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« Je n’ai pas de mot pour exprimer mon inquiétude », lance la soeur d’une patiente du CHR

CHR : inquiète, la soeur d'une patiente témoigne
Anaïs Brasier

Mireille fait partie des cinq patients de l'hôpital psychiatrique du Nouveau-Brunswick qui a subi la maltraitance décrite dans le rapport de l'ombudsman la semaine dernière. Sa soeur, Denise, a raconté sa version des faits à Radio-Canada. Les prénoms ont été changés pour conserver l'anonymat de la patiente.

Mireille souffre d’anxiété aiguë et de troubles comportementaux qui la poussent à s’automutiler, au point où elle demande régulièrement qu'on l'attache, par peur de se faire du mal.

Elle a aussi tendance à attaquer le personnel et les autres patients du Centre hospitalier Restigouche (CHR). Mais les employés sont au courant : ils la connaissent bien, puisqu’elle y réside depuis l’an 2000.

Un bain qui tourne mal

Malgré tout, il arrive souvent que les employés doivent utiliser une maîtrise physique pour la contrôler. À au moins une occasion, le 16 juillet 2017, un d'entre eux aurait abusé de l’usage de la force.

Sa soeur Denise l’apprend le 11 août 2017, alors que la direction du CHR l’appelle pour l’aviser d’une plainte d’un employé à l’égard d’un autre employé.

[Il] avait été agressif avec ma soeur lors d’un bain. Il aurait mis sa tête sous l’eau.

Soeur de la patiente
Une photo du rapport de l'ombudsman où on peut voir la baignoire. Agrandir l’imageLa patiente était dans une baignoire surnommée « banane » en raison de sa forme spéciale conçue pour certains patients. Photo : Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

On lui fait alors part qu’une enquête interne commence immédiatement. On lui en rapporte les résultats deux semaines plus tard : On m’a confirmé [...] que l’employé avait été plus rough que d’habitude, mais selon leur analyse, après avoir vérifié le bain, il était impossible qu’un employé ait poussé la tête de Mireille sous l’eau.

Elle les a crus pendant plus d’un an, jusqu’à ce qu’elle lise le rapport de l’ombudsman du Nouveau-Brunswick publié la semaine dernière sur des cas de maltraitance, de violence et de négligence au CHR.

J’ai été naïve, vraiment naïve. Je les ai crus.

Soeur de la patiente

Je me suis arrêtée à l’annexe du patient C, qui est ma soeur, j’étais sous le choc.

Le patient C - résumé du rapport de l’ombudsman

Le 16 juillet 2017, trois membres du personnel ont aidé le oatient C avec leur bain dans une baignoire surnommée « baignoire banane » en raison de sa forme.

[...] Le patient C a commencé à bouger les bras dans tous les sens dans la baignoire, et a finalement frappé ou repoussé les mains d’un employé qui se préparait à lui apporter son aide. Cet employé a expliqué par la suite qu’il n’a pas été blessé par l’action du patient, mais un autre employé a déclenché le code pour obtenir de l’aide étant donné que le patient manifestait un comportement de plus en plus agressif à leur égard.

[...] C’est à ce moment que l’auteur a déclaré qu’un autre employé qui était arrivé pour répondre au code a placé son poing sur le visage du patient C pour le maintenir en place contre le siège de la baignoire dans le but de l’immobiliser. Sous cette action, étant donné que le bain était encore rempli d’eau, l’allégation précise que le visage du patient était submergé dans environ un pouce d’eau savonneuse.

[...] La lettre va plus loin en mentionnant d’autres incidents de comportements inappropriés commis par la même personne à l’encontre d’autres patients. Notamment que l’employé en question aime effrayer et tourmenter les patients. Cet employé est aussi cité dans d’autres actions coercitives similaires prises à l’encontre des patients du CHR.

[...] L’employé en question a été suspendu de ses fonctions tout en conservant son salaire pendant la durée de l’enquête, toutefois celui-ci a éventuellement pu réintégrer son poste.

Source : Rapport spécial du Bureau de l’ombudsman concernant le Centre hospitalier Restigouche

Neuf employés ont participé à l’intervention, et pourtant, l’enquête interne n’a pas réussi à démontrer comment les choses se sont passées. Un ancien infirmier du CHR a toutefois révélé la semaine dernière qu’une « loi du silence » règne au sein des employés de l’hôpital psychiatrique.

À noter que le PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne, affirme que le rapport de l’ombudsman est déphasé parce qu’il ne reflète pas les efforts entrepris par le réseau de santé depuis décembre 2016. Il n'a toutefois pas contredit les faits qui y sont rapportés.

