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Athlète de jeux vidéo professionnel, une carrière derrière le clavier

Un montage de trois photos montrant chacune un joueur de jeux vidéo professionnel.
De plus en plus de joueurs accèdent aux rangs professionnels et font carrière dans le milieu des sports électroniques. Photo: Radio-Canada / Karl-Philip Vallée
Karl-Philip Vallée

Des amateurs et des joueurs professionnels de partout sur la planète sont réunis à Laval pour le Six Invitational, le Championnat du monde de Rainbow Six Siege, un jeu vidéo créé par Ubisoft Montréal. Nous avons réussi à attraper trois professionnels entre deux matchs pour mieux comprendre leur parcours.

Niklas Mouritzen, alias Pengu

Avec ses 420 000 abonnés sur sa chaîne Twitch, Niklas Mouritzen est l’un des joueurs les plus populaires du tournoi. Le Danois de 21 ans évolue au sein de G2, l’équipe que la plupart des observateurs s’attendent à voir remporter le championnat.

Une photo de Pengu, un jeune homme aux cheveux roux courts. Il porte un t-shirt noir et blanc sur lequel le logo de son équipe et ceux de ses commanditaires sont imprimés.Niklas Mouritzen, alias Pengu, joue pour l'équipe G2, les favoris du tournoi. Photo : Radio-Canada / Karl-Philip Vallée

Question : Comment vous assurez-vous d’être dans le bon état d’esprit avant un match?
Réponse : Dans le cas d’un événement comme celui-ci, la préparation commence environ deux semaines avant. On pratique énormément et on bloque le plus de distractions possible : les amis, les copines, le travail, l’école, etc.

En arrivant à l’événement, on se concentre sur les choses simples : quelle est la prochaine équipe qu'on va affronter? On doit les connaître par cœur : quelles sont leurs habitudes, quel est leur style de jeu, quelle est leur philosophie?

C’est exactement comme dans les sports traditionnels. Par exemple, un boxeur va toujours vouloir savoir si son adversaire préfère frapper de la droite ou de la gauche. Dans les sports électroniques, c’est un peu la même chose. Les équipes ont tendance à répéter les mêmes stratégies. Les bons joueurs et les bonnes équipes sont capables d’analyser et d’apprendre les stratégies de leurs adversaires.

Q : Avez-vous une superstition avant un match important?
R : Pas moi, mais mon coéquipier Fabian [Hällsten] en a une. Il doit toujours mettre un soulier avant l’autre. Il a pratiqué beaucoup de sports traditionnels auparavant, alors ça lui vient peut-être de là. Mais pour moi, j’essaie juste de placer mon clavier et ma souris à des angles qui me sont familiers. J’ajuste aussi ma chaise et ma posture pour qu'elles soient confortables, ça m’aide à me concentrer.

Q : Rêviez-vous de gagner votre vie en jouant aux jeux vidéo en grandissant?
R : J’avais 4 ans quand j’ai dit à mes parents que je voulais devenir un joueur de jeux vidéo professionnel. Ma mère m’a dit que ça n’existait pas. En 1997, ce n’était pas vraiment quelque chose de commun.

Q : À quel moment avez-vous senti que les sports électroniques pouvaient devenir une carrière?
R : Quand j’avais 16 ans, je jouais à League of Legends de façon compétitive. Je n’étais pas un professionnel, mais je faisais de mon mieux. Dans la plupart des jeux, il faut avoir 18 ans pour pouvoir évoluer dans une ligue professionnelle. Dès que j'ai atteint cet âge, j’ai compris que je pouvais tenter ma chance.

Je m’entraînais déjà beaucoup à Rainbow Six Siege. Deux mois après avoir eu 18 ans, j’ai écrit sur un forum en ligne que je désirais devenir un professionnel, et moins d’un mois plus tard, une équipe m’a recruté.

Q : D’où vous vient votre côté compétitif?
R : Je n’ai jamais vraiment pratiqué de sport traditionnel de façon compétitive en grandissant. Comme vous pouvez le voir en me regardant, je n’ai pas la corpulence pour pratiquer des sports de contact! Mais mon père était très compétitif. Il me disait : « Finir deuxième, c’est être le meilleur perdant. » Je pense que cette mentalité s’est implantée en moi très jeune, mais c’est en jouant aux jeux vidéo que je m’en suis vraiment rendu compte.

Q : Que pense votre famille de votre carrière d’athlète électronique?
R : Ma famille me soutient entièrement. Au début, je m’entraînais 12 heures par jour pour participer à des tournois et je faisais environ 100 euros par semaine. C’est fou non?

