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  • Envoyés spéciaux
  • Haïti entre le calme et la tempête

    Le compte rendu de Philippe Leblanc.
    Laurence Martin

    Ceux qui sont déjà venus à Port-au-Prince vous le diront : le bouillonnement qu'on découvre normalement à l'arrivée est étourdissant, impressionnant. D'habitude, la cacophonie des klaxons résonne dans les rues, où les voitures et les motos tentent de se faufiler entre les petits marchands, installés sur les trottoirs. Mais, aujourd'hui, la scène est bien différente. Les habitués de l'endroit sont, eux, sous le choc, surpris par le calme déstabilisant, voire inconfortable, des rues de la capitale haïtienne.

    Déjà à l’aéroport, le ton est donné. Les porteurs de bagages cherchent désespérément des valises à transporter. Ils sont payés au pourboire. Les touristes, c’est leur gagne-pain et la salle des arrivées est déserte.

    Des porteurs de bagages cherchent des bagages à porter. La salle d'arrivée de l'aéroport est désert.La salle d’arrivée à l’aéroport de Port-de-Prince était presque déserte vendredi. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

    Les écoles et la plupart des commerces ont fermé leurs portes. Il y a bien quelques vendeurs de fruits et légumes ici et là, mais il faut s’y prendre tôt pour se ravitailler.

    Bien des gens restent chez eux, inquiets seulement d'aller faire leurs courses.

    Un motocycliste passe devant un commerce fermé.La plupart des commerces de Port-au-Prince ont fermé leurs portes. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin
    Une femme tente de vendre ses petits sachets de sucre et de poudre de lait.« Personne n’achète depuis ce matin. Qu’est-ce qu’on peut faire? » demande Osama Maurice. Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

    Sœur Osama Maurice a décidé, elle, de sortir. De toute façon, il n’y a pas d’électricité chez elle et il faut manger. Assise sur une bûche, elle tente de vendre ses petits sachets de sucre et de poudre de lait. Les clients se font rares.

    « Personne n’achète depuis ce matin. Qu’est-ce qu’on peut faire? » demande-t-elle.

    La tempête

    Du feu et un homme qui marcheÀ Port-au-Prince, une barricade de feu a été réalisée par des manifestants. Photo : Reuters / Ivan Alvarado

    Et puis, sans qu’on s’y attende, le calme est brisé. Un convoi policier surgit au coin de la rue.

    Les pneus crissent. Les sirènes hurlent. Dix véhicules qui filent à toute allure. Les militaires installés à l’arrière sont armés jusqu’aux dents.

    C’est que la tension est montée encore d’un cran depuis jeudi soir. Les tentatives d’apaisement du président haïtien Jovenel Moïse n’ont rien donné. Au contraire.

    Les manifestations se poursuivent, même si les policiers lancent du gaz lacrymogène sur les mécontents. Plusieurs routes principales sont barricadées.

    « Je pense que le mouvement va devenir insurrectionnel », affirme Gilbert Mirambeau Jr.

    Un homme qui a les yeux bandés tient une pancarte en carton.Avec cette photo, qu’il a publiée sur Twitter et qui a été partagée des milliers de fois, Gilbert Mirambeau Jr. a déclenché un mouvement de protestation. On peut y lire en créole « Où est passé l’argent du PetroCaribe », ce fonds d’aide prêté par le Venezuela à Haïti. L’argent qui devait servir au développement du pays a été en partie mal géré, selon un rapport récent. Photo : Twitter / Gilbert Mirambeau Jr

    Ce cinéaste avait déclenché il y a six mois un mouvement de protestation contre la corruption dans son pays.

    De nouvelles révélations fin janvier sur l’ampleur de cette corruption ont mis le feu aux poudres. Les Haïtiens, aux prises avec une augmentation vertigineuse du coût de la vie, sont désillusionnés.

    « Les gens ont faim. La masse silencieuse a pris les rues », ajoute Gilbert Mirambeau Jr.

    À Port-au-Prince, le calme côtoie la tempête. Jusqu’où la tension va-t-elle monter?

    Crises politiques

    International