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analyse

Affaire SNC-Lavalin : une crise qui ébranle l’image du gouvernement Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau.
Le silence de Jody Wilson-Raybould, forcé par le privilège avocat-client, laisse un grand pan nébuleux, alors que le gouvernement de Justin Trudeau se targue d’être ouvert et transparent, souligne Madeleine Blais-Morin. Photo: La Presse canadienne / Kayle Neis
Madeleine Blais-Morin

Si elle porte le nom d'« affaire SNC-Lavalin », la crise politique qui frappe Ottawa est également l'« affaire du gouvernement Trudeau ». Car les questions au coeur de cette controverse le visent directement. A-t-il, oui ou non, exercé des pressions indues sur l'ex-ministre de la Justice? Même si on l'ignore toujours, l'affaire écorche déjà sa marque de commerce.

Le jour de la démission de Jody Wilson-Raybould, la ministre de la Condition féminine, Maryam Monsef, a publié un tweet remarqué : « Les femmes, en particulier, sont soumises à une surveillance accrue, à une plus grande hostilité et à plus d'obstacles, non seulement pour entrer en politique, mais aussi pour rester en politique et accéder à des postes de direction. »

Voulait-elle faire un lien avec le départ de sa collègue du Conseil des ministres? Dans tous les cas, dans les centaines de commentaires générés par ce message, de nombreux internautes n’ont pas hésité à égratigner du même coup le vernis féministe du gouvernement libéral.

Le Cabinet Trudeau est toujours paritaire, mais à cette puissante table, il n’y a plus d’Autochtone.

Justin Trudeau a bien dit que « l'engagement de [son] gouvernement envers la réconciliation va au-delà d'une seule personne ».

Cette seule personne dont il est question ici, Jody Wilson-Raybould, représentait pourtant le visage de la réconciliation avec les peuples autochtones au moment de former son tout premier Conseil des ministres, à l’automne 2015.

Au-delà de l’image, le gouvernement est maintenant privé d’une perspective autochtone au Cabinet. C’est donc un autre aspect de la marque de commerce libérale qui s’en trouve égratigné.

Et le gouvernement de Justin Trudeau en subit déjà les contrecoups, même si le public ne sait toujours pas s’il avait, au départ, quelque chose à se reprocher dans cette affaire.

Un silence lourd à porter

Peut-être, comme l’affirme le premier ministre, que son gouvernement « a fait son travail en respectant toutes les normes établies ». Peut-être aussi que la rétrogradation de Jody Wilson-Raybould au poste de ministre des Anciens Combattants, le mois dernier, n’avait rien à voir avec le dossier SNC-Lavalin.

Mais c’est aussi ça, le problème. Le silence de Jody Wilson-Raybould, forcé par le privilège avocat-client, laisse un grand pan nébuleux, alors que le gouvernement se targue d’être ouvert et transparent.

Cette ouverture ne s’est notamment pas illustrée dans les travaux du comité de la Justice, mercredi : les libéraux ont écarté un éventuel témoignage de Jody Wilson-Raybould et la suite se déroulera à huis clos.

Évidemment, si la ministre démissionnaire offre sa version des faits, il sera plus difficile pour le gouvernement de conserver la maîtrise du message. On ne peut toutefois pas dire que les libéraux étaient en plein contrôle cette semaine.

Ils avaient planifié de consacrer les derniers jours à marteler que leurs investissements dans les infrastructures et les projets de transport en commun créent des emplois. Une façon de tenter de démontrer qu’ils ne sont pas qu’un gouvernement d’image.

Or, si le gouvernement avait planifié des arrière-plans de circonstance - des chantiers aux autobus de ville -, c’est l’absence de Jody Wilson-Raybould qui prenait toute la place.

Madeleine Blais-Morin est correspondante parlementaire au bureau de Radio-Canada à Ottawa

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