Un asile plutôt qu’un hôpital psychiatrique

Lorsqu’on lui demande comment elle a réagi à la lecture du rapport, Denise ne peut retenir ses émotions. Elle pousse un soupir, sa gorge se serre et sa voix tremble.

J’étais en pleurs, j’étais frustrée. [...] Je n’ai pas de mot pour exprimer l’ampleur de mes inquiétudes.

Soeur de la patiente

Le lien de confiance qu’elle avait établi avec le CHR et avec le Réseau de santé Vitalité, avec qui elle a eu de nombreuses rencontres, est brisé. Elle est plus inquiète que jamais pour sa soeur, mais en raison de sa condition et de son comportement souvent agressif, il est impossible pour Denise de la prendre chez elle ou même de la placer ailleurs.

Pour l’instant, ma soeur, j’ai plus l’impression qu’elle est dans un asile que dans une unité psychiatrique.

Soeur de la patiente
Le Centre hospitalier Restigouche vu de l'extérieur. Le Centre hospitalier Restigouche est situé à Campbellton, dans le nord du Nouveau-Brunswick (archives). Photo : Radio-Canada

Décès, malnutrition, violence et rapports inexacts

L’histoire de Mireille fait partie de cinq cas retenus par le Bureau de l’ombudsman pour illustrer la gravité de l’échec du CHR de prodiguer des soins adéquats, tout en s’assurant de respecter la confidentialité des patients. Voici un résumé des quatre cas.

  • Le patient A a été retrouvé mort un matin du printemps 2018. Il a été déclaré qu’il est mort dans la nuit de manière inattendue. Pourtant, d’après des témoignages, le patient aurait mentionné des douleurs dans la région thoracique, axillaire et abdominale à plusieurs reprises durant les jours qui ont précédé sa mort. Le patient a même été évalué à l’Hôpital régional de Campbellton.
  • « Le patient B est atteint de schizophrénie paranoïde, accompagnée d’un retard mental et est maintenant âgé au-delà de 70 ans. » L’enquête de l’ombudsman révèle qu’il présentait des signes de malnutrition ainsi qu’une mauvaise hygiène buccodentaire et périnéale lorsqu’il a été transporté à l’Hôpital régional de Campbellton en septembre 2017.
  • Dans le cas du patient D, l’interrogatoire d’un employé a dévoilé que les rapports ne présentent pas toujours la vérité. Selon l’employé, des aides légistes (qui contribuent à la sécurité du personnel et des patients) utilisent souvent des moyens d’intimidation contre le personnel [...] lorsque des altercations surviennent avec les patients, en utilisant des phrases du type : "Vous n’avez rien vu, rien entendu".

Les faits décrits dans les rapports d’incident n’étaient pas toujours exacts.

Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche
  • Dans le cas du patient E, « deux gestionnaires de programmes ont été témoins des événements qui se sont déroulés lors d’un « code blanc » en juin 2018 ». Selon eux, « une force excessive a été utilisée pour immobiliser le patient E, notamment par un certain collègue [l’aide légiste]. [...] Les bandes vidéo montrent que, à la suite d'un comportement non menaçant de la part du patient E, l’aide légiste a utilisé son bras pour pousser sur le visage ou le cou du patient E pour le mettre à terre. Les gestionnaires de programmes ont expliqué que l’aide légiste a immobilisé le patient E par la gorge et qu’il tenait aussi une cagoule anticrachat fermement autour de son cou. »
Une photo des ecchymoses du patient. On ne voit pas son visage afin de conserver sa confidentialité. L'évaluation a montré que le patient présentait des ecchymoses et des égratignures sur la clavicule gauche. Photo : Rapport spécial du Bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick concernant le Centre hospitalier Restigouche

Les cas sont décrits de façon plus détaillée dans le rapport de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick (Nouvelle fenêtre).

Qu’est-ce qu’un code blanc?

Les codes d’urgence dans les hôpitaux constituent un système normalisé qui sert à alerter le personnel et à le diriger dans des situations d’urgence. La couleur du code indique la nature de l’incident et dicte la réaction attendue de la part du personnel. On déclenche un « code blanc » quand un patient adopte un comportement agressif qui doit être atténué et/ou quand un patient tente de s’infliger des blessures ou d’en infliger à d’autres personnes. Quand un « code blanc » est déclenché, les aides légistes du CHR sont tenus d’assister et de contrôler le patient en état de crise en employant le niveau de force minimal que l’on estime approprié.

Source : Rapport spécial du Bureau de l’ombudsman concernant le Centre hospitalier Restigouche

Avec les informations de François Vigneault et François Lejeune

Nouveau-Brunswick

Établissement de santé