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  • Archives
  • Paul Fehmiu-Brown, mémorialiste d’un pan oublié de l’histoire du Québec et du Canada

    Paul Fehmiu Brown participe à un reportage de l'émission 5 sur 5 en 2004.
    L'historien Paul Fehmiu Brown est décédé le 11 février 2019. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 11 février 2019 est décédé l'historien Paul Fehmiu-Brown. Il a disparu durant le mois qui est consacré au sujet qu'il s'est efforcé de faire mieux connaître : le passé trop souvent oublié, voire occulté, des afrodescendants au Québec et au Canada. Laissons Paul Fehmiu-Brown nous en révéler quelques éléments grâce à nos archives.

    Lorsqu’à un moment donné on fêtera tout le mois de février, évidemment, on vient de s’enrichir d’une histoire qui est d’une richesse collective.

    Paul Fehmiu Brown

    Un Canadien de neuvième génération

    C’est un fait qui va en surprendre plus d’un, encore de nos jours. L’historien Paul Fehmiu-Brown était un Canadien de neuvième génération.

    Si ses ancêtres venaient du Bénin, il est cependant né en Nouvelle-Écosse en 1940. Il s’est ensuite établi au Québec, où il a laissé pousser de nouvelles racines.

    Aujourd'hui dimanche, 17 février 1991

    Le 17 février 1991, le journaliste Gilles Paquet reçoit Paul Fehmiu-Brown à l’émission Aujourd’hui dimanche. L’historien raconte dans un premier temps les raisons qui ont fait qu’on célèbre l’histoire des Noirs au Canada en février.

    Mais l’essentiel de l’entrevue se concentre sur certains faits de l’histoire des citoyens québécois et canadiens de descendance africaine.

    Paul Fehmiu-Brown confirme que des Noirs, il y en a eu sur le territoire de la Nouvelle-France dès 1606.

    Le tout premier esclave d’origine africaine est arrivé, lui, en 1628. Dans les décennies qui ont suivi, des centaines de bateaux qui participaient à la traite négrière ont amené des Africaines et des Africains sur les rives de la Nouvelle-France.

    Si c’est comme ça, comment se fait-il qu'on ignore ce pan de notre histoire?

    Paul Fehmiu-Brown émet une hypothèse. Les autorités au Québec l'ont volontairement caché. La honte liée à l’existence de l’esclavage en sol québécois pourrait expliquer cette oblitération.

    Quoi qu’il en soit, la trajectoire des Canadiens de descendance africaine est beaucoup moins connue au Québec qu’en Ontario ou en Nouvelle-Écosse, affirme l'universitaire.

    Une découverte sur le terrain

    Dans vos livres d’histoire du Canada ou du Québec, vous souvenez-vous d’avoir déjà lu un mot sur l’apport de ces communautés : les Italiens, les Grecs? Les Noirs? Eh bien là encore moins!

    Bernard Derome

    En 2004, Théodomir Muligo, un Rwandais installé au Québec depuis 10 ans, pose cette question à l’équipe de l’émission 5 sur 5 :

    Comment se fait-il qu’on ne parle pas de l’histoire des Noirs au Canada? Tait-on volontairement ce passé?

    C’est le journaliste Jean-Hugues Roy qui est chargé de répondre à la question. Accompagné de Théodomir Muligo, il se rend au Musée de la Pointe-à-Callière, situé à Montréal, rencontrer l’historien Paul Fehmiu-Brown.

    5 sur 5, 22 février 2004

    Le reportage sur cette réunion est présenté le 22 février 2004 à 5 sur 5, qu'anime Bernard Derome.

    Paul Fehmiu-Brown répète alors plusieurs faits notoires à ses deux interlocuteurs.

    Il précise par exemple la chronologie de l’établissement de la traite négrière et de l’esclavage en Nouvelle-France.

    Le tout premier esclave noir à arriver dans la colonie, c’est un petit garçon qui a été vendu à un jésuite en 1628. Ce prêtre le baptisera de son propre nom : Olivier Le Jeune.

    Mais à cette époque, l’esclavage n’était pas autorisé en Nouvelle-France.

    Les habitants de la colonie défendirent l'affranchissement du jeune garçon. Ils invoquèrent le statut non autorisé de son asservissement sur les terres de la Nouvelle-France.

    Les deux négriers qui avaient vendu l'enfant contournèrent la difficulté en prétextant que la transaction avait été faite en mer!

    L’illégalité de l’esclavage en Nouvelle-France ne durera pas. En 1680, commence son apogée au Canada.

    Paul Fehmiu-Brown nous présente également d’autres oubliés de race noire.

    Connaissez-vous Mathieu da Costa, l'interprète en langues amérindiennes de Samuel de Champlain?

    Pourquoi cet Africain, arrivé à Québec en 1606, connaissait-il les langues des premiers habitants du Canada? Un mystère qu'élucide l'historien.

    Paul Fehmiu-Brown ressuscite du même souffle Marie-Josèphe Angélique, une esclave accusée injustement d’avoir provoqué un grave incendie à Montréal en 1734.

    Il nous raconte son histoire sur les lieux mêmes de son exécution : la rivière qui coule sous le Musée de la Pointe-à-Callière.

    Durant sa carrière d’historien, Paul Fehmiu-Brown a sorti de l’ombre Mathieu da Costa, Olivier Le Jeune et Marie-Josèphe Angélique.

    Il a aussi ramené à nos mémoires Richard Pierpoint qui, en 1812, a chassé près des chutes du Niagara, avec ses 5000 recrues noires, les soldats américains qui voulaient envahir le Canada.

    Voici une galerie de personnages de notre histoire redécouverte grâce à la persévérance et au travail de Paul Fehmiu-Brown.

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