Un matin, le lendemain d’un tournoi, j’ai dit à ma mère que je n’avais pas envie d’aller à l’école. Pour elle, ce n’était rien de nouveau (rires). Je lui ai fait comprendre que je ne voulais plus aller à l’école du tout et que je voulais gagner ma vie en jouant à des jeux vidéo. J’avais un appartement et j’avais économisé assez d’argent pour payer mon loyer pendant cinq mois. Elle m’a dit que tant que je pouvais payer mon loyer, elle était d’accord. Elle m’a aussi donné une condition. Le prochain semestre d’école débutait dans six mois. Si j’arrivais à dégager un profit avant le début du semestre, je pourrais continuer à jouer, sinon il faudrait que je retourne à l’école. Mon équipe et moi avons gagné notre premier tournoi, avec 25 000 $ à la clé, et c’est comme ça que tout a commencé!

Q : À quoi ressemble une journée d’entraînement typique?
R : Je me réveille vers 22 ou 23 h et je joue en ligne pendant 6 ou 7 heures. Je diffuse ces parties sur ma chaîne Twitch. Ensuite, je passe une heure à enregistrer des vidéos, à donner des entrevues ou à remplir mes obligations auprès de mes commanditaires. Après, je m’entraîne de cinq à six heures avec mon équipe. Une journée de travail de 12 heures est la norme pour moi. Je travaillerais huit jours par semaine si c’était possible!

Lorsqu’on devient professionnel, ce n’est pas rare d’abandonner tout le reste : les copines, le cercle social, le travail, l’école. C’est possible de trouver un équilibre, mais je ne pense pas qu’on peut exceller si on ne se concentre pas sur le jeu à 100 %.

Q : Auriez-vous des conseils pour des jeunes qui aspirent à devenir des professionnels?
R : Je pense que le talent découle du rêve, mais qu’il faut aussi arriver à être réaliste. Je ne pense pas que d’abandonner ses amis, sa relation amoureuse, son travail et ses études soit une bonne idée quand on commence, parce que si l'on échoue, on n’a plus rien. Je leur conseillerais d’abord de jouer le plus possible dans leurs temps libres. S’ils sont vraiment doués et qu’ils s’entraînent beaucoup, ils vont finir par y arriver. Et une fois qu’ils y seront arrivés, ils pourront commencer à donner la priorité au jeu. Je dirais aussi que le meilleur moment pour s’entraîner, c’est entre 14 et 18 ans. À la majorité, c’est le moment d’y aller à fond.

Troy Jaroslawski, alias Canadian

Troy Jaroslawski, 22 ans, est le capitaine de l’équipe Evil Geniuses et, comme son surnom l’indique, il est l’un des deux seuls Canadiens des phases finales du tournoi. Il a quitté son Oakville natale, en banlieue de Toronto, pour parcourir le monde avec ses coéquipiers. Son équipe est parmi les favorites de l’événement.

Un jeune homme aux cheveux bleus courts. Il porte une veste bleu marine sur laquelle le nom et le logo de son équipe sont imprimés, ainsi que de nombreux logos de commanditaires.Troy Jaroslawski, alias Canadian, est l'un des deux seuls Canadiens à participer aux phases finales du Six Invitational. Photo : Radio-Canada / Karl-Philip Vallée

Question : Comment vous assurez-vous d’être dans le bon état d’esprit avant un match?
Réponse : Je suis un joueur assez concentré, alors je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit de spécial. Normalement, je me réchauffe en jouant un peu et je discute avec mon équipe.

Q : Avez-vous une superstition avant un match important?
R : Je ne suis pas très superstitieux, alors non.

Q : Rêviez-vous de gagner votre vie en jouant aux jeux vidéo en grandissant?
R : Ça n’a jamais vraiment été un rêve pour moi en grandissant. Je jouais beaucoup au hockey, j’ai joué à un niveau assez élevé, mais j’ai finalement dû arrêter. C’est à ce moment que j’ai commencé à jouer à des jeux vidéo plus sérieusement.

Q : À quel moment avez-vous senti que les sports électroniques pouvaient devenir une carrière?
R : Quand Rainbow Six Siege est sorti. J’ai commencé à prendre ça un peu plus au sérieux et je suis devenu meilleur. J’ai quitté l’école pour essayer de devenir un professionnel.

Q : Que pense votre famille de votre carrière d’athlète électronique?
R : Ma famille m’a toujours soutenu, en particulier ma mère. Elle m’a dit que tant que j’arrivais à payer mes factures, elle n’avait pas de problème avec ça. Au début, je ne gagnais pas beaucoup d’argent, évidemment, mais peu à peu ça s’est amélioré. Ma mère a vu que j’avais du potentiel. Et maintenant, je n’ai pas de problème à payer mes factures (rires)!

