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Immigration : experts, citoyens touchés et politiciens réclament une marche arrière du gouvernement Legault

Denis Hamel, Véronique Proulx, Stéphan Reichhold, Guillaume Cliche-Rivard et Anne-Michèle Meggs étaient les invités d'Anne-Marie Dussault. Photo: Radio-Canada
Romain Schué

De nombreux experts et candidats à l'immigration, appuyés par les partis de l'opposition, demandent au ministre Simon Jolin-Barrette de revoir sa décision d'annuler 18 000 dossiers en attente de traitement, notamment ceux de personnes vivant au Québec. Ils ont fait part de leurs craintes au cours d'une émission spéciale de 24/60.

« Dans ces 18 000 dossiers, il y a probablement des travailleurs [de son entreprise] impliqués », a confié Julien Veilleux, vice-président de Rotobec, une entreprise de Chaudière-Appalaches qui fabrique et commercialise des équipements de manutention dans de nombreux pays.

Questionné par Anne-Marie Dussault, l’entrepreneur a avoué avoir des craintes, après le dépôt du projet de loi du gouvernement Legault, qui prévoit de jeter à la poubelle 18 000 demandes non traitées de candidats souhaitant immigrer de manière permanente au Québec.

Près de 5500 personnes, qui ont envoyé un tel dossier, vivraient déjà dans la province, a par ailleurs reconnu le ministère de l’Immigration ces derniers jours.

Vouloir annuler ces demandes va créer « plus d’incertitude », a souligné celui qui emploie près de 70 travailleurs immigrants dans l’une de ses usines québécoises. « Quand on prend des gros outils pour un petit problème, ça crée des dommages collatéraux », a-t-il ajouté.

Une émission à revoir

L'émission spéciale sur l'immigration présentée par Anne-Marie Dussault est à voir ou revoir sur le site internet de Radio-Canada.

Des « mesures » demandées au ministre

Comme Julien Veilleux, de nombreux autres experts ont réclamé une marche arrière au ministre Jolin-Barrette, qui a décliné l’invitation de 24/60.

« L’immigration au Québec, c’est la maison des fous d’Astérix », a commenté Denis Hamel, vice-président du Conseil du patronat du Québec.

Se montrant en faveur d’un meilleur système d’immigration pour mieux arrimer les besoins avec le marché du travail, ce que prône ce projet de loi 9, l’homme d’affaires a fait part d’une incertitude dans le milieu professionnel et a souligné un problème de communication de la part du gouvernement.

Trois personnes assisesDenis Hamel a défendu l'utilité du projet de loi, mais a demandé, à l'instar des autres invités, de traiter les 18 000 dossiers toujours en inventaire. Photo : Radio-Canada

« Des entreprises se disent : « Mon Dieu, est-ce que je vais perdre mon travailleur », a-t-il souligné, avant de préciser qu’« il y a quelque chose à faire » pour les personnes déjà installées au Québec.

« On ne peut pas pénaliser les individus et les employeurs », a pour sa part déclaré Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, en réclamant « des mesures » pour « les gens [déjà au Québec] qui répondent au marché du travail et qui travaillent ».

Par la suite, le nouveau système Arrima, mis en place le 2 août dernier, mais suspendu en attendant l’adoption du projet de loi, pourrait permettre « de faire ressortir des profils qu’on cherche », a mentionné Anne-Michèle Meggs, une ancienne cadre du ministère de l’Immigration.

En attendant, il y aurait néanmoins, selon Denis Hamel, un risque existe de « perdre des talents ».

L’immigration, c’est un marché mondial. Si on les perd, [les immigrants] vont aller ailleurs.

Denis Hamel, vice-président du Conseil du patronat du Québec

Un stress évoqué par les candidats

Trois témoignages ont notamment illustré cette situation. Domiciliée à Mirabel, avec son conjoint et leurs trois enfants, Virginie Honorat de Martin, qui occupe un emploi à temps plein, doit trouver une solution puisque son permis de travail temporaire expire en mai.

« On était bon, tout devait bien se passer [avant la décision du gouvernement]. C’est très stressant », a-t-elle assuré, tout en demandant au ministre Jolin-Barrette de « regarder au-delà des numéros de dossiers ».

Diplômée en médecine et présente au Québec depuis plus de cinq ans, Fernanda Pérez Guay Juarez a dit être « vraiment dans le noir ». « Je suis angoissée, déçue, fatiguée », a admis la jeune mexicaine sur le plateau d'ICI RDI.

Une jeune femmeÂgée de 30 ans, Fernanda Pérez Gay Juárez a fait ses études à l'Université McGill. Photo : Radio-Canada

« Je ne sais pas quoi faire, je suis désorienté. J’ai fortement choisi Montréal, car c’est la seule ville en Amérique du Nord où je veux habiter », a avoué le violoncelliste Kyran Assing, originaire de Trinidad-et-Tobago, qui habite au Canada depuis plusieurs années.

Eyatalah Tounsi, qui vit en Tunisie et qui occupe un poste de technologue en électronique industrielle, a de son côté raconté les efforts fournis depuis plusieurs années pour répondre aux critères de sélection du Québec. Avant de faire part de son « amertume », puisqu'en raison de l'annulation éventuelle de son dossier, il devrait repasser par exemple de nouveaux tests de français. Son âge, a-t-il confié, pourrait désormais être problématique, a-t-il repris.

« C'est une grande déception », a-t-il ajouté.

« Le projet de loi fait complètement abstraction de la situation humaine des personnes », a commenté Stéphan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Les organismes reçoivent des centaines et des centaines d’appels de nouveaux arrivants qui sont inquiets et préoccupés. Plus personne ne comprend le système. C’est la confusion la plus totale.

Stéphan Reichhold, directeur de la TCRI

Des députés à l’unisson contre le ministre Jolin-Barrette

Durant près de deux heures, ces invités ont demandé une réponse rapide du gouvernement, alors que plus de 100 000 postes sont actuellement vacants. « Traitons maintenant les 18 000 dossiers. Le marché a besoin de ces gens-là maintenant », a soutenu l’avocat Guillaume Cliche-Rivard.

Me Cliche-Rivard et Mme MeggsMe Cliche-Rivard a demandé au ministre Jolin-Barrette de traiter rapidement ces 18 000 dossiers pour répondre à la pénurie de main-d'oeuvre. Photo : Radio-Canada

« L’incertitude, ce n’est pas bon pour les gens, pour les entreprises et pour les investissements », a résumé Véronique Proulx, appuyée par les députés de l’opposition.

Tous ont dénoncé la fermeté du gouvernement et du ministre de l’Immigration, accusés par la députée péquiste, Catherine Fournier, d’« enfouir sous le tapis » ces dossiers et de faire preuve « d’improvisation ».

« Il crée la panique, la détresse et la colère chez des dizaines de milliers de personnes », a rétorqué son homologue solidaire, Andrés Fontecilla.

De son côté, l’ex-ministre libérale, Dominique Anglade, a évoqué « l’échec » de Simon Jolin-Barrette. « J’ai rarement vu un projet de loi susciter autant de controverses au bout d’une semaine », a-t-elle avancé.

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