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Déception et incompréhension à Ripon, un an après le retrait du guichet Desjardins

Ripon en plein essor économique malgré le départ de Desjardins
Agnès Chapsal

Dans la petite ville de Ripon, au cœur de la vallée de la Petite-Nation, en Outaouais, le retrait du guichet Desjardins passe encore mal auprès des habitants, un an plus tard. Ils oscillent entre déception, amertume et incompréhension.

C’est comme si on perdait une partie de notre village. C’est comme si on était abandonné, regrette Louise Charron, cliente de Desjardins et habitante de Ripon. Ça a rendu pas mal de gens amers.

Lors d’un chaleureux 5 à 7 au marché public couvert de Ripon, où des résidents se retrouvent autour d’une bière ou d’un repas chaud sur fond de musique traditionnelle, certains se vident le cœur.

Deux bâtiments à Ripon.En haut, le Centre de la petite enfance de Ripon, et en bas, l'école. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

Le guichet Desjardins, attenant au marché public couvert, permettait de retirer de l’argent et de faire des dépôts. Il a été remplacé début septembre par un guichet automatique, situé au même endroit, et ce malgré une forte mobilisation des habitants et de la Ville.

Pour les clients de Desjardins, un simple retrait coûte désormais 2 $. Moi, sur une année, j’ai calculé que c’est environ 165 dollars dans mes retraits que je paye, déplore Vincent Ouellette-Destroismaisons, un habitant de Ripon qui s'était fortement mobilisé contre le retrait du guichet.

Si les habitants ne veulent pas payer, ils doivent se rendre dans les municipalités voisines.

Ça a changé la confiance des gens. Les gens en parlent, ça a créé du stress.

Florent Martin, habitant de Ripon
Le blason de la ville de Ripon accroché à un mur mitoyen de la salle du conseil.Les armoiries de la ville de Ripon et sa devise : Accueil, Chaleur, Fraternité. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

Des aînés et des étudiants sans voiture pénalisés

Louise Charron constate que les personnes âgées sont les premières touchées par ce retrait.

Beaucoup nous en ont parlé dans le Club de l’Âge d’or. [Certains] n’ont pas [...] de voiture et ils veulent aller chercher un peu d’argent. Il faut qu’ils attendent d’avoir quelqu’un pour les amener, raconte-t-elle.

Tout près du marché public, à l'Institut des Sciences de la forêt tempérée (ISFORT), qui est rattaché à l’Université du Québec en Outaouais, les étudiants qui arrivent de l’étranger – de France surtout – sont aussi sans voiture. Ils s’organisent pour faire du covoiturage ou retirent de petits montants au nouveau guichet automatique.

Originaire du Costa Rica, Rebeca Cordero Montoya est venue à Ripon pour étudier la biologie. Elle constate que cela affecte la vie des étudiants et des chercheurs qui pourtant deviennent clients de Desjardins dès qu’ils arrivent.

Quand je suis arrivée ici, c’était super simple, on avait le guichet, on avait le marché le samedi [...] Et tout d’un coup, le guichet a été enlevé, donc on se retrouve sans argent liquide. On est obligé de demander aux collègues qui ont une voiture de nous amener à Saint-André ou à Chénéville, détaille l’étudiante à la maîtrise.

Une femme devant une pancarte de l'ISFORT.Agrandir l’imageRebeca Cordero Montoya est en maîtrise de biologie à l'ISFORT. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

Un « frein à l’économie » pour une ville en plein essor

Selon le maire de la Ville, Luc Desjardins et plusieurs résidents, des familles viennent s’installer à Ripon. Avec 1611 habitants, la Ville a son université, un centre de la petite enfance, ouvert il y a 2 ans, et une école, qui cette année n’a pas pu accueillir tous les enfants. Pour le maire, la disparition de la succursale dans les années 2000, puis le retrait du guichet de Desjardins sont un frein à l’essor économique de sa petite communauté.

Deux bâtiments à Ripon.Agrandir l’imageEn haut, le Centre de la petite enfance de Ripon, et en bas, l'école. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

On est dans un genre de boom démographique [...]. L’école de Ripon était limite en occupation. La capacité de l’école est de 123 et on est autour de 130 élèves, il y en a 15 qui sont obligés d’aller dans une municipalité voisine, précise le maire qui ne comprend pas bien que Desjardins n’ait pas saisi cette occasion.

