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La fourrure mal dans sa peau

Plusieurs fourrures sont exposées dans la boutique du Gros trappeur de Nédélec au Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Mathilde Monteyne

Sortir son manteau de fourrure en 2019, c'est risquer de s'exposer à des regards désapprobateurs. Alors que le Festival du Voyageur bat son plein à Winnipeg, certains défenseurs des animaux fustigent le port de la fourrure durant ces festivités.

Des tuques aux écharpes, en passant par les capes, il n’est pas étonnant de voir de la fourrure sur les costumes au Festival du Voyageur, puisqu'il célèbre le développement de l'Ouest canadien à l'époque de la traite.

C’est ce qui lui attire les foudres d’activistes de l’organisme international de défense des animaux PETA, qui ont apposé des autocollants antifourrure sur plusieurs affiches promotionnelles du Festival.

Sous le regard de spectateurs, une jeune femme aux longs cheveux roux défile en souriant avec une cape de fourrure rousse.

Une dame participe au défilé sur glace du Festival du Voyageur.

Photo : Radio-Canada

« Il n'y a aucune excuse pour continuer à porter de la fourrure aujourd'hui », soutient Tricia Lebkuecher, une porte-parole du groupe aux États-Unis, qui affirme que la fausse fourrure est aussi belle et chaude que la vraie.

Sur le bonnet d'un enfant qui figure sur une affiche promotionnelle, un autocollant contient l'inscription : I wouldn't be caught dead in fur, PETA.

Des autocollants de l'organisme de défense des animaux PETA ont été apposés sur certaines affiches du Festival du Voyageur.

Photo : Radio-Canada

Porter de la fourrure véritable, dit-elle, revient à consentir à une forme de cruauté envers les animaux. Elle dénonce les conditions de vie des animaux dans les fermes à fourrure et ajoute que ceux qui sont piégés dans la nature agonisent parfois longtemps avant de mourir.

La fourrure, une pièce identitaire

Du côté du Festival, on souligne que la fourrure est un élément identitaire au Canada. « La traite des fourrures était la base essentielle des relations avec les peuples autochtones. Le trappage et la traite des fourrures restent aujourd'hui un mode de soutien important pour ces communautés-là », fait remarquer le gérant du marketing et des communications au Festival du Voyageur, Nicolas Audette.

Nicolas Audette précise que le Festival ne soutient pas le traitement non éthique des animaux, mais célèbre « une partie importante [du] patrimoine ». Les fourrures achetées par l’organisme proviennent, dit-il, de trappeurs manitobains.

Or, les choses ont évolué depuis l’époque des voyageurs, surtout au cours des 40 à 50 dernières années, en ce qui concerne le piégeage des animaux, explique le coordonnateur du programme canadien de recherche sur les pièges de l’Institut de la fourrure du Canada, Pierre Canac-Marquis.

« Au Canada, ce n’est pas comme en Europe, où c’est du piégeage 12 mois par année. Ici, c’est l’automne ou l’hiver afin de protéger les périodes de reproduction », indique-t-il. Il tient à souligner que l’image du piège, souvent conçu comme une grande mâchoire en métal, est dépassée.

Vous pouvez demander l’origine de la fourrure sur le vêtement que vous achetez, et si on vous dit que c’est du Canada, je peux vous assurer que tout est fait dans l’ordre des choses.

Pierre Canac-Marquis, coordonnateur du programme canadien de recherche sur les pièges de l’Institut de la fourrure du Canada

« Au Canadan, 99 % des pièges sont de type mortel. Donc, une fois le mécanisme du piège enclenché, l'animal est tué en quelques secondes », assure-t-il.

Entre souffrance animale et protection de l’environnement

Cette préoccupation d’un traitement éthique et équitable se voit de plus en plus dans le milieu de la mode. C'est ce que constate la propriétaire de Voilà, Andréanne Dandeneau, qui porte de la fourrure, mais n’en utilise pas dans ses créations.

Si elle remarque une tendance à se distancier des matières animales dans l'industrie de la mode, elle note que la fourrure est quand même encore présente, mais qu'elle intègre désormais de nouvelles dimensions.

« Il faut faire attention avec la fourrure. Avec le stéréotype plus fashion, c’était utilisé pour le tapis rouge, puis juste pour la mode. De nos jours, parce que la nouvelle génération est vraiment plus sensible au côté biologique et équitable, les gens posent des questions aux designers », dit-elle.

Les créateurs qui travaillent avec de la fourrure ont donc tout intérêt à accorder son attention à son origine et à son traitement responsable, selon elle.

Une dame aux cheveux noirs coupés au carré manipule des écharpes en fourrure qui pendent dans un atelier.

Mariouche Gagné, dans l'atelier d'Harricana, affirme que la fourrure et le cuir ont une durée de vie comprise entre 50 et 150 ans.

Photo : Radio-Canada

La fondatrice de la boutique montréalaise Harricana, Mariouche Gagné, travaille à partir de fourrure recyclée. Elle est bien au fait de cette prise de conscience de la clientèle. Elle apporte toutefois un point de vue nuancé sur l'utilisation de la fourrure dans la mode actuelle.

La fourrure véritable, dit-elle, est une matière naturelle, biodégradable et renouvelable, tandis que ses solutions de remplacement, qui contiennent souvent du plastique, ont des effets plus néfastes sur l’environnement.

La fausse fourrure détruit la planète quand on la fabrique, mais aussi quand on s’en débarrasse.

Mariouche Gagné, fondatrice d'Harricana

« Les solutions de rechange qu’il y a, à long terme, vont tuer encore plus d’animaux, parce que si on continue à consommer du plastique, on est en train de détruire les océans, on est en train de détruire certaines portions du territoire parce qu’on est obligé d'incinérer ces plastiques, on est en train de détruire notre propre santé », soutient la styliste.

Vraie, fausse ou recyclée, la fourrure continue de faire partie d'un patrimoine historique, qui s’inscrit dans l’enjeu plus contemporain de la protection de l'environnement.

Autant de considérations qui se reflètent jusque dans nos garde-robes.

Manitoba

Écologie