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Haïti : les 113 touristes québécois de retour à Montréal

Deux touristes répondent aux questions des journalistes.
Deux touristes interrogées par Radio-Canada à la suite de leur retour d'Haïti. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'opération de rapatriement des 113 touristes québécois coincés dans un hôtel d'Haïti depuis plusieurs jours en raison des manifestations et des violences a été un succès. Les évacués sont de retour au Québec.

L'avion qui transportait les touristes québécois a atterri à 21 h 20 à l'aéroport Montréal-Trudeau. L'appareil avait décollé de Port-au-Prince à 16 h 20.

Une fois les douanes franchies, les touristes rapatriés ont dit ressentir un soulagement d’être rentré à la maison, mais éprouver en même temps un sentiment de compassion pour le peuple haïtien.

« Quand le pays se stabilisera, moi… Je n’ai rien à dire contre Haïti. Je veux dire, c’est un beau voyage quand même », a dit une Québécoise rencontrée à l’aéroport.

« Le gens capotaient parce que certains manquaient de médicaments, certains devaient retourner au travail. Sinon, à l’hôtel, on était sécuritaire », a affirmé une autre touriste.

Un Haïtien vivant désormais au Québec était à bord du vol en partance de Port-au-Prince. Il ne faisait pas partie du groupe des 113 touristes coincés à l’hôtel Royal Decameron. « C’était extrêmement difficile. C’est tout ce que je peux dire. C’était extrêmement difficile », a-t-il déclaré à son arrivée dans la métropole.

L’homme a été marqué par la crise qui secoue son pays d’origine. Il a décrit à Radio-Canada son séjour en Haïti. « J’entends les tirs partout, les affrontements entre les manifestants et la police. Je ne vois pas, mais à la télé, j’ai entendu qu’il y a des gens qui sont morts, j’ai entendu qu’il y a des gens blessés. Moi personnellement, je n’ai pas été voir exactement. Mais j’ai entendu », a-t-il témoigné.

Ce qui devait être un simple voyage pour aller voir sa famille a tourné en une expérience assez éprouvante. « J’ai ma maman qui habite là-bas jusqu’à présent. J’ai ma sœur. Juste pour visiter. Mais je n’ai pas pensé que ça allait être comme cela. Ce n’était pas prévu pour moi. Si j’avais su, je ne serais pas allé là-bas. Je vous dis ça honnêtement », a-t-il confié.

Après plusieurs jours d’incertitude, Air Transat a finalement opté pour l’évacuation en hélicoptère des deux groupes de touristes confinés dans l’hôtel Royal Decameron. Ottawa et les autorités locales ont collaboré à la mise en place de ce plan d'évacuation.

Suivez en direct nos envoyés spéciaux en Haïti Laurence Martin et Philippe Leblanc

Une opération bien coordonnée

L’opération pour secourir les touristes québécois a débuté vers 9 h samedi. Quatre hélicoptères ont été mobilisés pour les évacuer de façon sécuritaire jusqu'à l'aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince.

Pendant trois heures, les hélicoptères ont transportés par petits groupes la centaine de touristes québécois qui devaient initialement partir mercredi.

« C’est très sécuritaire et bien coordonné », affirmait tôt samedi matin Normand Rosa, un des 113 touristes qui ont été évacués.

Les premiers touristes arrivés à l'aéroport en hélicoptère dans la matinée ont témoigné d'une bonne organisation. « On était en très bonne compagnie. Nous avons eu un très bon service toute cette période-là », a relaté Jean-Jacques Moreau, un des touristes héliportés, au sujet de son séjour.

Le visage souriant d'un touriste, en premier plan, et le tarmac de l'aéroport de Port-au-Prince, en fond. Jean-Jacques Moreau, un des touristes évacués, à son arrivée à l'aéroport. Photo : Radio-Canada

Les 113 évacués ont été rassemblés en début d'après-midi dans un terminal en attente de leur vol de retour au Canada.

Interrogée par Radio-Canada, la touriste Geneviève Robert est notamment revenue sur sa décision de voyager vers Haïti malgré l’instabilité qui règne dans le pays.

« J'étais au courant en réservant mon forfait, reconnaît-elle. J'avais fait des réservations en septembre et à cette période, c'était relativement tranquille. À partir de décembre, j'ai commencé à communiquer avec Air Transat. [...] Jusqu’à la veille de mon départ, le vol était toujours prévu. Je faisais un peu confiance à Air Transat. Mais c'est une manifestation de 24 heures qui dure depuis neuf jours... Personne ne pouvait vraiment le savoir », explique-t-elle.

L'un des groupes auquel appartenait Mme Robert devait quitter Haïti en avion dimanche dernier, l'autre, mercredi, mais la situation chaotique dans les rues du pays et les nombreuses routes barricadées les ont empêchés de se rendre à l'aéroport par voie terrestre.

Questionné par Radio-Canada, un touriste a expliqué avoir planifié son voyage à l'automne. Il a alors acheté ses billets et il a été pris de court par les récents événements.

Un autre touriste a partagé son insatisfaction et a mis une croix définitive sur Haïti comme destination de vacances.

« À l’hôtel, tout était parfait. On ne peut pas demander mieux. C’est un très bel endroit. Mais, on n’a pas pu rien visiter. On n’a même pas pu sortir de l’hôtel. Alors, plus jamais [Haïti] », a-t-il affirmé.

