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France : un mois de prison requis contre une figure des gilets jaunes

Éric Drouet se défend d'être un leader des gilets jaunes. Il se considère comme un relayeur d'informations.
Éric Drouet se défend d'être un leader des gilets jaunes. Il se considère comme un relayeur d'informations. Photo: Reuters / Gonzalo Fuentes
Radio-Canada

Le parquet a requis un mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende contre une figure médiatique du mouvement social des gilets jaunes, Éric Drouet, jugé vendredi à Paris, en France, pour l'organisation de manifestations non déclarées.

Le tribunal rendra sa décision le 29 mars. M. Drouet comparaissait pour l'« organisation sans déclaration préalable » de deux manifestations à Paris, le 22 décembre et le 2 janvier. Il encourt jusqu'à six mois d'emprisonnement et 7500 euros (11 200 $ CAD) d'amende.

Il doit également être jugé le 5 juin pour port d'arme prohibé – un bâton – lors d'une de ces manifestations, le 22 décembre, a rappelé le tribunal.

« Chaque rassemblement de personnes sur la voie publique doit faire l'objet d'une déclaration préalable. L'objectif est de permettre de préserver l'ordre public », a indiqué le procureur adjoint de Paris, Olivier Christen.

Il a lu au tribunal plusieurs messages envoyés par Éric Drouet avant les deux rassemblements, montrant selon lui qu'il est bien « un organisateur du mouvement »: « On dira au dernier moment » le lieu de rassemblement, « Nous irons où nous voulons aller », « Il faut choquer un peu l'opinion publique », etc.

Éric Drouet, père de famille de 33 ans, se défend d'être un leader des gilets jaunes, mais ses prises de parole pèsent dans la contestation.

« Je n'ai aucun rôle d'organisateur ou de leader dans ce mouvement » des gilets jaunes, a affirmé pour sa part l'intéressé. « Je suis juste un relayeur d'informations. »

Des motifs « politiques »

Des manifestants rassemblés à ParisPlusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Paris lors de cet « acte XIII » des gilets jaunes. Photo : Associated Press / Kamil Zihnioglu

Le soir du 2 janvier, Éric Drouet avait été interpellé rue Royale, dans le 8e arrondissement de Paris, au milieu de plusieurs dizaines de personnes avec lesquelles il avait descendu l'avenue des Champs-Élysées et déposé place de la Concorde des bougies en hommage aux gilets jaunes morts accidentellement en marge du mouvement.

Son avocat, Me Kheops Lara, a dénoncé une interpellation arbitraire, dont il a demandé l'annulation au tribunal, et une « instrumentalisation » de la justice.

« Éric Drouet a été arrêté arbitrairement pour des motifs politiques. On ne voulait pas qu'il circule à Paris », a-t-il déclaré. « On utilise la police, mais vous aussi, pour mater un mouvement social majeur », a-t-il ajouté à l'adresse du tribunal.

Éric Drouet, chauffeur routier domicilié dans la banlieue parisienne, comparaissait deux jours après l'ex-boxeur Christophe Dettinger qui a été condamné à un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté, pour avoir violemment frappé deux gendarmes le 5 janvier.

Jérôme Rodriguez, une autre figure du mouvement, qui a perdu un oeil lors de la dispersion d'une manifestation de gilets jaunes à Paris par les forces de l'ordre, était venu apporter son soutien à Éric Drouet.

Depuis la mi-novembre, les gilets jaunes défilent tous les samedis à Paris et en province contre les taxes et pour le pouvoir d'achat. Ces manifestations sont régulièrement émaillées de violences.

Le 13e samedi de manifestations des gilets jaunes, qui s'est déroulé le 9 février dernier, a été marqué par une baisse de la mobilisation, selon le ministère de l'Intérieur, mais aussi par des incidents lors desquels un manifestant a été grièvement blessé à une main à Paris.

Selon le ministère, ces manifestations ont rassemblé quelque 51 400 personnes sur l'ensemble des foyers de mobilisation, dont 4000 à Paris, contre 58 600 et 10 500 le samedi précédent. Un manifestant a eu quatre doigts sectionnés, semble-t-il, par l'explosion d'une grenade, lors de heurts avec les forces de l'ordre devant l'Assemblée nationale.

Une sortie de crise

Le président, Emmanuel Macron, fait un discours devant 600 maires à Souillac, dans le sud de la France.Le président français, Emmanuel Macron, poursuit son « grand débat national » à Souillac, dans le sud de la France. Photo : AFP/Getty Images / Ludovic Marin

Le grand débat lancé en France il y a un mois par Emmanuel Macron, qui a décidé d’ouvrir le dialogue avec la population alors que son administration était secouée par le mouvement des gilets jaunes, est entré dans sa deuxième phase et l'exécutif va devoir lui trouver une sortie à la hauteur des attentes des citoyens.

Un débat jusqu’ici porté par les interventions marathons du chef de l'État devant les maires, les jeunes, quelques gilets jaunes ou de simples citoyens. Dans une actualité dominée par les violences, le débat a ouvert une parenthèse inédite pour tenter de trouver une issue à la crise des gilets jaunes.

Près de 6500 réunions, dont la moitié a déjà eu lieu, ont été programmées dans toute la France et 210 000 personnes ont déposé un total de 900 000 contributions en ligne

La fiscalité, les dépenses publiques et le pouvoir d'achat concentrent un tiers des propositions formulées sur le site officiel (34 %), devant la transition écologique (25 %), l'organisation de l'État et des services publics (21 %) et les questions de « démocratie et citoyenneté » (19 %).

L'inégalité devant l'impôt, l'accès aux services publics, à la santé, à l'emploi, à Internet, à la téléphonie mobile, sont revenus en boucle lors des débats. L'immigration est en revanche restée un sujet marginal. Les débats ont mis en avant la profonde détresse de retraités, de familles monoparentales et de populations fragilisées.

Emmanuel Macron assure vouloir tirer « des conséquences profondes » du débat. L'idée d'un référendum organisé le même jour que les élections européennes, le 26 mai, a circulé. Mais toute décision est renvoyée à l'issue de la consultation.

Début décembre, pour répondre aux préoccupations des gilets jaunes, le président Macron avait annoncé un train de mesures totalisant 10 milliards d'euros (15 milliards de dollars canadiens).

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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