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Le gouvernement suspend la Fédération de lutte olympique du Québec

La Fédération de lutte olympique du Québec compte environ 300 membres.

La Fédération de lutte olympique du Québec compte environ 300 membres.

Photo : Getty Images / Vitalij Sova

Thomas Gerbet

Québec a coupé les vivres de la Fédération de lutte olympique en raison de graves problèmes de gouvernance, a appris Radio-Canada. Et le gouvernement examine de nouvelles irrégularités. Les athlètes et les entraîneurs, qui pourraient en subir les conséquences, sont maintenus dans l'ignorance depuis le mois de décembre.

La suspension tombe mal, en pleine année de qualification pour les Jeux olympiques de 2020. Jusqu'à nouvel ordre, et depuis le 5 décembre, le gouvernement ne reconnaît plus ni ne finance la Fédération de lutte olympique du Québec (FLOQ).

Le ministère de l'Éducation, responsable du Sport, menace même d'abolir définitivement sa reconnaissance et son financement si des changements ne sont pas réalisés.

Cela aurait comme conséquence de priver tous les athlètes du soutien financier du ministère, des bourses, de l'accès aux programmes de sport-études ou d'une participation aux Jeux du Canada et aux Jeux de la Francophonie.

« Nous constatons de graves problèmes de gouvernance dans votre organisation et nous vous intimons de les régler », écrit la Direction du sport du ministère, le 24 janvier, dans un courriel destiné à l'exécutif de la FLOQ.

Il y a des conflits d'intérêts mur à mur dans votre organisation.

Éric Pilote, conseiller à la Direction du sport au ministère de l'Éducation, dans un courriel daté du 30 janvier 2019

Québec exigeait que lui soient remis divers documents avant le 2 février, que le ministère a reçus juste à temps. La liste comprenait notamment une révision de la politique en matière de conflits d'intérêts, le code de conduite ou encore la politique concernant la vérification des antécédents judiciaires.

Malgré tout, la suspension n'a pas été levée et d'autres vérifications sont en cours. « Le Ministère lèvera la suspension administrative dès que les exigences [...] seront remplies à la satisfaction du Ministère », explique le porte-parole du ministère de l'Éducation, Bryan St-Louis.

Des courriels obtenus par Radio-Canada révèlent que de nouvelles irrégularités sont survenues durant le mois de janvier, donc pendant la suspension administrative.

Des « clubs fantômes »

Capture d'écran du site de la Fédération de lutte olympique du Québec qui fait état de huit clubs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capture d'écran du site de la Fédération de lutte olympique du Québec qui fait état de huit clubs.

Photo : Radio-Canada

La lutte demande des habiletés en matière de contorsions. Il faut croire que la compétence s'applique aussi à l'administration de certains clubs québécois.

Le site web de la Fédération indique l'existence de 8 clubs de lutte. Pourtant, 14 clubs étaient inscrits à l'ordre du jour de l'Assemblée générale du 1er février.

Des dirigeants de la Fédération s'accusent de créer des « clubs fantômes » en subdivisant des clubs artificiellement. Le stratagème servirait à obtenir plus de votes lors des assemblées générales.

Le Club de lutte Inter-Concordia (CLIC) est par exemple divisé en trois entités, dont une s'appelle « CLIC Hochelaga » alors que l'entraînement n'est localisé qu'à un seul endroit : le centre Claude-Robillard, dans le quartier Ahuntsic.

« Plusieurs membres du conseil d'administration sont présentement en conflit d'intérêts ou en apparence de conflit d'intérêts, écrit le fonctionnaire du ministère Éric Pilote, le 16 janvier. Cela nous préoccupe vivement. »

  • Rob Moore est à la fois président du conseil d'administration, président de l'Élite club de lutte de Montréal, entraîneur-chef du club Selwyn House et entraîneur adjoint des clubs de l'Université Concordia et Montreal YMHA;
  • Martine Dugrenier est à la fois trésorière du conseil d'administration, entraîneuse-chef de l'Élite club de lutte de Montréal et entraîneuse adjointe des clubs de l'Université Concordia et Montreal YMHA;
  • Victor Zilberman est à la fois secrétaire du conseil d'administration, vice-président de l'Élite club de lutte de Montréal, entraîneur-chef des clubs Montreal YMHA et Vanier College ainsi qu'entraîneur-chef des femmes à l'Université Concordia.

