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Haïti : le rapatriement des Québécois s'organise dans un pays « fermé » par les manifestants

Le reportage de Frédéric Arnould
Radio-Canada

Les gouvernements du Canada et du Québec, ainsi que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et l'administration Plante sont à pied d'oeuvre pour rapatrier les Canadiens et les Québécois coincés en Haïti par d'importantes manifestations. Le ministère Affaires mondiales Canada a notamment mentionné travailler de concert avec les voyagistes afin de s'assurer que leurs clients puissent quitter le pays en toute sécurité.

Les tensions sont toujours particulièrement vives en Haïti, où les mouvements de protestation contre le président Jovenel Moïse, qui ont déjà fait 7 morts, ont empêché plusieurs centaines de Québécois de revenir au pays, y compris des policiers montréalais et des médecins du Saguenay.

Lors d'une mêlée de presse à Québec, la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, a indiqué qu'elle était en contact avec Affaires mondiales Canada.

« [Les fonctionnaires du ministère] sont en contact avec les gens en Haïti; nous sommes aussi en contact avec le cabinet de la ministre [Chrystia] Freeland, et ils vont contacter ces gens-là et faire en sorte que l'on fasse attention à leur sécurité », a indiqué la ministre Girault en parlant des ressortissants se trouvant en Haïti.

Jeudi soir, Affaires mondiales Canada, qui affirme suivre la situation « de très près », a mis à jour sa note sur les conseils aux voyageurs en Haïti, invitant les Canadiens à éviter tout voyage au pays « en raison des troubles civils qui sévissent à travers le pays ».

« La situation en matière de sécurité pourrait se détériorer rapidement. Vous devriez envisager de quitter par des moyens commerciaux tant qu'ils sont disponibles », indique le ministère sur son site.

Affaires mondiales Canada ajoute qu'il « travaille de concert avec les agences de voyages pour leur fournir des conseils et des services consulaires afin d'assurer que leurs clients soient en mesure de quitter Haïti en toute sécurité ».

Les citoyens canadiens qui ont besoin d'aide sont invités à contacter le Centre de surveillance et d'intervention d'urgence (CSTU), qui fonctionne 24 heures sur 24.

En raison des risques liés à la sécurité, l'ambassade canadienne à Port-au-Prince a été fermée pour une cinquième journée consécutive, vendredi.

Entrevue avec l’ancien ambassadeur Henri-Paul Normandin

Par ailleurs, la ministre du Tourisme, Mélanie Joly, a précisé que le Canada « était préoccupé par la santé et la sécurité des Canadiens [en Haïti] », en plus d'inviter ceux-ci à s'identifier auprès de l'ambassade.

De son côté, le département d'État américain a annoncé le rappel de ses diplomates non essentiels et de leurs familles basés au pays et a exhorté les citoyens américains à ne pas se rendre en Haïti.

Normand Rosa fait partie des Québécois qui ne peuvent pas quitter Haïti, en raison de barricades sur les routes. Normand Rosa a pu franchir une barricade à bord d'un scooter pour livrer du matériel éducatif. Photo : Courtoisie

« On ne manque de rien »

Normand Rosa fait partie de la centaine de Québécois qui attendent de pouvoir rentrer au pays à bord d'un avion d'Air Transat. La compagnie a indiqué jeudi par courriel qu'un appareil était maintenant disponible et « en attente » pour rapatrier ses clients, « si les routes pour se rendre à l’aéroport se libèrent et sont sécuritaires ». Le transporteur écarte la possibilité d'utiliser des hélicoptères pour transporter les touristes de l'hôtel à l'aéroport.

En attendant, Normand Rosa est toujours à l'Hôtel Royal Decameron. « On est très bien nourris, on ne manque de rien. On est un peu choyés par rapport à la population [locale] qui souffre beaucoup ». Il dit se sentir en sécurité en raison de la présence de gardiens armés à l'entrée de l'hôtel et aux alentours.

Les gens nous disent : "ce n’est pas aux touristes qu’on en veut, c’est au gouvernement". On sent qu’ils ne lâcheront pas.

Normand Rosa

Il a d'ailleurs pu franchir une barricade sur un scooter, « mais les autos ne passent pas », précise-t-il. Normand Rosa a notamment livré du matériel scolaire – des livres de mathématiques, des cahiers, des crayons – à des élèves du primaire.

D'autres Québécois en attente

Plusieurs travailleurs humanitaires subissent eux aussi les contrecoups de la contestation populaire. La Mission La Bible parle compte ainsi une trentaine de bénévoles qui opèrent une clinique médicale dans le village de Tiverny, dans le sud du pays.

Comme l'indique le vice-président de l'organisme, Michel Bougie, 26 missionnaires se trouvent dans ce village.

Outre la clinique médicale, l'équipe de la mission compte également des dentistes du Saguenay et des spécialistes de l'agriculture, a précisé M. Bougie sur les ondes d'ICI RDI.

« Normalement, la mission devait se terminer [mercredi] », a-t-il ajouté.

« On est dans un village qui est un peu en retrait des grandes villes; pour l'instant, les missionnaires sont quand même en sécurité. Il n'y a pas de danger immédiat, il y a de la nourriture, il y a de l'eau. Le problème est surtout que l'on ne peut pas voyager », décrit M. Bougie.

Toujours selon Michel Bougie, les missionnaires ne peuvent prendre le chemin des Cayes, la ville la plus proche, puisque tous les grands axes routiers ont été bloqués « par des pneus en flammes, des pierres ».

Le mot d'ordre était de fermer le pays.

Michel Bougie, vice-président de la Mission La Bible parle

De fait, l'équipe se trouve à 200 kilomètres de l'aéroport de Port-au-Prince, ce qui complexifie largement une éventuelle évacuation.

Les missionnaires devaient prendre l'avion d'Air Transat mercredi.

Les réactions de la communauté haïtienne de Montréal

Policiers et employés municipaux coincés

De son côté, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé le rapatriement des employés municipaux qui se trouvent en Haïti.

« Ce n'est pas une décision facile à prendre, on veut soutenir le peuple haïtien et contribuer le moins possible à cet état d'instabilité, mais en même temps, nous avons le devoir de protéger nos employés, alors ils vont revenir à Montréal », a-t-elle mentionné lors d'une mêlée de presse.

« Pour nous, [le rapatriement] est immédiat, a-t-elle ajouté. On va trouver un moyen pour les ramener à Montréal. »

Le SPVM a pour sa part fait savoir que ses huit policiers qui se trouvent dans la Perle des Antilles sont tous sains et saufs, et qu'ils reviendront au pays en temps et lieu.

Avec les informations de Fannie Olivier et Julie Marceau

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