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Unis dans la vie comme dans la mort

Photo du couple Rénald Roberge et Pierrette Laflamme

Rénald Roberge et Pierrette Laflamme ont été mariés près de 60 ans.

Photo : Lyne Roberge

Geneviève Proulx

Rénald Roberge et Pierrette Laflamme se sont dit oui pour toujours, main dans la main, un samedi de septembre 1959 dans une église de Granby. Près de 60 ans plus tard, c'est aussi main dans la main qu'ils ont fermé leurs yeux pour l'éternité.

Il était un peu après minuit, le 31 janvier dernier, quand M. Roberge, 80 ans, est mort dans une chambre de l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. Tout juste à côté, son épouse de 79 ans, Mme Laflamme, lui tient la main. Elle est allée le rejoindre tout doucement vers 15 h.

Pas d'aide médicale à mourir dans le portrait. Pas de demande officielle d'en finir ensemble. Ni même de souhait de ne pas partir l'un sans l'autre comme dans les films. C'est seulement la vie, ou plutôt la mort, qui en a décidé ainsi.

Après toutes ces années passées ensemble, ce n’était certainement pas la mort qui allait les séparer. C’est beau, mais c’est dur , raconte, avec tristesse, leur fille, Lyne Roberge.

Son père avait de nombreux problèmes de santé qui l’ont conduit au CHUS-Hôpital Fleurimont dans les dernières semaines. Entre ses traitements de dialyse, ses problèmes de foie, le diabète qu’il avait à gérer et la cellulite qui s’est nichée dans un orteil, le traitement antibiotique qui ne fonctionnait pas aura été la goutte de trop. Il a été question de lui couper la jambe. Il n'a pas voulu. Il a plutôt dit aux médecins de tout arrêter.

À 100 km de là, la mère de Lyne Roberge combat un rude cancer des poumons à l'Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins de Cowansville. Le pronostic est sombre. Les jours sont comptés.

Pour leur fille, il n’y avait plus qu’une chose à faire. Quand mon père a dit qu'il voulait cesser les soins, je me suis arrangée pour le faire transférer à Cowansville près de ma mère.

Peut-être simple à dire, mais pas si simple à faire réalise-t-elle. Il y a les équipes médicales à arrimer, la paperasse à remplir, le lit à trouver, le transport interhospitalier à organiser. Et il faut faire vite. Parce que la faucheuse avertit rarement d’avance de l’heure exacte de son passage.

Le médecin de Mme Laflamme a alors été mis à contribution. Je lui ai demandé de les réunir pour qu'ils puissent passer les derniers jours de leur vie ensemble. Il m'a dit qu'il ferait son gros possible.

Le gros possible a été fait. Peu de temps après, la bonne nouvelle est arrivée. Ma mère m'a téléphoné et m'a dit que mon père s'en venait, qu'on avait trouvé une chambre à deux pour eux. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais ç’a marché! Je suis fière d'avoir réussi ça. Si au CHUS, on me disait que ça ne se faisait pas, je signais les papiers et je le sortais moi-même pour l'amener près de ma mère, raconte fièrement Lyne Roberge.

Les étoiles étaient alignées

Les deux lits de la chambre ont été rapprochés par le personnel et, ainsi, les amoureux ont pu se coller une ultime fois. Personne ne sera étonné de savoir que la première chose que M. Roberge a faite en voyant la femme de sa vie, c’est de lui prendre la main.

Il ne faisait que dire "Ma princesse" en la regardant. Il était content, se souvient leur fille, la voix étranglée par l'émotion.

Ces seuls mots suffisaient pour exprimer tout le bonheur de ce mari qui se retrouvait à nouveau tout près de sa compagne de toujours, celle qui avait marché à ses côtés tout au cours de ces nombreuses années et qui lui avait donné, au passage, trois enfants.

Peut-être que les parents de Lyne Roberge n'avaient pas planifié rendre l’âme le même jour. Mais M. Roberge a tout même respecté la toute dernière volonté de sa douce moitié. Ma mère voulait qu’il meurt avant elle. Elle avait peur de le laisser tout seul, seul à l’hôpital. Son souhait c’était qu’il parte avant.

Lyne Roberge n’a que de bons mots pour les infirmières, les médecins et tous ceux qui ont fait en sorte de rendre le départ de ses parents si doux. Ils sont humains. Mes parents ont été accompagnés dans la dignité. Ils étaient aux petits soins pour eux. Ils y allaient avec tendresse. J’aimerais maintenant que les gens soient généreux envers la Fondation de l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins.

Une situation très rare

Sans vouloir commenter cette histoire, la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Nathalie Schoos soutient que ce genre de situation est très rare, mais lorsque ça arrive, tout est fait pour répondre aux souhaits exprimés. « Dans un contexte de soins de fin de vie, il peut se présenter des situations comme celle-ci. Dès qu'on est capable, dès qu'une personne fait part d'une volonté de se rapprocher d'un proche hospitalisé, on tente de répondre à cette demande. Ce qui est important, c'est le respect des volontés des personnes en fin de vie dans la mesure du possible. »

Vous avez une histoire à raconter à Geneviève Proulx? Vous pouvez la contacter par courriel à cette adresse : genevieve.proulx@radio-canada.ca

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