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Chocs acoustiques : les interprètes ne sont pas les seules victimes

Le quart des interprètes permanents du Bureau de la traduction ont souffert de chocs acoustiques et d’acouphènes dans les trois dernières années, mais les données ne comprennent pas les quelque 200 interprètes pigistes du Bureau.

Photo : getty images/istockphoto / (Montage photo : Simon Blais / Radio-Canada)

Estelle Côté-Sroka

Le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral est loin d'être le seul endroit où des gens subissent des chocs acoustiques. Les accidents de travail et les problèmes d'audition liés au port d'écouteurs toucheraient également beaucoup de grandes organisations dans le monde, comme l'Union européenne et les Nations unies, mais aussi le public en général.

Le quart des interprètes permanents du Bureau de la traduction ont souffert de chocs acoustiques et d’acouphènes dans les trois dernières années.

Cela ne représenterait que la pointe de l’iceberg, puisque ces données ne tiennent pas compte des incidents qui touchent les quelque 200 interprètes pigistes accrédités qui travaillent aussi pour le Bureau et qui ne sont pas syndiqués.

Les employés qui n’ont pas de sécurité d’emploi ont tendance à ne pas signaler les chocs acoustiques dont ils sont victimes, et les employés permanents hésiteraient également à faire part des blessures subies au travail, précise Linda Ballantyne, présidente locale du Canada pour l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC). On n’a pas éduqué les interprètes quant à l’importance de signaler ces accidents et blessures, on a beaucoup de travail à faire de ce côté-là.

Ils ne sont pas sensibilisés, ils signalent rarement les problèmes d’incidents acoustiques au travail.

Linda Ballantyne, présidente locale du Canada pour l'AIIC

Un problème à grande échelle

La section canadienne de l’AIIC compte faire de la sensibilisation des employés un dossier prioritaire en 2019. Mme Ballantyne estime que les interprètes ont aussi leur rôle à jouer pour assurer leur santé et sécurité au travail.

Une femme en entrevue à la caméra devant des bibliothèques remplies de livres.

Linda Ballantyne est présidente locale du Canada pour l'Association internationale des interprètes de conférence.

Photo : Radio-Canada

C’est une grande faiblesse [dans] notre profession, il y a un manque de conscientisation, un manque de discipline, un manque d’organisation dans la profession, peu importe l’employeur, ajoute-t-elle.

Elle mentionne que les chocs acoustiques et les acouphènes signalés par les interprètes du Bureau de la traduction sont communs dans toutes les institutions qui ont recours à de tels services, comme l’Union européenne, les Nations unies, l’Agence spatiale européenne et des tribunaux.

Le secrétaire général désigné de l'ONU, Antonio Guterres, du Portugal, descend le centre de l'allée au siège de l'ONU à New York.

Une séance de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Bon nombre de ces organisations ont entamé des discussions pour coordonner leurs efforts et leurs recherches afin de trouver les meilleures solutions pour mieux protéger les interprètes.

Ainsi, l’année 2019 sera charnière dans la recherche de solutions, croit Linda Ballantyne.

Le gouvernement a fait preuve d’« insouciance »

Bien que le gouvernement fédéral ait décidé de trouver des solutions techniques pour mieux protéger les interprètes du Bureau de la traduction, l’AIIC évalue qu’il a tardé à agir.

Linda Ballantyne, qui est interprète depuis 30 ans, juge que le Bureau de la traduction a fait preuve d’insouciance et n’a vraiment pas pris au sérieux ces problèmes, qui pourtant sont connus depuis longtemps.

Mme Ballantyne se souvient de collègues qui, il y a 20 ou 30 ans, ont dû mettre fin à leur carrière en raison des problèmes auditifs dont ils ont souffert après avoir subi de graves blessures en travaillant avec de l’équipement inadéquat.

Ça a pris bien trop de temps avant de prendre ce genre de mesures.

Linda Ballantyne, présidente locale du Canada pour l'AIIC

Mme Ballantyne fonde quant à elle beaucoup d’espoirs sur la volonté de changer les choses de la nouvelle direction du Bureau de la traduction.

Or, elle souligne que le plan d’action qui est proposé par la direction du Bureau de la traduction va dépendre d’investissements, de l’implication et de la collaboration de différents intervenants et ministères.