« Presque tous les membres devraient se retirer lorsqu'on discute, par exemple, du financement à accorder à des clubs ou à la sélection d'athlètes sur les équipes du Québec », écrit le représentant du ministère dans son courriel à l'exécutif.

Éric Pilote s'étonne aussi que des arbitres aient pu voter durant des assemblées générales, alors que la constitution de la Fédération l'interdit.

Une liste de membres très élastique

Combat de lutte lors des Jeux du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Combat de lutte lors des Jeux du Canada.

Photo : Radio-Canada

À la lutte, sortir son adversaire du cercle permet de marquer des points. Sortir des membres des listes d'inscrits semble aussi représenter un avantage.

Des dirigeants de club accusent des représentants de l'exécutif de manipuler les listes de membres pour leur assurer le plus de votes durant les assemblées générales. Seuls les clubs de plus de 10 membres disposent du droit de vote.

En consultant les listes officielles de membres, on constate que le nombre d'inscrits à la Fédération est passé de 196, le 18 janvier, à 245, le 25 janvier, puis à 290, le 1er février.

Dans le même temps, le club du président Rob Moore, Selwyn House, est passé de 2 à 10 membres, juste assez pour obtenir le droit de vote.

Pour ne rien arranger au méli-mélo, la liste de membres fournie par la FLOQ à Lutte Canada, en date du 16 janvier, faisait état de 379 inscrits au Québec. Une différence de près de 200 membres en l'espace de deux jours.

Un membre décédé, à qui l'assemblée générale avait rendu hommage six mois plus tôt, se trouvait même sur la liste fournie à Lutte Canada.

« Nous nous attendons à ce que cette liste soit le reflet exact de la situation de votre membership, écrit le ministère, le 28 janvier, et qu'elle n'ait pas été grossie pour favoriser les intérêts d'un groupe ou l'autre au sein de la FLOQ lorsque sera venu le temps de voter. »

La Fédération promet des changements et espère l'aide de Georges St-Pierre

La triple championne du monde à la retraite, Martine Dugrenier, est trésorière de la Fédération.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La triple championne du monde à la retraite, Martine Dugrenier, est trésorière de la Fédération.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le président de la Fédération de lutte olympique du Québec, Rob Moore, n'a pas souhaité nous accorder d'entrevue. Lors d'un échange téléphonique, il a refusé de commenter les modifications du nombre de clubs et de listes de membres. M. Moore minimise la gravité de la situation en parlant de problèmes uniquement administratifs.

Dans une petite fédération comme ça, on est tous en conflit d'intérêts d'une manière ou d'une autre.

Martine Dugrenier, trésorière de la Fédération de lutte olympique du Québec.

La trésorière, Martine Dugrenier, affirme que la fédération est « en mode réaction pour améliorer les choses ».

« On est en train de revoir toute la constitution pour éliminer les confusions apparentes », explique la trésorière.

La Fédération promet de modifier la composition de son conseil d'administration en juillet ou en août. Martine Dugrenier affirme que la vedette des arts martiaux mixtes Georges St-Pierre, inscrit à la FLOQ, serait prêt à occuper un siège.

Malgré nos tentatives, il n'a pas été possible de parler à Victor Zilberman.

Des problèmes plus graves?

Isabelle Charest, dans un corridor.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Isabelle Charest

Photo : Radio-Canada

Interrogée au sujet de la prolongation de la suspension, la ministre déléguée à l'Éducation, responsable du Sport, Isabelle Charest, affirme que son ministère a reçu « certaines informations ». « Nous sommes à vérifier ces informations-là. Pour l'instant, on ne parle pas d'enquête. Je ne peux pas spéculer sur la gravité des événements ou des circonstances. »

Tutelle impossible

Le gouvernement a été très surpris d'apprendre que tous les administrateurs de la Fédération n'avaient pas été informés de cette suspension. « Vous auriez dû sur-le-champ les mettre au courant », écrit le représentant de la Direction du sport, dans un courriel au président, le 16 janvier.

Lors de l'Assemblée générale du 7 janvier, qui s'est déroulée en anglais uniquement, Martine Dugrenier a reconnu avoir fait « une grosse erreur » en n'informant pas tous les membres de l'exécutif de la suspension survenue un mois plus tôt.

Le ministère de l'Éducation explique ne pas pouvoir mettre sous tutelle la Fédération, contrairement à un cégep ou une université, puisqu'il s'agit d'un organisme autonome, enregistré en vertu de la Loi sur les compagnies.

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