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L'humain au cœur de la blessure de guerre

Une exposition pose un regard sur des militaires canadiens blessés lors du conflit en Afghanistan
Radio-Canada

L'exposition Blessés, présentée au Musée canadien de la guerre, met en lumière 18 portraits d'anciens combattants ayant vécu un traumatisme en Afghanistan. Qu'elle soit visibles ou invisibles, ces cicatrices n'ont pas échappé au regard honnête du photojournaliste Stephen J. Thorne.

Un texte de Marika Simard

Riche de 40 ans d'expérience, Stephen J. Thorne a déjà réalisé des reportages au Kosovo et en Afghanistan. Il était donc tout naturel pour ces militaires canadiens de lui livrer leur histoire, en toute confiance.

Chacune des 18 images accrochées sur les murs du Musée est accompagnée d'un récit, qui dépeint les combats du quotidien et les espoirs de demain.

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Sergente Macha Khoudja-Poirier

Le témoignage de Macha Khoudja-Poirier

Qu’est-ce qui vous a convaincu de participer au projet?

C’est une ancienne collègue qui m’a convaincue. Je commençais à peine à parler de ma blessure et la majorité des membres de ma famille ne savait pas ce que je vivais. Je réalise que plus j’en parle, plus j’arrive à accepter ma situation. Au-delà de cela, j’aimerais que ça puisse aider à briser des tabous, parce que le stress post-traumatique peut atteindre n’importe qui. Il faut en parler et consulter, malgré la gêne et l’orgueil.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu le résultat final de l'exposition?

Je ne m’attendais pas à ce résultat. Je trouve ça intéressant, mais, pour être honnête, il y a d’autres portraits qui viennent me toucher davantage que le mien, parce que des blessures physiques, c’est plus apparent que des blessures psychologiques. Quand on parle de sacrifices, je trouve que quelqu’un qui a perdu un bras ou une jambe au combat, c’est plus marquant.

Avez-vous réussi à panser votre blessure?

J’ai été diagnostiquée il y a à peine un an, mais, au début, je n’y croyais pas. Étant donné que j’étais technicienne médicale, je soignais les gens qui vivaient avec du stress post-traumatique. Je voulais me prouver à moi-même que tout allait bien, nonobstant tout ce que j’avais vu et vécu. Je pensais être assez forte pour passer au travers, mais, 10 ans plus tard, force est de constater que j’avais besoin d’aide.


Caporal Gorden Boivin

Le témoignage de Gorden Boivin

Qu’est-ce qui vous a convaincu à participer au projet?

Je suis allé rencontrer Stephen J. Thorne et j’ai constaté qu’il avait beaucoup d’expérience, qu’il était déjà allé sur le terrain. J’ai aussi vu qu’il avait un grand respect et une intelligence émotionnelle. Il faut savoir que c’est délicat de se prêter à ce jeu, parce que ce sont des sujets qui peuvent nous blesser facilement. Stephen a pris nos marques physiques et psychologiques pour les transposer en images et en mots. Ce qu’il a fait est élégant et touchant. Si je me suis déplacé aujourd’hui, c’est principalement pour rendre hommage à son travail.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu le résultat final de l'exposition?

Ça m’a touché de savoir que quelqu’un souhaitait immortaliser ce moment de nos vies. C’est comme si on nous disait qu’on ne nous oublie pas. Je vais d’ailleurs venir voir l’exposition avec ma famille, pour que mon garçon voit ce que j’ai fait. Je réalise que je suis chanceux d'être encore en vie, parce qu’il y a de nos confrères qui ne sont plus là. Ce fut une grosse période dans notre vie. Le simple fait d’en parler me rend émotif.

Avez-vous réussi à panser votre blessure?

Quand tu te concentres sur le fait de guérir les blessures physiques, tu oublies les blessures psychologiques. Au début, ma mission était de me rétablir et d'être fonctionnel. Les blessures psychologiques sont plus complexes, parce qu’il y a des choses qui sont claires à identifier, comme avoir peur qu’il y ait des explosions, mais il y a beaucoup de subtilités. C’est ça, le principal défi. J’ai travaillé fort pour aller mieux, mais je dois rester vigilant quant à ma santé. Quand j’ai des émotions, que ce soit de de la colère ou de l’anxiété, je dois constamment me demander si elles sont teintées par ce que j’ai vécu.


Caporal-chef Natacha Dupuis

Le témoignage de Natacha Dupuis

Qu’est-ce qui vous a convaincu à participer au projet?

Stephen J. Thorne est une personne très humaine, qui a son sujet à coeur. Il a lui-même déjà été en Afghanistan. J’ai une belle relation avec lui, parce que j’avais collaboré dans le passé sur un autre projet. Comme le titre le dit, tous les sujets ont été blessé psychologiquement ou physiquement. Je trouve que son travail rend bien l’émotion que j’ai souhaité véhiculer. Dans mon regard, j’ai voulu démontrer qu’on n’abandonne pas, malgré les blessures.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu le résultat final de l'exposition?

Je trouve ça touchant d’être ici, parce que je n’avais pas eu l’occasion de voir le résultat final avant aujourd’hui. D’être au Musée canadien de la guerre, c’est très spécial pour moi. Quand j’étais dans mon trou noir, j’étais loin de me douter que j’avais un futur aussi riche. C'est extraordinaire!

Avez-vous réussi à panser votre blessure?

Dans mon cas, c’est une blessure psychologique. Quand je suis revenue de l'Afghanistan, j’étais démolie. Ma vie a changé du tout au tout. Je n’étais pas capable de prendre soin de moi-même. Ç'a été un long processus, mais, avec le temps, j’ai réussi à me reconstruire. Un fois qu’on est blessé, on change : on peut devenir une meilleure personne, mais on ne redevient jamais la personne qu’on était avant. J’ai appris à composer avec ma blessure, mais tout est différent. C’est une toute nouvelle réalité.

POUR Y ALLER
Blessés
Musée canadien de la guerre
Du 15 février au 2 juin

Photographie

Arts