L’AIIC compte effectuer un suivi pour s’assurer que les délais prévus seront respectés.

Le rôle des politiciens

Les politiciens et ministres fédéraux ont aussi une responsabilité dans ce dossier, croit la présidente locale du Canada de l’AIIC. Linda Ballantyne explique que le Bureau de la traduction joue un rôle très important quant à la Loi sur les langues officielles; les interprètes vont au travail à tous les jours pour permettre aux Canadiens d’avoir accès aux débats publics.

Un député debout en chambre avec en arrière-plan une personne dans une pièce vitrée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des interprètes, comme la personne en arrière plan derrière une baie vitrée dans cette image, assurent la traduction des débats en chambre.

Photo : Radio-Canada

Quelle responsabilité pour le secteur privé?

La véritable responsabilité des chocs acoustiques est difficile à attribuer, étant donné la multitude d’acteurs impliqués lors de l’interprétation de conférences ou de débats parlementaires.

L’AIIC estime que dans certains cas, le Bureau de la traduction a peu d’autorité sur les entreprises de services audiovisuels qui louent leur équipement.

L’interprète pigiste Craig Pollock croit qu'il faut exiger que les compagnies audiovisuelles aient l’équipement nécessaire, mais aussi une bonne formation pour utiliser cet équipement.

Un homme assis à une table répond aux questions d'une journaliste.

L'interprète Craig Pollock est d'avis qu'il faut de nouvelles exigences pour les compagnies qui fabriquent les appareils audiovisuels.

Photo : Radio-Canada

Ce sont les exigences vraiment qui vont faire une différence, il faut que ce soit clair, clairement établi au début de chaque séance et même un rappel entre-temps, parce que les gens ont tendance à ne pas respecter les règles et ne pas les prendre au sérieux, ajoute Craig Pollock.

Le grand public est aussi à risque

Tout comme les interprètes et téléphonistes, n’importe qui peut avoir déjà été victime d’un choc acoustique, un phénomène généralement lié au port d’écouteurs, croit la professeure titulaire Chantal Laroche, du programme d’audiologie et d’orthophonie de l’Université d’Ottawa.

Ça peut arriver dans notre vie d’avoir été exposé à un signal sonore assez fort, par exemple dans un cocktail, une salle de spectacle [où il y a] un signal assez dérangeant qui, à la limite, pourrait être un choc acoustique.

Chantal Laroche, professeure titulaire à l’Université d’Ottawa au programme d’audiologie et d’orthophonie

Qu'est-ce qu'un choc acoustique? Les explications de l'audiologiste Chantal Laroche

Qu'est-ce qu'un choc acoustique? Les explications de l'audiologiste Chantal Laroche

Mme Laroche précise qu’on a peut- être tous été exposés à un moment de notre vie à des événements sonores assez intenses avec certaines particularités, mais on ne consultera pas nécessairement, surtout si on n’a pas de symptômes qui persistent.

Une exposition répétée à des sons soudainement très élevés peut néanmoins entraîner des conséquences à long terme, prévient l’audiologiste Nancy Lévesque.

Si le son est trop fort, puis atteint des niveaux trop élevés, [...] à la longue, ça peut créer une perte d’audition. La meilleure manière d’éviter de telles conséquences, selon elle, c’est simplement en réduisant le volume de l’écouteur.

Des écouteurs Apple sur une table.

L'écoute prolongée à fort volume avec des écouteurs chez les 12-35 ans augmente le risque de développement de déficiences auditives chez cette tranche de la population.

Photo : Radio-Canada

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire également la sonnette d’alarme. Elle estime que les personnes âgées de 12 à 35 ans sont à risque de souffrir d’une déficience auditive liée à une exposition prolongée et excessive à des sons trop forts par le moyen d’écouteurs.

La moitié de cette tranche de la population serait particulièrement vulnérable, soit 1,1 milliard d’adolescents et de jeunes adultes dans le monde.

L’Union internationale des télécommunications et l’OMS ont ainsi établi une nouvelle norme pour encadrer la fabrication et l’utilisation des lecteurs de musique et des téléphones intelligents.

Les appareils audio personnels devraient dorénavant comprendre des outils supplémentaires pour mieux protéger leurs utilisateurs, tels qu’un profil d’écoute personnalisé et des options pour limiter le volume.



Ottawa-Gatineau

Santé