local de l'UPA espèrent s'entendre avant le 20 mars. S'il n'y a pas d'entente, les producteurs de l'île d'Orléans pourraient s'en remettre à la CPTAQ.

Les élus convaincus

Les élus de l'île d'Orléans sont déjà unanimement rangés derrière Huttopia, qui a fait ses premières représentations il y a déjà deux ans.

Le préfèt de la MRC et maire de Sainte-Pétronille, Harold Noël, y voit un « projet structurant ».

Harold Noël, préfet de la MRC de l'Île d'Orléans

Harold Noël, préfet de la MRC de l'Île d'Orléans.

Photo : Radio-Canada

« On est proche de la dévitalisation à Saint-François », déclare-t-il. L'arrivée des touristes pourraient selon lui permettre aux commerces de proximité de souffler. Il note une baisse démographique constante à l'est de l'île.

M. Noël est préoccupé par les délais que pourraient occasionner la mobilisation citoyenne. Sa principale crainte est de voir lui échapper les retombées économiques. « C’est clair que c’est ce qui nous inquiète le plus. [...] On pense que nous avons le promoteur idéal. »

Soyez assuré que je vais être vraiment déçu. Je vais le prendre comme une défaite personnelle qu’un projet aussi structurant puisse être démoli par une poignée de personnes.

Harold Noël, préfèt de la MRC de l'île d'Orléans

Par contre, a-t-il précisé, si l'une « des instances réglementaires » s'opposait, « on ne se chicanera pas avec eux autres ».

Car outre la CPTAQ, les ministères québécois de la Culture et de l'Environnement auront aussi à donner leur aval au projet. La coalition citoyenne a l'intention de faire pression sur toutes ces instances.

Pour l'instant, une demande est sous analyse au ministère de la Culture, qui doit s'assurer de la protection intégrale de l'île, classée patrimoniale. Aucune demande n'a encore été déposée au ministère de l'Environnement.

Avec la collaboration de Jonathan Lavoie et de Nahila Bendali

Québec

Environnement