Le retrait du guichet Desjardins complique aussi les affaires de Suzanne Laliberté. Elle tient la caisse d’un bar, situé dans le marché public couvert, très animé pendant les 5 à 7 les vendredis soir.

L’autre jour, il y a tout un groupe qui venait souper, et puis ils sont partis, ils ont dit :“Non, moi je refuse d’aller payer pour sortir de l’argent”, raconte Mme Laliberté.

Je ne trouve pas ça drôle. Je ne comprends pas l’idée.

Suzanne Laliberté

Le retrait du guichet Desjardins est pour certains, dont le maire de Ripon, contraire à l’esprit de la coopérative. Ce qui est difficile à accepter, c’est que quand Alphonse Desjardins a fondé ça, chacun des membres était un pilier. Il a formé une coopérative. Maintenant que les assises sont solides, les gens ne sont plus rien. C’est ce qui est malheureux, explique le maire.

Une pancarte indique le parc municipal de Ripon, son conseil et sa bibliothèque.Agrandir l’imageLe parc municipal de Ripon comprend notamment la salle du conseil et la bibliothèque. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

Des clients accompagnés dans la transition

Dans la municipalité voisine de Saint-André-Avellin, à près de 8 kilomètres au sud de Ripon, Roger Lafrenière, le directeur général de la Caisse Desjardins de La Petite-Nation pense que Desjardins a bien assuré la transition en accompagnant tous ses clients. Avec l’accompagnement qu’on a fait, on sent que c’est derrière nous, autant pour les résidents que pour la Caisse, avance-t-il.

Autant pour les membres que pour nous, on va de l’avant.

Roger Lafrenière, le directeur général de la Caisse Desjardins de La Petite-Nation

Desjardins a proposé à ses clients un système de navette pour qu’ils puissent se rendre en autobus au comptoir de Desjardins à Saint-André-Avellin. Comme cette navette était peu utilisée, elle a été abandonnée, précise M. Lafrenière.

Deux guichets automatiques dans une succursale.Les guichets automatiques de la Caisse Desjardins à Saint-André-Avellin. Photo : La Presse canadienne / Agnès Chapsal

Un ordinateur a aussi été mis à leur disposition dans la bibliothèque de Ripon pour se connecter au site Internet de Desjardins et comprendre son fonctionnement. Mais là encore, le maire souligne que peu de résidents se sont déplacés pour l’utiliser et être formés. De plus, la couverture Internet dans la ville n’est pas encore optimale.

Toutefois, M. Lafrenière assure que très peu de clients ont quitté Desjardins. C’est très minime comme perte, dit-il, sans en préciser le nombre. Rebeca Cordero Montoya par exemple a gardé son compte chez Desjardins, tout en étant fâchée. En revanche, pour Alexandre Le Blanc, aussi client de Desjardins, la vie suit son cours : c’est plate pour le village de Ripon un peu. Mais on s’adapte, on retire un peu plus à l’autre village et on s’en vient ici dépenser. 

Un avenir incertain

Un guichet automatique bleu dans un local fermé.Agrandir l’imageOn ne sait pas encore si le nouveau guichet automatique municipal restera dans ce local, attenant au marché public couvert. Photo : Radio-Canada / Agnès Chapsal

Pour le moment, on ne sait pas quel sera l’avenir du nouveau guichet automatique qui a remplacé celui de Desjardins.

Est-ce que ça [le guichet] va rester là, dans le même local? Peut-être pas. Est-ce que ce sera plus dans le hall d’entrée de la municipalité? Peut-être. Est-ce que ça va être alimenté différemment? Peut-être qu’il faudra. On va étudier tout ça, indique le maire qui tient à garder ce service.

Le guichet automatique est le cœur du projet pilote mis en place en septembre dernier par Ripon et la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et qui doit durer un an. La FQM indique dans un courriel qu’elle attend les rapports d’évaluation pour commenter les résultats de ce projet pilote.

Au niveau du projet pilote, je pense que c’est un petit peu la plus grande mascarade qu’on pouvait nous proposer. C’est un ATM, a critiqué M. Ouellette-Destroismaisons.

En Outaouais, Plaisance et Notre-Dame-de-la-Salette ont aussi vu leur guichet Desjardins disparaître. Mais Robert Lafrenière soutient qu’il n’y aura pas d’autres fermetures dans la région.

Ottawa-Gatineau

Économie