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Une firme de traduction en défaut de paiement continuait de recevoir des contrats gouvernementaux

Les logos sont blancs sur fond bleu. Able Translations avec 2 silhouettes de visages et Able Transports avec la lettre A en minuscule.
Les enseignes des entreprises Able Translations et Able Transport Photo: CBC
Radio-Canada

Des agences gouvernementales ont accordé d'importants contrats à une compagnie qui ne payait pas toujours les traducteurs et interprètes qui travaillaient à la pige pour elle.

Entre 2014 et 2017, des gouvernements municipaux, provinciaux ainsi que le fédéral et diverses agences du secteur public ont confié des contrats d’au moins 4,7 millions de dollars à Able Translations, une compagnie de Mississauga, en banlieue de Toronto.

Les contrats couvraient une variété de services qui vont de l’interprétation lors de procédures juridiques à la traduction de dossiers médicaux.

Au même moment où ces contrats étaient octroyés, les cas de pigistes qui ne parvenaient pas à se faire payer se multipliaient. Ces situations avaient commencé à faire surface en 2013.

Une enquête de CBC a démontré qu’Able Translations doit plus d’un million de dollars à des douzaines de pigistes canadiens et étrangers ainsi qu’à l’Agence du revenu du Canada. Au cours des cinq dernières années, 245 poursuites ont été intentées par des pigistes, traducteurs et autres créanciers.

Plusieurs agences du secteur public ont pourtant continué à faire affaire avec Able Translations jusqu’à l’an dernier. D’autres font encore appel à ses services.

Ils peuvent se rendre compte par eux-mêmes qu’[Able] ne traite pas bien ses travailleurs, mais ils s’en foutent, déplore Sunny Zhang, une traductrice et interprète en mandarin de Calgary.

Mme Zhang a remporté sa cause devant un tribunal. La compagnie lui doit 8300 $, principalement pour des contrats avec la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail de l’Ontario (CSPAAT), le Workers' Compensation Board (WCB) de l’Alberta et Alberta Health Services (AHS).

Des inquiétudes

Dans le cadre de son enquête, CBC a obtenu plus de mille pages de documents en vertu des lois d'accès à l'information.

Certains permettent de constater que des clients d'Able Translations étaient inquiets.

De plus en plus d'interprètes craignent de ne pas être payés pour leurs services. Ça revient constamment, écrivait Fahreen Rayani, un employé du Workers' Compensation Board (WCB) de l’Alberta, dans une lettre adressée à la vice-présidente et copropriétaire d'Able, Annabelle Teixeira, le 17 février 2016.

L'automne précédent, CBC et le quotidien Toronto Star avaient publié des articles au sujet de pigistes qui avaient du mal à se faire payer pour leurs services. Certains interprètes mentionnaient ces articles dans des courriels de plainte envoyés au WCB, l'agence qui indemnise les travailleurs blessés.

Le budget global de traduction-interprétation de l'agence albertaine est de 1,4 million de dollars par année. Les contrats d'Able Translations représentaient 65 % de ce budget en 2016, un sommet. Par la suite, cette proportion est tombée autour de 20 % en moyenne.

En mai, toutefois, le WCB a mis fin prématurément à sa relation d'affaires avec l'agence de traduction.

Nous avons conclu qu'ils ne pouvaient respecter de manière continue leur engagement à payer leurs sous-traitants rapidement, a expliqué le WCB dans une déclaration écrite.

Une situation semblable en Ontario

Entre 2014 et 2017, la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail de l’Ontario (CSPAAT) a accordé des contrats de près de 450 000 $ à Able Translations.

Pourtant, au cours des années, l'agence avait eu vent des problèmes de certains pigistes à se faire payer. En octobre 2013, un traducteur avait écrit pour se plaindre qu'il n'avait pas été payé depuis le mois de mai et qu'il n'était pas le seul dans cette situation.

J'ai écrit au propriétaire et président d'Able Translations; il va faire des recherches, avait alors écrit le gestionnaire des services linguistiques à un collègue. Je ne crois pas que nous puissions faire quoi que ce soit. C'est un problème interne.

Quelques plaintes ont suivi en 2014 et 2015, ce qui n'a pas empêché la Commission de renouveler le contrat d'Able. En 2017, la publication d'articles sur la difficulté de travailleurs à se faire payer a amené un autre responsable à suggérer dans un courriel interne de mettre fin au contrat.

La Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail a finalement mis un terme au contrat d'Able Translations en avril dernier.

Nous attendons de nos fournisseurs qu'ils se conduisent de façon éthique, ce qui implique de traiter les employés de manière juste et d'avoir des pratiques adéquates en ce qui a trait aux paiements, écrit la Commission dans une déclaration écrite.

Des réponses qui tardent à venir

CBC a envoyé en novembre une série de questions à la compagnie sur ses relations contractuelles et ses pratiques. La vice-présidente Annabelle Teixeira a répondu que les informations des journalistes contenaient beaucoup d’erreurs.

Elle promettait d’envoyer d’autres renseignements au cours de la semaine, ce qu’elle n’a jamais fait, même si CBC lui a envoyé des courriels et l’a rappelée chaque semaine.

La compagnie a toujours des contrats avec le University Health Network (UHN), un important réseau d’hôpitaux ontariens et de centres de recherche.

Les documents obtenus grâce aux demandes d’accès à l’information démontrent que le UHN a versé 2,4 millions de dollars à Able sur une période de trois ans, principalement pour des services d’interprétation dans ses cliniques pour les accidentés du travail.

Nous ne devrions pas faire affaire avec des compagnies qui ne paient pas leurs travailleurs, reconnaît la porte-parole Gillian Howard, en précisant que, dans la mesure du possible, les contrats sont accordés à d’autres compagnies.

Mme Howard explique que le UHN a besoin des services d’interprètes dans plus de 100 langues différentes. Il n’y a pas beaucoup d’agences, ajoute-t-elle, qui offrent une aussi vaste gamme de services.

Une enquête de Zach Dubinsky et de Declan Keogh de CBC

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