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Un an après Parkland : « Il a fallu une tuerie de masse pour m’ouvrir les yeux »

L'étudiant et militant Jai Patel, de Jersey City
L'étudiant et militant Jai Patel, de Jersey City Photo: Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair
Raphaël Bouvier-Auclair

Un an après la tuerie de Parkland, l'appel à la mobilisation lancé par les survivants et les proches des victimes continue d'avoir des répercussions aux États-Unis. Inspirés par leur message, des jeunes du New Jersey, bien loin de la Floride, s'attaquent à la violence liée aux armes à feu dans leur communauté.

« Nous sommes l'avenir, mais pas si nous sommes morts. » Un an après le drame qui a coûté la vie à 17 personnes, la pancarte est toujours affichée au mur de la maison familiale de l’étudiant de 19 ans Jai Patel.

C’est sa soeur Maya, alors âgée de 11 ans, qui l’avait confectionnée afin de prendre part à la manifestation qu’a organisée son frère, dans la foulée de la fusillade de Parkland. Des centaines de personnes avaient répondu à l’appel dans les rues de Jersey City.

Après la tuerie, Jai Patel a également fondé avec quelques amis le chapitre local de l’organisme Students Demand Action, un groupe qui milite pour des mesures plus strictes de contrôle des armes.

La foule brandit des pancartes.La manifestation March for Our Lives, l'année dernière à Jersey City Photo : Gracieuseté Students Demand Action

Sylvie Marlene, par exemple, fait partie du groupe depuis le début. La tragédie de Parkland l’a interpellée. « C’était des jeunes du même âge que moi », explique-t-elle.

Au-delà du débat national sur le contrôle des armes, la branche locale du groupe a choisi de s’intéresser à la violence liée aux armes à feu au sein de la communauté de Jersey City.

Il a fallu une tuerie de masse pour que j’ouvre mes yeux et que je réalise que c’était non seulement un problème national, mais que ce l’était aussi dans ma propre ville.

Jai Patel

À Jersey City, on ne parle pas de tuerie de masse, mais de problèmes liés aux gangs et de crimes où sont souvent utilisées des armes. L’an dernier, cette ville de 250 000 personnes a été le théâtre de 69 fusillades faisant des blessés. Quinze personnes en sont mortes.

Une murale rendant hommage à des victimes d'armes à feu, à Jersey City et ailleurs aux États-Unis. Une murale rendant hommage à des victimes d'armes à feu, à Jersey City et ailleurs aux États-Unis. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

S’attaquer à la racine du problème

Avec à sa tête Jai Patel, Students Demand Action a donc tissé des liens avec des organismes communautaires qui s’attaquent depuis longtemps aux problèmes de violence à Jersey City.

Ensemble, ils organisent par exemple des discussions publiques et font pression sur leurs élus locaux.

Ces organismes exigent notamment un meilleur contrôle des armes. Le New Jersey est déjà l’un des États les plus restrictifs en la matière. Cela n’empêche pas, selon le procureur général, que plus de 80 % des armes qui y sont utilisées entrent illégalement à partir d’autres États.

Pour Students Demand Action et ses partenaires, les politiques en matière d’armes sont donc loin d’être l’unique solution. « Il y a l’économie et l’école », donne en exemple Steven Campos, directeur des ressources communautaires de l’Hudson Partnership CMO, un organisme basé dans un quartier défavorisé de Jersey City.

Steven Campos, directeur des ressources communautaires de l’Hudson Partnership CMO.Steven Campos, directeur des ressources communautaires de l’Hudson Partnership CMO Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Steven Campos en convient, les fusillades comme celles qui surviennent dans sa ville attirent peu d’attention médiatique. Il estime que l’appui qu’il reçoit de la part d’étudiants depuis un an donne de l’ampleur à l’appel à l’aide lancé aux autorités locales.

Ce qu’ont fait les jeunes de Parkland, c’est unir le message.

Steven Campos, Hudson Partnership CMO

Les intervenants s’entendent : à Jersey City, le défi reste grand et les violences persistent.

Jai Patel lui-même en a récemment été témoin. Le mois dernier, il a dû courir et se cacher quand un échange de coups de feu a retenti dans le centre commercial dans lequel il se trouvait. La fusillade, qui s’est avérée être un règlement de compte, a fait deux blessés. « C’était ironique et choquant de se retrouver au coeur d’un événement comme celui-là », note-t-il.

N’empêche, le jeune homme croit que beaucoup de travail de mobilisation et de prévention a été accompli au sein de la communauté au cours de la dernière année. Il souligne lui aussi le rôle qu’ont joué, probablement sans le savoir, les survivants de Parkland. « Ils se sont levés et nous ont encouragés à commencer », conclut-il.

Armes à feu

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