Des gens marchent sur un tarmac, valises à la main. Une femme qui porte un chandail sur lequel est écrit Canada les attend.Des Canadiens arrivent à l'aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince samedi matin. Photo : Radio-Canada / Christine Tramblay

D'autres évacuations

Le premier ministre Justin Trudeau a, quant à lui, déclaré qu'Ottawa et son corps diplomatique mettaient tout en œuvre pour aider les Canadiens à rentrer chez eux.

Vingt-quatre Canadiens du sud de l’Alberta travaillant pour le projet caritatif Haïti Arise ont, eux aussi, été évacués samedi matin.

Confinés depuis plusieurs jours dans leur mission, située à Grand-Goâve, à une soixantaine de kilomètres de Port-au-Prince, les missionnaires albertains ont été héliportés vers l’aéroport.

Un premier groupe est arrivé sans encombre à Miami dans le courant de la matinée, selon un tweet partagé vers 13 h sur la page de l’organisme. À ce moment, les autres participants au projet Haïti Arise attendaient les prochains vols au départ de Port-au-Prince.

Des gens attendent au milieu de valises dans un parc. Ils sont souriants.Un groupe de missionnaires de l'Alberta attend qu'un hélicoptère les transporte à Port-au-prince, samedi. Photo : Facebook / Haiti Arise

La ministre fédérale du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a indiqué samedi matin qu'Ottawa avait gardé sous silence les informations concernant le plan d'évacuation pour des raisons de sécurité.

« Quand on travaille sur des plans d'évacuation de Canadiens dans un pays en conflit, on informe les premiers ministres des provinces concernés par courtoisie. Mais il faut être très prudent quand on partage des informations, car cela pourrait compromettre leur [les ressortissants] sécurité. Au niveau du gouvernement du Canada, on se fait plus discret », a-t-elle dit.

Des Canadiens toujours en Haïti

Il y a d’autres Canadiens en Haïti qui attendent toujours de pouvoir rentrer au pays.

Un groupe d’infirmières canadiennes, qui se sont rendues là-bas pour une mission humanitaire, sont coincées dans une localité située à environ une heure de route de Port-au-Prince. L’accès à l’aéroport reste compromis, ce qui complique les déplacements terrestres.

Ces infirmières ont lancé une campagne de socio-financement pour pouvoir se louer un hélicoptère et être capables de se rendre à l’aéroport de la capitale, afin d’embarquer sur un vol d’Air Canada lundi à destination du Canada.

Deux hélicoptères sont visibles sur une pelouse verte avec des arbres en arrière-plan.Trois hélicoptères sont arrivés samedi matin à Haïti pour l'évacuation de Québécois. Photo : Gracieuseté

Un groupe de 26 élèves et leurs accompagnateurs des écoles Le Boisé et Le Tandem, de Victoriaville, qui sont en Haïti depuis le 6 février, se trouvent toujours dans le pays.

La ministre Marie-Claude Bibeau a spécifié qu'ils se trouvent dans une région calme et que des mesures seront mises en place lors de leur déplacement.

Le gouvernement fédéral a demandé aux Canadiens, samedi, de ne pas se rendre en Haïti.

« Éviter tout voyage en Haïti en raison des troubles civils qui sévissent à travers le pays. La situation en matière de sécurité pourrait se détériorer rapidement », a-t-il indiqué sur le site d’Affaires mondiales Canada.

Le vice-président ressources humaines et affaires publiques de Transat, Christophe Hennebelle, a fait le point sur l’offre de service du transporteur à destination d'Haïti.

« Aujourd’hui, nous maintenons les vols d’abord pour permettre aux gens qui sont en Haïti de revenir au Canada, puis également aux Haïtiens qui souhaiteraient se rendre en Haïti de pouvoir le faire. Par contre, nous avons suspendu tous les forfaits, tous les tout-inclus. On n’en vend plus depuis un certain nombre de jours », a-t-il dit.

Solidarité avec le peuple haïtien

Le Comité d’action des personnes sans statut a organisé une manifestation samedi devant le consulat général d’Haïti à Montréal. Le Comité d’action des personnes sans statut a organisé une manifestation samedi devant le consulat général d’Haïti à Montréal. Photo : Radio-Canada

Une manifestation regroupant des dizaines de personnes, dont plusieurs issues de la diaspora haïtienne, s’est déroulée devant le consulat général d’Haïti, samedi, à Montréal. Les manifestants, qui ont lancé un appel à la démission du président Jovenel, ont démontré leur solidarité avec le peuple haïtien. Ils ont dénoncé la corruption et la pauvreté.

Le Comité d’action des personnes sans statut souhaitait organiser ce rassemblement, parce qu’il a l’impression que la situation est près d’un point de bascule et qu'il s'inquiète des conséquences possibles.

« On sait qu’on vit présentement une situation extrêmement sulfureuse, dangereuse même, je dirais. Des manifestations qui sont là au moins depuis le mois de juillet. Il y a eu des hauts et des bas. Nous sommes rendus je pense au paroxysme de ce qui se fait dans les derniers temps, où une population qui est rendue à un trop-plein, où elle ne mange pas, où elle ne travaille pas. Il n’y a pas de programmes sociaux qui lui permettent de vivre », a déclaré Frantz André, porte-parole du comité.

« On craint justement un exode de ces jeunes qui viennent ici à nos portes au Canada et dans beaucoup de cas on les rejette dans une situation beaucoup plus dangereuse que quand ils ont quitté [leur pays] », a-t-il ajouté.

Avec les informations de Jacaudrey Charbonneau

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