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La Bretagne, berceau de la culture mégalithique

On voit des menhirs dressés, alignés dans un champ.
Les alignements de Kermario, à Carnac, en Bretagne Photo: iStock / Gwengoat
Renaud Manuguerra-Gagné

L'origine exacte des mégalithes, tels que le mythique Stonehenge, a toujours été un sujet controversé pour les historiens et les archéologues. Or, une nouvelle étude laisse à penser que ces monuments auraient une origine commune et seraient l'œuvre d'une culture qui aurait pris naissance en France, avant de se répandre à travers l'Europe.

Les mégalithes sont parmi les structures préhistoriques les plus facilement reconnaissables. Ces agencements peuvent prendre plusieurs formes, allant d’une série de pierres verticales placées en demi-cercle jusqu’à des agencements complexes servant de tombeaux à d’anciens guerriers de tribus aujourd’hui oubliées.

Ces constructions ont été érigées à travers l’Europe, de la période néolithique jusqu’à l’âge du bronze, et environ 35 000 d’entre elles y sont encore observables. Malgré cette importante présence et les centaines d’études les concernant, les mégalithes ont toujours conservé une part de mystère, leur origine restant cachée derrière les brumes des mythes européens.

Or, une scientifique de l’Université de Göteborg, en Suède, pourrait lever une partie de ce mystère.

Ses travaux (Nouvelle fenêtre) montrent que ces structures de pierres pourraient remonter à une culture originaire de Bretagne. De là, cette technique se serait ensuite répandue à travers l’Europe, en passant par la mer, lors de trois vagues distinctes.

On voit le monument de pierres dressées de Stonehenge, sous un ciel nuageux. Image captée au site de Stonehenge lors de l'éclipse solaire du 11 août 1999. Photo : Reuters

Une origine entre science et légendes

Jusqu’à maintenant, deux grandes hypothèses expliquaient l’origine des mégalithes.

La première, élaborée entre le 17e et le 18e siècle, avançait que ces pierres étaient l’œuvre d’un peuple ancien, dont les origines pourraient remonter à la Méditerranée ou au Proche-Orient et qui aurait propagé sa culture en Europe par voie maritime.

Cette hypothèse fut abandonnée dans les années 70 avec l’apparition des premières techniques de datation au carbone 14. Les données obtenues lors de fouilles autour de ces sites semblaient indiquer que les mégalithes seraient apparus au cours de la même période à travers le continent, créés indépendamment par diverses cultures européennes.

Pendant 10 ans, la professeure Bettina Schulz Paulsson, une archéologue spécialiste de la préhistoire, a alors passé au peigne fin la littérature scientifique concernant les mégalithes. Ces travaux lui ont permis de recenser 2410 datations au radiocarbone, en plus d’informations sur l’architecture des sites, les coutumes funéraires appliquées et les types d’outils qui y ont été employés. Elle a ainsi pu obtenir une ligne du temps de l’évolution des mégalithes à travers les âges.

Trois vagues, en partance de Bretagne

Selon ses données, les mégalithes les plus anciens se situent au nord-ouest de la France et auraient été assemblés il y a 6500 ans.

Ces premiers exemples étaient formés de quelques pierres agencées au-dessus d’un monticule de terre. D’autres structures étaient toutefois plus complexes comme des alignements de menhirs retrouvés dans la région de Carnac, en Bretagne, aussi produits autour de la même période.

Les datations suggèrent que les plaines de Bretagne seraient le point de départ de ce type de monument. Par la suite, ce style distinctif se serait répandu en France en suivant la côte atlantique, puis autour de la péninsule ibérique jusque dans la Méditerranée, au cours d’une période de deux à trois siècles.

Un millénaire après cette « première vague », on assiste à l’apparition d’un second style : des tombeaux formés d’une ou plusieurs chambres funéraires reliées entre elles par des passages en pierre. Ces derniers ont été retrouvés dans plusieurs régions de France, d’Angleterre, d’Espagne et à travers les pays scandinaves, toujours dans des régions facilement accessibles par voies maritimes.

Enfin, il y a entre 5000 et 4000 ans, la troisième et dernière vague de constructions s’amorce; c’est la période au cours de laquelle sont érigées, entre autres, les célèbres pierres de Stonehenge.

La propagation de ce type de constructions, en plus de leur quasi-inexistence en dehors des régions côtières, laisse croire, selon la scientifique, que cette culture s’est répandue par voie maritime. Cela impliquerait toutefois que l’émergence de techniques de navigation nécessaires à une telle diffusion de connaissances serait survenue au moins deux millénaires plus tôt que ce qui était précédemment accepté.

Même si la communauté archéologique a particulièrement bien accueilli cette étude, certains doutes persistent, et il est toujours possible que d’autres sites aient été construits indépendamment des trois vagues identifiées.

Science