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Huawei survivrait-elle à des sanctions américaines?

Gros plan sur le logo de Huawei sur la façade d'un gratte-ciel vitré.

Les bureaux de Huawei à Dongguan dans le sud de la Chine

Photo : Getty Images / Nicolas Asfouri

Jean-Philippe Guilbault

Les accusations américaines déposées le 28 janvier dernier pourraient mener à de lourdes sanctions économiques contre le géant des télécommunications chinois Huawei, qui aurait toutefois les coudées assez franches pour accuser le coup.

Soupçonnée notamment d’espionnage industriel et de fraude bancaire, la firme chinoise serait assez puissante pour encaisser les millions de dollars américains d’amendes que pourrait lui imposer le département américain de la Justice.

« C'est une très grande compagnie si l'on regarde son chiffre d'affaires. Elle offre également un bon rapport qualité-prix », estime Zhan Su, professeur au Département de management à l’Université Laval et titulaire de la chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales.

Huawei est, depuis l’été 2017, le deuxième producteur de téléphones intelligents en importance dans le monde, derrière le coréen Samsung et devant l’américain Apple.

L’entreprise chinoise est également en tête pour ce qui est des équipements de réseaux de télécommunication (tours cellulaires, modems, etc.) devant Nokia et Ericsson.

Un panneau publicitaire de Huawei est visible devant un magasin Apple dans une rue de Shanghai.

Huawei est l'un des trois principaux fournisseurs de téléphones intelligents au monde, devant Apple.

Photo : Getty Images / STR

Ce qui pourrait faire mal à Huawei, ce sont de potentielles sanctions contre les banques américaines qui font affaire avec l’entreprise, un scénario que M. Su juge peu probable.

« Les Américains contrôlent le système financier global. Si les Américains imposent une sorte de sanction contre toutes les banques qui font affaire avec Huawei, ça pourrait être très très dur. Fatal? Je ne crois pas. »

Le cas de ZTE

La situation entre Huawei et les États-Unis n’est pas sans rappeler une crise similaire qui avait opposé le gouvernement américain à une autre firme chinoise en mars 2017.

À l’époque, l’entreprise ZTE avait plaidé coupable à des accusations de non-respect des sanctions économiques américaines contre l’Iran. La firme s’était engagée à payer une somme de plus d’un milliard de dollars américains.

Or, ZTE n’a pas respecté son engagement et le gouvernement Trump avait empêché certaines entreprises américaines de fournir du matériel à ZTE, ce qui l'a poussée vers la faillite.

Un homme passe devant un écran présentant la valeur de différentes actions boursières, dont celle de ZTE.

La valeur des actions de ZTE avait chuté de 39% en juin 2018 après une entente entre la compagnie chinoise et le gouvernement américain.

Photo : Getty Images / Philip Fong

Cette interdiction a depuis été levée par les États-Unis, mais l’histoire ressemble beaucoup à celle de Huawei, selon M. Su. Il rappelle que les deux entreprises sont perçues comme des menaces par les Américains; elles évoluent dans le domaine de la télécommunication et auraient outrepassé les sanctions contre l’Iran.

« Huawei est beaucoup moins dépendante [que ZTE] des pièces fournies par des compagnies américaines, explique le professeur. Elle importe beaucoup, mais elle détient beaucoup de monnaies d'échange. »

Dépendance asymétrique

M. Su précise que Huawei détient près de 46 % des brevets en lien avec la technologie 5G, la prochaine révolution technologique dans le domaine des télécommunications.

Le professeur poursuit en précisant que Huawei a « peu besoin » du marché américain pour se développer.

Ce sont plutôt les pays occidentaux qui se retrouveront avec un casse-tête s’ils prennent la décision, à l’instar des Américains, d’empêcher la firme chinoise de faire des affaires sur leur territoire.

« La technologie de 5G fournie par Huawei est beaucoup plus intéressante que les autres compagnies et c’est peut-être la seule grande entreprise qui peut la commercialiser maintenant », estime M. Su, qui ajoute que les pays refusant de faire affaire avec la compagnie chinoise pourraient accuser d’importants retards dans la mise en place de cette nouvelle technologie.

Un homme tend la main vers une présentation vidéo d'une tour de télécommunication devant plusieurs journalistes.

Huawei a présenté en janvier 2019 ses équipements pour le réseau 5G à Pékin en Chine.

Photo : Getty Images / Fred Dufour

Au Canada, les entreprises Bell et Telus ont émis des réserves quant à une interdiction pour Huawei de s’implanter au pays.

« Les équipements Huawei sont déjà bien présents dans les réseaux de télécommunications actuels au Canada [le 3G et le 4G]. De passer au 5G, ce n'est pas d'éliminer toutes les anciennes infrastructures, c'est plutôt d'utiliser ce qui existe déjà », explique M. Su.

C’est sans compter que l’entreprise peut toujours se tourner vers les marchés asiatiques, africains et sud-américains où elle est déjà bien implantée.

En 2017, 15 % des ventes d’appareils mobiles de Huawei avaient été réalisées en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique.

Dans tous les cas, Zhan Su rappelle que les pays occidentaux doivent faire preuve de prudence lorsqu’ils font affaire avec Huawei, sans toutefois tomber dans un état de crainte injustifiée.

« Il y a un calcul économique et il y a la question de la sécurité nationale, rappelle-t-il. La question de sécurité nationale ne se pose pas nécessairement en termes de faits, de menaces tangibles qui justifient nos actions. C'est plutôt une sorte de doute. »

Le professeur rappelle que les États-Unis et d’autres pays enquêtent sur Huawei depuis une dizaine d’années sans qu’aucune menace réelle n’ait été dévoilée.

« Notre système juridique se base sur la présomption d'innocence, estime-t-il. Est-ce qu'on va prendre une décision en fonction uniquement de doutes? »

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