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Enquête sur la police : des forces municipales font mauvaise figure

La police de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, enquête sur un corps retrouvé dans la section nord de la ville.

Photo : Radio-Canada / CBC/Brian Chisholm

Anaïs Brasier

Enquête bâclée autour du meurtre de Richard Oland, affaire Vienneau à Bathurst, de la drogue qui disparaît à Halifax, histoires de profilage racial : les corps policiers municipaux dans les Maritimes semblent faire mauvaise figure dans les dernières années.

Le service policier municipal de Saint-Jean est sur la sellette depuis le 21 novembre dernier. Pour cause, le troisième procès de Dennis Oland pour le meurtre de son père, le multimillionnaire Richard Oland, propriétaire de la brasserie Moosehead.

Alors qu’il est le principal suspect dans cette affaire, il semble que le procès de Dennis Oland se soit transformé, du moins pendant quelques semaines, et soit devenu le procès des enquêteurs sur la scène du crime.

Dennis Oland devant le palais de justice de Saint-Jean, le 8 janvier 2019.

Dennis Oland devant le palais de justice de Saint-Jean, où se déroule son deuxième procès pour le meurtre non prémédité de son père, Richard Oland.

Photo : Radio-Canada

La défense fonde même une grande partie de son argumentaire sur plusieurs manquements de la police de Saint-Jean. Son objectif : démontrer que les policiers ont omis des pistes importantes et, surtout, que les éléments de preuves sur lesquels la Couronne se basent sont compromis par leur travail.

Les erreurs de la police de Saint-Jean soulevées par les avocats de Dennis Oland :

Quand on commence à avoir des enquêtes avec autant de problèmes et autant de manquements, on ouvre la porte à des procès qui risquent d’avorter.

Jean Sauvageau, professeur de criminologie de l’Université St. Thomas
Le veston brun de Dennis Oland.

Il y avait quatre taches de sang sur le veston que portait Dennis Oland lorsqu'il a visité son père, peu avant le meurtre.

Photo : Photo présentée en preuve au procès de Dennis Oland

Affaire Vienneau, disparition de drogue, profilage raciale : une série de d’interventions controversées dans les Maritimes

Saint-Jean n’est pas la seule ville dans les Maritimes dont le corps policier s'est retrouvé dans l’embarras au cours des dernières années.

Par exemple, en janvier 2015, deux agents de la police municipale de Bathurst, dans le nord du Nouveau-Brunswick, ont abattu l'homme d’affaires Michel Vienneau après avoir soupçonné, à tort, qu’il avait en sa possession une importante quantité de drogue.

Photo de famille d'Annick Basque et de Michel Vienneau

Annick Basque et Michel Vienneau

Photo : Contribution : Facebook

Autre exemple, on apprend en juin 2016 que la disparition de preuves, dont de la drogue et de l’argent saisis lors d’enquêtes, au quartier général de la police municipale d’Halifax pourrait compromettre des causes.

Encore une fois à Halifax, la police municipale a fait face à des allégations de profilage racial dans les dernières années. En janvier 2017, une enquête de CBC en Nouvelle-Écosse avait révélé qu'à Halifax, une personne noire sur trois avait été contrôlée par la police dans les 11 dernières années.

Enfin, la police de Fredericton s’est retrouvée sous la loupe à plusieurs reprises pour des inconduites de certains de ses agents. En 2016, des documents obtenus par CBC révélaient que le service policier de Fredericton, durant les 10 années précédentes, a dépensé plus de 1,35 million de dollars en mesures disciplinaires, y compris les salaires d'agents suspendus et des frais juridiques.

L'entrée de la station de police de Fredericton, au Nouveau-Brunswick.

En 2015, la police de Fredericton s’est retrouvée sous la loupe à plusieurs reprises pour des inconduites de certains de ses agents.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Des incidents de parcours regrettables

Il y a des incidents qui sont survenus depuis disons quatre ans, estime Jean Sauvageau. Si je recule en arrière en 2014, avec les événements de Moncton où trois policiers ont été tués, les événements de Michel Vienneau qui a été tué à Bathurst, les événements de Fredericton où les deux policiers ont été tués, et les deux civils, et le procès Oland à Saint-Jean aussi, les congédiements de policiers de Fredericton… Donc si on met tout ça ensemble, ça fait un panier qui fait en sorte qu'on se pose des questions.

Mais le métier est exigeant, rappellent des policiers. Dans l’opinion publique, un policier n’a pas de marge d’erreur, souligne le chef de police d’Edmundston, Alain Lang. Quand il arrive un accident impliquant un policier, tout de suite les gens veulent des réponses.

Le chef de la force policière d'Edmundston, Alain Lang. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« C'est demandant, mais c'est un très beau métier », assure Alain Lang, chef de la police d'Edmundston.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

Un ancien enquêteur qui a notamment travaillé pendant 20 ans au sein de la Force policière de Bathurst, Jocelyn Ouellette, reconnaît quant à lui que les policiers peuvent commettre des erreurs.

Les policiers sont des êtres humains. On en fait tous des erreurs.

Jocelyn Ouellette, ancien enquêteur de la Force policière de Bathurst

Il refuse toutefois de croire que c’est pire dans les Maritimes qu’ailleurs au Canada. Il y a des erreurs qui sont faite pas juste à Saint-Jean. On en fait à Toronto, on en fait à Montréal, on en fait partout des erreurs.

Selon Jean Sauvageau, la situation est malgré tout assez grave depuis quelques années pour que l’on se pose des questions. Dans quelle mesure les policiers aujourd’hui sont bien formés à leur travail? C’est une question valide, et il y a des raisons de se poser la question.

Nouveau-Brunswick

Prévention et sécurité