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Conflit avec la Chine : des impacts négatifs pour des entreprises québécoises

Un travailleur s'affaire au-dessus de planches de bois dans l'usine de l'entreprise AmeriCan Structures.

L'entreprise AmeriCan Structures de Thetford Mines fait souvent affaire avec la Chine.

Photo : Radio-Canada

Guylaine Bussière

L'actuel conflit diplomatique entre la Chine et le Canada a des répercussions sur des entreprises québécoises qui font des affaires dans l'empire du Milieu. Le propriétaire d'AmeriCan Structures, notamment, vient de refuser un important contrat de construction de 1000 maisons.

AmeriCan Structures, de Thetford Mines, se spécialise dans les structures de bois pour la fabrication de complexes immobiliers.

Depuis 2011, l'entreprise de René Leclerc a réalisé d'importants contrats pour le gouvernement chinois.

Dernièrement, AmeriCan Structures a construit dans la ville de Zhangjiakou, au nord-ouest de Pékin, sept bâtiments de services, des édifices destinés aux Jeux olympiques d'hiver de 2022.

Des édifices de service en bois en construction en Chine Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Projet olympique d'AmeriCan Structures en Chine

Photo : Courtoisie

Toutefois, dans les dernières semaines, René Leclerc a refusé un autre contrat de construction pour le village olympique. Il craint que les tensions entre le Canada et la Chine, survenues après l'arrestation au Canada de la directrice financière de Huawei, aient des répercussions sur les affaires.

« C'est un projet de 1000 maisons, puis ça ne me tente pas. Il y a trop de pression entre les deux pays et ne je veux pas me mettre dans une position précaire », explique l'homme d'affaires.

Le fondateur de l'entreprise AmeriCan Structures, dont le chiffre d'affaires est de 15 millions de dollars annuellement, est allé en Chine à 29 reprises depuis 2011, où il a bâti de solides liens d'affaires.

Mais cette fois-ci, ses contacts chinois lui ont fait savoir que ce n'était pas le bon moment pour venir y faire des affaires.

René Leclerc entouré de palettes de bois dans son usine AmeriCan StructuresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

René Leclerc, propriétaire de l'entreprise AmeriCan Structures

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Prudence

De son côté, Patrice Dallaire, qui a été représentant du Québec à Pékin, constate aussi que le climat s'est refroidi entre les deux pays depuis l'arrestation de la dirigeante chinoise de Huawei.

À son avis, il est important pour les entrepreneurs de prendre le pouls de leurs partenaires sur place.

S'ils nous disent qu'il vaut peut-être mieux remettre telle visite à plus tard, eh bien à ce moment-là, je pense qu'il faut se fier à leur jugement.

Patrice Dallaire, ex-représentant du Québec à Pékin

Actuellement diplomate en résidence aux Hautes études internationales de l'Université Laval, Patrice Dallaire rappelle que ce n'est pas la première fois que les relations entre le Canada et la Chine sont perturbées depuis le début des années 90.

Frédérick Marcotte et Jean Giroux dans les locaux de l'entreprise Telops.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De gauche à droite, Frédérick Marcotte, directeur des ventes et du marketing chez Telops et Jean Giroux fondateur et propriétaire

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Des produits destinés à la Chine retenus au Canada

Telops, une entreprise de Québec qui fabrique entre autres des caméras à infrarouge sophistiquées pour les secteurs scientifiques et de la défense, réalise 35 % de ses ventes en Chine.

L'entreprise est d'ailleurs en attente de licences d'exportation pour cinq caméras récemment vendues à des centres de recherche et des universités chinoises.

Selon Frédérick Marcotte, directeur des ventes et du marketing de Telops, le Canada, qui doit s'assurer que les produits sont bien destinés à la recherche et non à la défense, retarde cependant l'octroi de ces licences.

« On a peut-être 1,5 à 2 millions de commandes qui sont bloquées en attente de licences d'exportation auprès du gouvernement canadien. »

Le propriétaire et fondateur de l'entreprise, Jean Giroux, croit que le Canada ralentit le traitement des demandes afin de faire pression sur la Chine.

Des employés de l'entreprise Telops assis à leur bureau travaillent avec des composantes électroniquesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Travailleurs de l'entreprise Telops

Photo : Radio-Canada

« Beaucoup plus d'inspections, plus de questions, ça ralentit notre business, puis ça a un impact sur notre potentiel de croissance », dit-il.

Pour Telops, le marché chinois est important. Faute de pouvoir livrer ses caméras dans les temps, l'entreprise craint de perdre des contrats au profit d'un concurrent allemand.

Jean Giroux explique également que la situation entre les deux pays l'a forcé à annuler un voyage d'affaires en Chine.

Pour parler affaires, il fera plutôt venir ses partenaires chinois et asiatiques ici dans les semaines à venir, afin d'éviter les complications liées aux demandes de visa pour y amener son équipe.

La patience est de mise

Le diplomate Patrice Dallaire recommande à ces deux entrepreneurs d'être patients. Il encourage les gens d'affaires à maintenir les liens qu'ils ont tissés là-bas malgré le conflit.

Les liens d'affaires avec la Chine se construisent sur des années, dit-il. Son expérience lui fait dire que ni la Chine ni le Canada n'ont intérêt à réduire leurs échanges commerciaux, et même si le conflit met du temps à se régler, il connaîtra tôt ou tard un dénouement.

René Leclerc, d'AmeriCan Structures, compte bien retourner brasser des affaires en Chine quand le conflit sera réglé.

D'ici là, il concentre ses efforts sur le développement de projets en Afrique, en Corée du Sud et aux États-Unis, où son entreprise construit un projet immobilier de 5000 logements dans le port de Boston.

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