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Peut-on diriger un musée national sans parler français?

Alexandra Suda devant un tableau dans une salle d'exposition du Musée des beaux-arts du Canada.
Alexandra Suda deviendra la directrice générale du Musée des beaux-arts du Canada le 18 avril prochain. Photo: Radio-Canada
Kevin Sweet

La nouvelle directrice du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), Alexandra Suda, arrive à Ottawa avec un curriculum vitæ impressionnant. Mais malgré sa vaste expérience dans le domaine des arts visuels, c'est la qualité de son français qui retient l'attention. Mme Suda, qui prendra officiellement la barre de l'institution à vocation nationale le 18 avril, a un français qualifié de « fonctionnel » et devra suivre des cours dans la langue de Molière.

Alexandra Suda impressionne dès la première poignée de main. Elle est grande, voire d'une stature imposante, et entre dans une pièce d'un pas confiant et portée par toute l'énergie que peuvent lui conférer ses 38 ans.

Son parcours s'avère tout aussi impressionnant : des études dans de prestigieux établissements d'enseignement au New Jersey (Princeton) et à New York (Institut des beaux-arts), ainsi que des postes dans des musées de renom comme le Metropolitan Museum of Art et le Musée des beaux-arts de l'Ontario. Elle détient aussi un doctorat en histoire de l'art.

La trentenaire semble avoir toute la formation et l'expérience professionnelle pour diriger le Musée des beaux-arts du Canada. Ses compétences linguistiques pourraient quant à elles être qualifiées de « fonctionnelles ». Alexandra Suda comprend le français et peut prononcer un discours dans la langue de Molière, mais il lui est impossible d'entrenir des conversations.

Ainsi, au-delà de salutations comme « bonjour » et « comment ça va? », cette première entrevue avec la nouvelle directrice du MBAC se déroule en anglais. Même lorsqu'une question lui est posée en français.

Je peux te comprendre, répond l'Ontarienne, qui a appris le français à l'école primaire et lors de ses études postsecondaires en art européen. Mais elle n'a jamais été plongée dans un univers bilingue comme elle le sera à Ottawa.

Mme Suda espère que le fait d'habiter dans la capitale fédérale et d'avoir ses deux enfants dans une école francophone vont lui permettre d'améliorer son français.

J'ai hâte de profiter de cette occasion pour continuer à apprendre le français et m'en servir en tant que professionnelle, mais aussi comme citoyenne.

Alexandra Suda, directrice du Musée des beaux-arts du Canada

Donne-moi quelques mois et on fera cette entrevue en français, lance-t-elle d'ailleurs avec un sourire confiant.

Bilingue dans cinq ans?

L'extérieur du Musée des beaux-arts du Canada en hiver.Le Musée des beaux-arts du Canada (archives). Photo : Radio-Canada

Selon Diana Nemiroff, ancienne conservatrice au Musée des beaux-arts du Canada, les candidats qui sont parfaitement bilingues et qui possèdent les compétences nécessaires pour diriger l'institution sont rares.

À ce niveau, on aurait un petit bassin de gens qui seraient éligibles pour ce poste. Alors trouver quelqu'un qui a toutes les qualités qu'on cherche est très difficile. Naturellement, je trouve que ça serait souhaitable qu'elle soit bilingue, soutient Mme Nemiroff.

De toute l'histoire de l'institution, seuls quatre directeurs étaient bilingues, dont les trois derniers : Shirley Thompson, Pierre Théberge et Marc Mayer.

Selon le député néo-démocrate François Choquette, qui est aussi le porte-parole en matière de langues officielles de son parti au fédéral, cette nomination ranime tout le débat autour de l'importance accordée aux compétences linguistiques dans le processus de sélection de hauts dirigeants au pays.

Ça envoie un très mauvais message lorsqu'on a des postes de très haute direction où les compétences linguistiques ne sont pas assez élevées, fait valoir M. Choquette.

Alexandra Suda devra suivre des cours de français avec comme objectif d'être parfaitement bilingue d'ici la fin de son mandat dans cinq ans.

Des motifs d'enthousiasme

Dans le monde muséal, ceux qui la connaissent ne s'inquiètent pas quant à sa capacité d'apprendre rapidement.

Je sais qu'[Alexandra] veut absolument parfaire son français, c'est déjà une personne qui parle d'autres langues. Mais je l'encourage. Je suis certain qu'elle aura la détermination et la volonté de s'améliorer rapidement, explique Nathalie Bondil, la directrice du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), jointe à Paris.

Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de MontréalNathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, Mme Bondil se réjouit surtout de voir une autre femme accéder à un tel poste.

Dans les musées, il y a beaucoup de femmes. Beaucoup de femmes sont conservatrices, beaucoup de femmes sont historiennes de l'art, beaucoup de femmes sont directrices, mais peu de femmes sont à la tête de grandes institutions avec des budgets conséquents, tient-elle à rappeler.

Ottawa-Gatineau

Arts visuels