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Psychiatrie : des patients souvent privés de thérapies et de soins infirmiers

Une personne au loin, dans un hôpital psychiatrique de Montréal.
Des patients du Centre hospitalier Restigouche n'ont souvent pas accès à des séances de psychothérapie ou de psychologie, en raison d'une pénurie de personnel. Photo: Vimeo
Catherine Allard

Il est souvent impossible d'offrir des séances de thérapie et les soins infirmiers nécessaires aux patients de l'hôpital psychiatrique du Nouveau-Brunswick. C'est ce que révèle un rapport interne du Réseau de santé Vitalité obtenu par Radio-Canada et qui montre que la situation ne s'est pas réellement améliorée, contrairement à ce que prétend Vitalité.

Le rapport interne qui date de l'automne montre que la pénurie de personnel au Centre hospitalier Restigouche (CHR) a un impact grave sur les soins que reçoivent les patients.

En septembre 2018, le CHR s’est retrouvé dans une situation où le personnel était tellement réduit que les patients n’ont pas reçu de thérapie 64 % du temps (psychothérapie, psychologie, etc.) Un mois plus tôt, en août 2018, l’institution n’était pas en mesure d’offrir de thérapie 68 % du temps.

Pendant la même période, les patients se sont également retrouvés dans des situations où les soins infirmiers n’étaient pas complétés près de 40 % du temps. Ces soins incluent notamment l’évaluation du patient avant et après la prise de médicaments.

Près du tiers ­[du temps], la sécurité des clients est un enjeu important.

Un rapport du Réseau de santé Vitalité

C’est clair qu’on ne donne pas assez de soins thérapeutiques aux patients. Je peine à comprendre comment on peut dire qu’on a tourné la page et que la situation est en main, a réagi l’ombudsman du Nouveau-Brunswick, Charles Murray.

Charles Murray en point de presse. Charles Murray, l'ombudsman du Nouveau-Brunswick, a rendu public son rapport sur le Centre hospitalier Restigouche jeudi dernier. Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Dans un rapport-choc (Nouvelle fenêtre) publié la semaine dernière, Charles Murray fait état de multiples cas de mauvais traitements dans cet hôpital psychiatrique.

Le PDG du réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, s’est pourtant défendu en déclarant que les patients étaient en sécurité et que le rapport de Charles Murray était déphasé et ne représentait plus la réalité, citant des transformations majeures à la structure de l’établissement engendrées en 2016.

Les données présentées dans le rapport de Vitalité il y a quelques mois seulement brossent cependant un tout autre portrait.

On n’est pas convaincu que la situation a changé. Chaque jour que ça continue, les patients les plus vulnérables ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin. Il faut que ça change avec urgence, dit Charles Murray.

Légende du graphique

Normal : Tous les patients reçoivent une heure de thérapie par jour et assistent à deux groupes thérapeutiques par semaine. Les soins infirmiers sont complétés.

Limité : La plupart des patients reçoivent une heure de thérapie par jour, mais les groupes thérapeutiques sont reportés.

Minimal : Aucune thérapie et aucun groupe thérapeutique. Certains soins infirmiers ne sont pas complétés.

Danger : Aucune thérapie et aucun groupe thérapeutique. La majorité des soins infirmiers ne sont pas complétés. Dans certains cas, les patients sont seuls avec des préposés aux soins.

De la négligence qui persiste chez les psychiatres, selon l’ombudsman

Le récent rapport de l’ombudsman n’est pas le premier document à faire état de problèmes graves au CHR. En 2017, un rapport d’experts mené par le Dr Simon Racine (Nouvelle fenêtre) brossait notamment un portrait très peu flatteur de l’équipe de psychiatres de l’institution. La situation ne s’est pas réellement améliorée depuis deux ans, selon Charles Murray.

En 2017, le Dr Simon Racine a décrit une équipe de psychiatres avec une approche orientée vers l’internement des patients, plutôt que leur rétablissement. Il fait état de psychiatres négligents, absents et peu impliqués dans les soins aux patients.

Des cas précis montrent un psychiatre qui a évalué l’état mental d’une patiente sans jamais la voir et un autre psychiatre qui avait 17 patients sous son aile et qui n’en a vu aucun pendant toute une semaine.

Un autre cas documenté fait état d’une patiente qui a été mise en isolement après avoir blessé trois employés. Un psychiatre a alors été appelé d’urgence par l’équipe d’infirmiers qui cherchait une prise en charge médicale, mais il a raccroché la ligne téléphonique. Le lendemain, il a dit au personnel qu’il était normal de se faire frapper en psychiatrie, selon le rapport Racine.

Le rapport du Dr Simon Racine a été remis au Réseau de santé Vitalité en mars 2017.Le rapport du Dr Simon Racine a été remis au Réseau de santé Vitalité en mars 2017. Photo : Radio-Canada / Catherine Allard

Le rapport fait également état de dossiers de patients qui restent incomplets pendant plus d’un an, de prescriptions qui ne sont pas renouvelées tous les ans, et du manque de mécanismes pour s’assurer que les psychiatres remplissent leurs obligations (comme remplir une feuille de temps).

Le Dr Racine écrit notamment que la formation en psychiatrie de plusieurs membres de l’équipe s’est faite à l’extérieure du Canada, ce qui a un impact sur leur approche.

Le rapport Racine parle de négligence du côté des experts psychiatres. Est-ce qu’on a fait de grands changements pour régler ça? À mon avis, non.

Charles Murray, ombudsman du Nouveau-Brunswick

Selon les observations faites lors de son dernier passage au CHR en octobre 2018, dans le cadre de son enquête, l’ombudsman Charles Murray croit que la culture de travail dans l’établissement n’a pas beaucoup changé.

Ça commence avec l’équipe psychiatre. On n’a pas trouvé une équipe assez grande, assez experte et assez impliquée dans l’institution pour créer une situation qu’on aimerait avoir, dit Charles Murray.

On parle d’un centre d’excellence, mais on voit dans les chiffres, dans les rapports des patients, dans les plaintes des familles, qu’on n’arrive pas à donner les soins minimums. Il faut prendre une pause en parlant d’un centre d’excellence.

Vitalité répète que les patients ne sont pas en danger

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, maintient que les patients ne sont pas en danger. Même si les patients ne reçoivent pas de thérapie, le psychiatre peut quand même être présent et ils prennent quand même leurs médicaments, dit-il.

Gilles Lanteigne en point de presse. Selon Gilles Lanteigne, PDG du Réseau de santé Vitalité, les mesures pour remédier à la situation ont déjà été entamées. Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

La sécurité est assuré, les gens ont les médicaments appropriés à leur état, ça continue d’être administré, et il y a du personnel infirmier. Il y a une différence entre la sécurité de base et les programmes de rétablissement qu’on aimerait avoir, précise Gilles Lanteigne.

Vitalité explique que le CHR a établi une grille d’évaluation de haut niveau, conformément à sa vision d’excellence, ce qui explique pourquoi certains résultats peuvent sembler faibles.

Le Centre hospitalier Restigouche est le principal hôpital de soins psychiatriques du Nouveau-Brunswick. Il compte 100 lits et fournit des services psychiatriques à des patients qui ont des cas grave de maladies mentales et qui ne peuvent plus être soignés dans les hôpitaux de la province. L’établissement s’occupe aussi des évaluations psychiatriques des détenus, pour déterminer s’ils sont aptes à subir un procès, par exemple. Le CHR pouvait jusqu’à récemment accueillir davantage de patients, mais une quarantaine de lits ont été fermés à l’automne 2018.

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