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Don record à l'Université McGill : vers un accroissement des inégalités?

Université McGill

Université McGill

Photo : Université McGill

Radio-Canada

La somme de 200 millions de dollars que remettent John et Marcy McCall MacBain à leur alma mater vient pulvériser le plafond des montants reçus dans l'histoire canadienne, loin devant les 105 millions donnés en 2003 à l'Université McMaster, en Ontario. De leur côté, les universités francophones de Montréal peinent à recueillir des montants aussi élevés.

Un texte d'Alexis Gacon

« C’est quelque chose de formidable! Qu’un donateur ait une telle générosité, c’est un geste magnifique qui, j’espère, inspirera les autres donateurs, comme ceux de l'Université du Québec à Montréal! », s’enthousiasme Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM.

Avec ce don record au pays, les conjoints McCall MacBain vont financer des bourses qui permettront à 75 étudiants par année, venus du Canada ou d’ailleurs, de faire une maîtrise ou des études professionnelles, assorties d’un programme de perfectionnement.

Pierre Bélanger, directeur de la fondation de l’UQAM, se réjouit pour l’Université McGill, car ce don va « faire en sorte que les étudiants restent au Québec ». Il admet cependant que le montant vient « dérégler les règles de la concurrence », en ce qui concerne la capacité des universités à attirer des étudiants étrangers.

Ce don vient aussi bouleverser l'équilibre entre les établissements d’éducation supérieure, selon Sylvain Lefèvre, directeur scientifique du Philab, réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie. Pour lui, cet apport va « accroître les inégalités existantes », particulièrement entre les universités francophones et anglophones.

Le poids de l’histoire

« Si l’on compare des universités de taille proche, à Montréal, pour une campagne de don majeure, l’Université McGill va recevoir 1 milliard, l’Université Laval, 500 millions, et l’Université du Québec à Montréal, 100 millions », soutient Sylvain Lefèvre.

Dans les universités francophones de Montréal, les dons de particuliers les plus importants n’arrivent pas au niveau de l’Université McGill, qui est dans une classe à part. L'UdeM avait reçu le don individuel le plus important pour une université francophone canadienne, d'un montant de 15 millions de dollars, l'an dernier, du donateur Guy Joron. Soit la même somme que le plus grand don reçu par l’université anglophone Concordia.

Aux dires de Sylvain Lefèvre, traditionnellement, les anciens étudiants des universités anglophones sont plus enclins à faire des dons à leur alma mater.

Au niveau de la philanthropie, les francophones, nous sommes à des années-lumière des anglophones. Ils donnent souvent à leur université d’origine. Nous, on progresse [...] On fait la stratégie des petits pas.

Pierre Bélanger, directeur de la fondation de l’UQAM

Sylvain Lefèvre soutient cependant que la tradition du don dans la communauté anglophone n’est qu’une partie de l’explication de ce fossé. Pour lui, les étudiants de McGill ont des origines sociales plus élevées, et cela se ressent dans les montants donnés par les anciens élèves.

Les facultés proposées par les universités comptent aussi. Il affirme que les établissements qui concentrent des programmes de médecine ou de génie, comme McGill, sont « des aspirateurs à dons ».

Les donations au beau fixe

Lors de l’annonce du don à l’Université McGill, l’adjoint parlementaire au ministre québécois de l’Éducation, Youri Chassin, s’est félicité de la bonne santé des dons privés aux universités. « Si les dons privés sont plus courants au sud de la frontière, et dans les autres provinces canadiennes, je suis très fier de voir que nous emboîtons le pas de plus en plus », a-t-il déclaré.

Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM, l’affirme également : « L’argent est là, il existe une capacité à donner ». Mais pour elle, les dons particuliers ne « doivent pas combler le sous-financement de l’université ».

D’après Sylvain Lefèvre, les dons privés d'envergure sont aussi dus au fait que les pouvoirs publics proposent des incitatifs. « Dans le don, il y a toujours de l’argent public, à cause des crédits d’impôt des dons de bienfaisance. [...] On finance collectivement les choix de placements, les préférences des mieux nantis! »

Selon M. Lefèvre, les très grands dons sont de plus en plus nombreux, car on est dans une phase d’accroissement des inégalités, « de grosses accumulations de capital ».

Mondialiser les donateurs

Pour Raymond Lalande, vice-recteur aux relations avec les diplômés, aux partenariats et à la philanthropie de l’Université de Montréal, la somme historique reçue par l’Université McGill peut changer la donne.

200 millions, à part aux États-Unis, je ne me souviens pas d’une telle somme! C’est sûr qu’elle va avoir des effets. Plus l’université a des fonds de philanthropie, plus cela donne une marge de manœuvre pour attirer les meilleurs étudiants avec des bourses, et c’est cela qui compte le plus.

Raymond Lalande, vice-recteur aux relations avec les diplomés, aux partenariats et à la philanthropie de l'Université de Montréal

Avec ce don, Marcy et John McCall MacBain veulent trouver les « bijoux cachés » parmi les étudiants. « On croit que le talent est partout, mais que les opportunités, non [...] Peut-être qu’ils ont eu des défis, mais qu’ils n’ont pas eu les opportunités », dit Marcy McCall MacBain.

Pour venir tutoyer les dons reçus par McGill, l’Université de Montréal mise sur la variété des donateurs. En sept ans, l'UdeM a récolté 601 millions de dollars de dons alors que la campagne précédente n'en avait amassé que 225 millions.

« Sans vous révéler nos secrets, dans la philanthropie universitaire, on a besoin de toute la pyramide des dons. En haut de celle-ci, il y a des dons exceptionnels. Mais les plus petits sont importants aussi, on mise sur le principe multiplicateur, l’effet d’entraînement, grâce à notre réseau de bénévoles », explique Raymond Lalande.

75 employés à temps plein pour récolter les dons à l’Université McGill

Les bénévoles ne sont qu’une partie de la force de frappe des universités pour récolter des fonds. Si la fondation de l’UQAM dispose de 20 personnes à temps plein pour la collecte des dons, l’Université McGill en compte 75. En plus, des étudiants travaillent à temps partiel pour recruter des donateurs. Elle fait aussi appel à une firme spécialisée en philanthropie pour peaufiner l’efficacité de sa collecte de fonds.

L’Université McGill, née en 1821, peut s’appuyer sur un réseau de 275 000 diplômés dans le monde entier. La majorité des dons qu’elle reçoit ne proviennent pas du Québec. En 2017-2018, les 30 000 donateurs qui ont sorti leur portefeuille provenaient à 34,9 % de la province, contre 16 % du reste du Canada et 49,1 % du reste du monde.

« À McGill, il y a un bon pourcentage de leurs dons qui proviennent de l'étranger, de New York. On n'a pas cela nous! Mais le temps peut changer les choses », espère Pierre Bélanger, de la fondation de l'UQAM.

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