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Le cri du cœur d’un employeur contre la réforme de l’immigration

Amel Naroun donne un cours de français en ligne dans les locaux rimouskois de CLIC réseau linguistique.

Amel Naroun donne un cours de français en ligne dans les locaux rimouskois de CLIC réseau linguistique.

Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Ariane Perron-Langlois

Le président d'une entreprise de services linguistiques critique vivement la décision du gouvernement Legault d'éliminer 18 000 dossiers d'immigration. Il craint de perdre la responsable de son école de Rimouski, une employée difficile à remplacer dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre.

Le président de CLIC réseau linguistique, Joël Gallant, avait cherché la perle rare qui prendrait en charge son école de Rimouski pendant un an avant de réussir à la trouver.

L’entreprise offre des cours de langue ainsi que des services de traduction et d’interprète dans plusieurs villes québécoises.

Amel Naroun était la candidate idéale, puisqu’elle parle cinq langues. En plus de diriger l’école, elle est conseillère pédagogique et enseigne le japonais, le mandarin, l’allemand, l’anglais et le français.

Pour nous, c’était vraiment parfait, presque inespéré […] C'est des compétences qui sont difficiles à trouver, spécialement à Rimouski, raconte M. Gallant.

Le courant passe entre la Française de 27 ans et son employeur. Devant son succès, Amel Naroun prévoyait s'installer pour de bon à Rimouski avec son mari, Édouard Philippe. Ce dernier, lui aussi Français, terminera dans quelques mois son doctorat en océanographie à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER).

On a tout fait pour pouvoir rester après, en se disant qu'après mon doctorat, j'aurais un travail, on va pouvoir s'acheter une maison, rester sur place, fonder une famille.

Édouard Philippe
Édouard Philippe et Amel Naroun souhaitent s'établir pour de bon au Bas-Saint-Laurent.

Édouard Philippe et Amel Naroun souhaitent s'établir pour de bon au Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

« Plus les bienvenus »

Le couple s'inquiète maintenant pour son avenir au Québec, puisque son dossier d'immigration fait partie des 18 000 qui ont été éliminés par le gouvernement Legault.

Je me sens assez trahie. Je travaille, je suis impliquée, je paye mes impôts, je fais tout comme il faut.

Amel Naroun

Je suis professeure. On va dire que je donne un exercice à un élève, je le corrige, je lui rends. Là, c'est comme si j'avais donné un exercice à un élève, il le fait, je le vois, je n'ai pas envie de le corriger, je le mets à la poubelle, illustre Amel Naroun.

C'est surtout aussi le message que le gouvernement nous renvoie. Ça nous fait un peu qu'on n'est plus les bienvenus. Ça fait cinq ans que j'entends qu'on a besoin, surtout en région, de travailleurs qualifiés, ajoute Édouard Philippe.

Incertitude pour l’entreprise

Le président de CLIC réseau linguistique partage l’inquiétude et la frustration du couple. Il qualifie la décision du gouvernement Legault de totalement inacceptable, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

Ce qui me révolte un peu dans la situation, c'est le fait qu'on a des maires de villes et des représentants du gouvernement qui se déplacent en France à qui mieux mieux, qui font des voyages, des missions commerciales, pour aller convaincre nos cousins français que le Québec est une terre d'accueil, souligne M. Gallant.

Si Mme Naroun quitte le Québec, Joël Gallant affirme que ce pourrait être la fin pour l'école de Rimouski. Ça nous mettrait dans une position extrêmement précaire là-bas, affirme-t-il.

Joël Gallant, président de CLIC réseau linguistique

Joël Gallant, président de CLIC réseau linguistique

Photo : Radio-Canada

À la recherche de solutions

Le couple compte poursuivre ses démarches pour tenter de rester au pays, mais envisage maintenant avec tristesse la possibilité de rentrer en Europe.

Le gouvernement avait invité les immigrants déjà au Québec à passer par le Programme de l'expérience québécoise (PEQ). Toutefois, le couple explique qu’il n'y est pas admissible pour l'instant, parce qu'Édouard Philippe n'a pas encore obtenu son diplôme.

D’ailleurs, le PEQ ne permet pas à tous les immigrants de soumettre leur candidature. Par exemple, les travailleurs autonomes et pigistes en sont exclus, note le président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI), Guillaume Cliche-Rivard.

Les gens qui se qualifiaient au PEQ sont directement passés au PEQ. Il n'y a personne qui attend dans la file d'attente du programme régulier s'il peut passer par le programme accéléré du PEQ. Alors de dire "appliquez au PEQ", c'est un peu mal comprendre la réalité de ces personnes-là, explique M. Cliche-Rivard.

Guillaume Cliche-Rivard, président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration

Guillaume Cliche-Rivard, président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration

Photo : Radio-Canada

Le président de l’AQAADI ajoute que les avocats spécialisés en immigration reçoivent de très nombreux appels et messages d’immigrants inquiets.

Il y a beaucoup d’incertitude. Il y a certainement un manque de communication et d’explications, et il y a certainement un manque de mesures à court terme, de mesures transitoires.

Guillaume Cliche-Rivard, président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration

Le député fédéral de Rimouski–Neigette–Témiscouata–Les Basques, Guy Caron, note lui aussi que plusieurs personnes inquiètes de leur statut d’immigration se sont présentées à son bureau depuis la réforme annoncée par le ministre provincial Simon Jolin-Barrette.

Sans vouloir commenter directement les politiques du gouvernement québécois, il s’inquiète des possibles effets pervers dans la région.

Quand on a des gens qui demeurent dans une communauté pendant trois, quatre, ou cinq ans, qui désirent y rester, qui s'y sentent bien, veulent contribuer, et sont maintenant en danger de ne plus pouvoir le faire, je trouve ça inquiétant, affirme M. Caron.

Selon le ministre de l’Immigration, jusqu'à 3700 des 18 000 dossiers annulés concernent des candidats qui se trouvent déjà au Québec.

Bas-Saint-Laurent

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