Q : À quoi ressemble une journée d’entraînement typique?
R : Je me réveille, je fais un peu d’exercice physique, puis je prends une douche et je déjeune. Ensuite, mes coéquipiers, notre entraîneur et moi discutons des stratégies que nous voulons pratiquer avant de jouer des parties en ligne. Un peu plus tard, nous visionnons les enregistrements des parties du jour pour cibler nos erreurs, puis nous avons du temps libre, pendant lequel j’ai l’habitude de jouer d’autres parties. Je dirais que je joue de six à huit heures par jour.

Q : Auriez-vous des conseils pour des jeunes qui aspirent à devenir des professionnels?
R : Je ne crois pas qu’il existe de secret pour devenir un professionnel. Il faut juste choisir un jeu qu’on aime vraiment. Personnellement, j’ai toujours été compétitif. Mais évidemment, comme pour n’importe quoi d’autre, il faut investir énormément de temps dans un jeu avant de devenir vraiment bon. C’est pour ça que c’est important de choisir un jeu qu’on aime. Rainbow Six Siege n’a jamais ressemblé à du travail pour moi.

Matthew McHenry, alias Acez

Matthew McHenry a fait le voyage de l’autre bout du monde pour venir compétitionner à Laval… littéralement! Le joueur originaire de l’Australie a tout donné avec son équipe Fnatic en phases préliminaires, ressortant avec une fiche parfaite. Ils se sont toutefois inclinés dans le premier match des quarts de finale face aux Japonais de PET Nora-Rengo.

Une photo de Matthew McHenry, un jeune homme avec des lunettes, les cheveux noirs peignés vers l'arrière et une barbe noire fournie. Il porte un chandail à capuchon noir et gris sur lequel le logo de son équipe et ceux de ses commanditaires sont visibles. Il tient une peluche de kangourou dans sa main droite.Matthew McHenry, alias Acez, est venu tout droit d'Australie avec ses coéquipiers pour se frotter aux meilleures équipes de la planète. Photo : Radio-Canada / Karl-Philip Vallée

Question : Comment vous assurez-vous d’être dans le bon état d’esprit avant un match?
Réponse : Ça prend beaucoup d’entraînement. Mon équipe et moi avons passé deux semaines à Londres à nous entraîner avant l’événement, parce que le niveau des équipes européennes est plus élevé que celui des équipes australiennes.

Q : Avez-vous une superstition avant un match important?
R : J’essaie de toujours porter le même chandail. J’ai aussi une routine les jours de match. Je fais les mêmes choses, je mange les mêmes choses. Ça m’aide à me concentrer.

Q : Rêviez-vous de gagner votre vie en jouant aux jeux vidéo en grandissant?
R : Pour mon équipe et moi, c’est arrivé un peu par surprise. Nous avons participé à un événement de qualification sans avoir d’attentes particulières et nous nous sommes qualifiés. Nous étions au bon endroit au bon moment.

Je pratiquais pas mal de sports d’équipe en grandissant, comme le rugby et le cricket, mais je me suis blessé à plusieurs reprises et j’ai dû arrêter. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à jouer un peu plus aux jeux vidéo. Et soudainement, je me suis retrouvé dans une ligne mondiale.

Q : À quel moment avez-vous senti que les sports électroniques pouvaient devenir une carrière?
R : Ce n’est pas vraiment devenu une carrière pour moi avant que Fnatic nous approche pour nous recruter, en avril 2018. Jusque-là, nous avions participé à quelques tournois et nous avions eu un peu de succès, mais je n’avais pas l’impression que c’était mon métier. Fnatic nous a offert des salaires, un système d’entraînement et de l’encadrement.

Q : Que pense votre famille de votre carrière d’athlète électronique?
R : Ma famille me soutient entièrement. Elle regarde probablement le tournoi à la maison [en Australie], en ce moment. Il doit être 3 ou 4 h, là-bas.

Q : À quoi ressemble une journée d’entraînement typique?
R : On se réveille vers 8 h, on déjeune, puis on commence à jouer des parties en ligne pendant environ trois heures. On prend une pause pour dîner avant de jouer un autre bloc de trois heures. Après, on peut continuer à jouer, mais on n’est pas obligés. Pendant la journée, notre entraîneur est toujours en train d’analyser nos parties pour nous aider à améliorer de petits détails. Notre journée commence à 8 h, mais ce n’est pas si rare qu’elle se termine vers 2 h le lendemain matin.

Q : Auriez-vous des conseils pour des jeunes qui aspirent à devenir des professionnels?
R : Le plus important, c’est de trouver des coéquipiers qui sont aussi motivés que vous. Une fois que vous en avez trouvé, vous pouvez travailler ensemble pour faire de votre rêve une réalité.

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